La cuisine et le pavillon attenant de l’ancien réfectoire des moines forment l’aile sud-ouest du Grand Cloître XVIIIe de l’ancienne abbaye cistercienne de Clairvaux.
Leur restauration s’inscrit dans celle de l'ensemble du Grand Cloître. Un chantier d'envergure, menée par l'État - Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est (DRAC), pour un montant global estimé à 60 millions d'euros. Deux autres chantiers, hors normes par leur échelle, sont en cours, sur les ailes Sud et Ouest (fin des travaux cet été) et sur les ailes Nord et Est (qui s'achèvera en 2028).
De l'abbaye à la prison
Édifiée entre 1774 et 1777, dans le cadre du vaste projet de reconstruction de l’abbaye de Clairvaux au XVIIIe siècle, cette aile remplace des bâtiments de Clairvaux II (1135-1708). Elle est réalisée dans la continuité de l’aile sud du cloître construite entre 1750 et 1767.
Au XIXᵉ siècle, devenue bien national, l'abbaye est transformée en prison et la cuisine conserve son usage, tandis que le pavillon accueille des logements, puis une cantine à la fin du XIXᵉ siècle. Des affectations qui perdurent jusqu’en 1971, date à laquelle la centrale pénitentiaire quitte le Grand Cloître pour de nouveaux bâtiments toujours sur le site.
Excepté des travaux d’étaiements préventifs et de conservation réalisés à la fin du XXe siècle par Jean-Michel Musso, Architecte en chef des monuments historiques, la cuisine et le pavillon n’ont jamais fait l’objet de travaux de restauration.
Restaurer en conservant les usages successifs
Les inspections et sondages réalisés en phase de diagnostic et d’avant-projet ont permis d’identifier les pathologies dont souffrent les bâtiments et de déterminer le périmètre d’intervention.
Deux niveaux d'utilisation des bâtiments sont pris en compte :
- le niveau abbatiale du XVIIIᵉ siècle ;
- et le niveau carcéral du XIXᵉ siècle.
Le projet propose de restituer le premier état carcéral en redonnant une lecture claire des façades et en conservant les transformations du XIXᵉ siècle cohérentes avec les aménagements intérieurs.
Présentation de l'intervention
La restauration concerne l'extérieur du bâtiment, avec la restauration du clos et du couvert, c'est à dire l’étanchéité à l’eau et à l’air et vise a rendre leur stabilité aux bâtiments. Elle porte sur :
- le confortement structurel ;
- la restauration du clos et couvert :
- la réfection des couvertures ;
- la restauration des charpentes, des structures d’appui, des planchers ;
- le maintien de l’état actuel pour les maçonneries de parement et les menuiseries existantes ;
- la restitution de certaines baies et menuiseries du XVIIIᵉ siècle.
- la sécurité incendie.
Le chantier, d'un montant de 4 507 401 €, financé par l'État, est réalisé sous la maîtrise d'ouvrage de l'État - Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est (DRAC) et sous la maîtrise d'œuvre de Michel Trubert, Architecte en chef des monuments historiques.
Une architecture XVIIIe à l'ordonnancement rigoureux
L’ensemble cuisine et pavillon est bâti en pierre de taille percée régulièrement sur deux niveaux de grandes baies menuisées à petit bois. L’élévation du bâtiment d’origine a été assez peu modifiée par l’occupation pénitentiaire. Cette conservation a probablement été favorisée par le maintien d’un même usage depuis l’occupation monastique (cuisine).
Néanmoins, les façades du pavillon Nord attenant sont plus chahutées. Les matériaux employés pour ces modifications indiquent une intervention récente (XXe siècle), liée aux désordres structurels de la charpente.
Aujourd’hui la cuisine et le pavillon sont vides de toute affectation. Si l'état de conservation de la cuisine est satisfaisant, en revanche l’intérieur du pavillon annexe est très dégradé.
Une cuisine voûtée avec sa cheminée monumentale
La cuisine est voûtée entièrement en pierre avec une exceptionnelle cheminée monumentale. Elle est de plan carré. Ses quatre voûtes d’arêtes sont d’origine, ainsi que la colonne centrale en pierre qui les supportent et dont le socle disparaît dans le sol moderne en béton. Sur le mur Est on découvre la grande cheminée d’origine dont la hotte a disparu.
L’étage de la cuisine est divisé en logements, l’occupation pénitentiaire ayant conservé les logements pour son personnel.
Au revers de la façade Ouest, la travée est entresolée et les espaces sont accessibles par un escalier hélicoïdal attenant au pavillon Nord et installé dans l’embrasure d’une ancienne baie XVIIIe.
Le pavillon : de nombreux éléments de décors XVIIIe siècle
Les intérieurs du pavillon sont très altérés. À l’étage une suite d’appartements présente de nombreux éléments du XVIIIe siècle comme des lambris, cheminées, plafonds moulurés, sol en tomettes etc. L’escalier central est effondré de même que plusieurs planchers.
Des couvertures identiques à tout le Grand Cloître
Les couvertures du pavillon des cuisines et du pavillon attenant sont identiques à celles du Grand Cloitre : mixtes, avec un terrasson (toiture faiblement pentue) en petites tuiles plates et un brisis (la pente dans la partie inférieure d’une toiture mansardée) en ardoises. Ces toitures sont vétustes et fuyardes ce qui a amené à les tôler provisoirement. Les combles sont éclairés de lucarnes pierre, construites dès le XVIIIe siècle.
Une charpente d'origine
La charpente est d’origine datée de 1774. En chêne, elle est constituée de fermes en portique et chevrons reposant sur des pannes.
Les parements en pierre de taille
Les parements de l'ensemble du Grand Cloître ont été réalisés en pierre de taille, y compris les modifications du XIXe siècle, lors de l'installation de la prison. Ils présentent de nombreux désordres. Les joints, ceux d'origine et ceux du XIXe siècle, sont dégradés.
Des menuiseries des XVIIIe et XIXe siècles
Les menuiseries qui ferment aujourd’hui les baies sont de trois types :
- celles créées au XIXe siècle, adaptées aux aménagements nouveaux de la maison centrale ;
- celles du XVIIIe siècle, modifiées pour répondre aux aménagements du XIXe siècle ;
- celles du XVIIIe siècle inchangées. La plupart est altérée voire manquante. Pour ces raisons entre autres, les baies sont alors fermées par : des panneaux de bois, des panneaux translucides, des maçonneries de parpaings. Ces maçonneries masquent souvent les barreaudages défensifs encore en place en partie ou totalement selon les endroits.
Propriétaire
État - ministère de la Culture
Maîtrise d’ouvrage
Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est
Site de Châlons-en-Champagne
Montant des travaux
4 507 401 TTC
Financement État : 100%
Maître d’œuvre
Michel TRUBERT
Architecte en chef des monuments historiques
77300 - Fontainebleau
Économiste
Cabinet PILTE
75004 Paris
Bureau étude Structure
Équilibre Structures
75012 Paris
Coordonnateur SPS
SOCOTEC Construction
10004 - Troyes
Installations de chantier - Sécurisation
H. Chevalier
92156 Suresnes
Échafaudages, parapluie et protections
SOPROVISE
13500 Martigues
Maçonnerie - pierre de taille - sculpture -structures
Léon Noël - Agence de Troyes
Parc d’activités Départemental
10440 Torvilliers
Charpente bois
Mandataire : Cruard
53360 Simplé
Co-traitant : Le Bras Frères
Couverture
Le Bras Frères
69 rue Victor Hugo
54800 Jarny
Menuiserie - Peinture
Métiers du Bois
18400 Saint-Florent-sur-Cher
Le XVIIIe siècle
La cuisine et le pavillon attenant forment, avec l’ancien réfectoire des moines, l’aile sud-ouest du grand cloître qui est édifiée à partir de 1774. Ils sont réalisés dans le prolongement de l’aile sud du grand cloître (construite entre 1750-1767, y compris le canal reconstruit et régulé entre 1763-1767) en remplacement de la cuisine et du réfectoire de Clairvaux II démolis, et suivant l’ordonnancement rigoureux du projet de reconstruction de l’abbaye au XVIIIe siècle.
La date d’achèvement n’est pas connue mais un lambris du grand réfectoire porte la date de 1777 inscrite au crayon au verso du panneau (retrouvée lors des travaux de restauration 2013-2015). Cette aile a dû être construite très rapidement mais par ailleurs l’aile sud du grand cloître n’est sans doute pas achevée en 1790.
Le XIXe siècle
Au début du siècle, la cuisine conserve son usage pour les besoins de la prison alors que le réfectoire des moines est transformé en chapelle pour les détenus en 1813, date vraisemblable des premiers rebouchements sur les baies de la cuisine et du pavillon.
En 1826, le bâtiment est toujours affecté en cuisine pour le centre de détention.
Le pavillon attenant est occupé par un logement. Le nom de grande cuisine figure aussi sur le plan de 1829.
Ces affectations de cuisine et de logement n’ont pas changé au cours du XIXe siècle.
Le XXe siècle
La cuisine est modernisée et équipée dans les années 1950 puis désaffectée par la centrale pénitentiaire en 1971 en même temps que le autres bâtiments du Grand Cloitre.
Le 26 octobre 1981, l’aile du réfectoire et les cuisines sont classées Monument Historique au même titre que l’ensemble du grand cloître.
Quatre campagnes de travaux d’entretien et de mise hors d’eau des bâtiments sont alors menées par la Direction régionale des affaires culturelles, sous la direction de Jean-Michel
Musso, Architecte en Chef des Monuments Historiques, avec :
- 1983 – 1988 :
- Etaiement des charpentes et la mise hors d’eau du grand cloître.
- Démolition des tribunes des prisonniers construites dans la partie Est de l’ancien réfectoire transformé en chapelle.
- 1992 - 1996 :
- Etaiement de la charpente et tôlage des couvertures du bâtiment
annexe à la cuisine - Etaiement de la charpente et repiquage de la couverture de l’aile sud, réfectoire et cuisine
- Protection extérieure des menuiseries du réfectoire
- Divers sondages de reconnaissance des sols dans l’ancien réfectoire
- Etaiement de la charpente et tôlage des couvertures du bâtiment
- 2014-2020. Restauration de l’aile de la chapelle (ancien réfectoire des moines)
sous la conduite d’Éric Pallot, ACMH
L'ancienne abbaye-prison est la propriété de l’État sous la responsabilité du ministère de la Culture. Le Grand Cloître est protégé au titre des monuments historiques
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