Le centre de conservation et d'étude archéologique de Lorraine (Scy-Chazelles / Metz)
Le Centre de conservation et d'étude de Lorraine conserve plus d'un million d'objets archéologiques, issus des fouilles archéologiques menées, depuis 30 ans, sur le territoire lorrain. Il bénéficie, depuis 2018, d'un bâtiment qui assure des conditions optimum de conservation à ces collections accessibles aux chercheurs.
Équipement novateur parmi les plus grands réalisés en France, le Centre de conservation et d'étude archéologique de Lorraine (CCEL), installé depuis 2018 dans des nouveaux bâtiments, offre au mobilier archéologique des conditions de conservation adaptées, favorisant sa consultation et son étude par les chercheurs et les étudiants, ainsi que sa valorisation auprès d’un public aussi large que possible, en collaboration avec les musées et autres partenaires de la région.
La conservation du mobilier dans des espaces adaptés
Fouiller revient à extraire le mobilier archéologique de son milieu d’équilibre. Afin que cette rupture ne soit pas dramatique pour lui, il est nécessaire de prendre certaines précautions avant de le réintroduire dans un nouvel environnement : stabilisation, conditionnement, atmosphère à température et humidité contrôlées. D’importants moyens et diverses actions doivent parfois être mis en œuvre pour assurer la pérennité du patrimoine archéologique.
Conditionné, inventorié et régulièrement consulté, le mobilier archéologique conservé au dépôt archéologique régional, s’est considérablement accru depuis les débuts de l’archéologie préventive.
Il comprend actuellement plus d’un million d’objets, répartis en près de 12000 caisses et 250 palettes, correspondant à plus de 1500 opérations (fouilles et diagnostics) réalisées sur le territoire lorrain.
Il accueille le mobilier sensible dans des espaces adaptés : deux réserves « métal » disposant d’une atmosphère contrôlée par un déshumidificateur permettant une hygrométrie inférieure à 40% et deux réserves « verre et organique » disposant d’une atmosphère contrôlée par un déshumidificateur réglé pour une hygrométrie entre 50% et 55%.
Une documentation consultable par les chercheurs
Depuis 2009, un double de chaque rapport final d’opération est déposé au CCEL.
Les archives de fouilles sont déposées en même temps que le mobilier à l’issue des opérations.
La consultation du mobilier, de la documentation et des archives est un aspect essentiel du CCE.
Elle est rendue possible par l’existence d’un système d’inventaire des collections, la normalisation de la gestion, l’ouverture à l’année du CCE, la présence de personnel et la mise à disposition de moyens d’études et d’analyse sur place.
Les prêts pour les expositions des musées
Le prêt pour exposition est un aspect important du travail du CCE. Il requiert une solide base documentaire et une bonne régie d’œuvre.
Actuellement les prêts et consultations sont très majoritairement le fruit de demandes régionales. Un des prochains enjeux du CCE de Metz sera de se doter d’outils pour mieux faire connaitre les collections archéologiques lorraines : cela intègre notamment la poursuite des campagnes photographiques programmées depuis 2009 et la mise en œuvre d’un inventaire disponible sur internet.
L’objectif est évidemment de favoriser la recherche et de permettre une meilleure valorisation des collections régionales.
Le CCEL de Metz, un équipement exemplaire
Sa construction, sous la maîtrise d’ouvrage déléguée de l’OPPIC (Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture), a été réalisée selon le projet de l’architecte Bernard Desmoulin (lauréat de l’Équerre d’argent 2009), qui évoque à travers l’aspect brut du bâtiment les grandes structures industrielles et rurales de Lorraine. Les travaux se sont achevés en novembre 2017, permettant au cours du premier semestre 2018 le déménagement dans le nouveau CCEL des collections du dépôt archéologique de Scy-Chazelles.
Dès 1989, la Lorraine s’est dotée d’un dépôt archéologique régional à Scy-Chazelles, près de Metz, dans d’anciens chais militaires construits sous l’annexion allemande. Ce dépôt, géré par un conservateur et un régisseur du Service régional de l’archéologie, était destiné à conserver les archives du sol, soit le mobilier provenant des opérations archéologiques conduites sur le territoire lorrain (plus d’un million d’objets), ainsi que les archives papier produites sur le terrain. Avec l’essor de l’archéologie préventive à partir des années 2000, ce bâtiment arrivait à saturation.
Suite à l’engagement par le ministère de la Culture d’une politique volontariste de création de centres de conservation et d’étude (CCE) sur le territoire français dès 2008 la DRAC a proposé la construction à Metz d’un nouvel équipement de ce type. C’est dans ce cadre que le projet du Centre de conservation et d’étude de Lorraine (CCEL) fut officiellement lancé par la Ministre de la Culture en 2012 et inauguré le 14 juin 2018.
La particularité de ce projet tient à la différenciation institutionnelle et territoriale qui scinde la parcelle divisée entre deux opérateurs : l’État pour le CCEL et Metz Métropole pour la Maison de l’Archéologie et du Patrimoine (MAP), qui s’unissent dans le cadre du PRIAM. La parcelle du projet est située dans une Z.A.C, à l’entrée de la ville de Metz.
Dans ce site paysager en construction, le CCEL s’insère dans la continuité du bâtiment de la MAP, dans l’alignement du boulevard Solidarité et du Centre Technique voisin. Le nouveau bâtiment cherche à instaurer une cohérence volumétrique par cet alignement et son gabarit. Les deux bâtiments sont identifiables car il n’y a pas de mimétisme. En se distinguant l’un de l’autre, les deux édifices accolés ne font plus qu’un et dialoguent autour d’un même sujet.
Le lien entre les deux équipements s’effectue principalement par une bretelle liant les deux niveaux de l’actuel hall de la MAP au CCEL.
Le grand volume aveugle du CCEL affirme son image de dépôt et prolonge celui des réserves de la MAP pour instaurer une continuité et une cohérence. Face au béton brut, plutôt clair et rugueux de la MAP, le choix d’un bardage en aluminium sombre (laqué noir) et lisse différencie le bâtiment et l’identité du CCEL.
Apportant un surplus de confort thermique et d’imperméabilité, une longue toiture métallique (zinc prépatiné noir) chapeaute la construction.
linéaire et diffuse ponctuellement la lumière naturelle par des puits à l’aplomb de la circulation principale. Cette toiture évoque les grandes structures rurales ou industrielles de Lorraine et rompt avec la monotonie des blocs parallélépipédiques dispersés dans cette périphérie de Metz
Un volume se détache de la façade de l’entrée (Sud) pour accueillir les locaux de dépôt et d’études. Ce volume est en béton blanc brut (calepinage planche), matériau travaillé, à l’aspect rugueux et brut qui évoque la pierre et le monde de l’archéologie. A l’étage, les locaux d’étude et de gestion du mobilier qui acceptent la lumière naturelle, se regroupent autour d’une terrasse privatisée. On y accède par une coursive, éclairée par des puits de lumière et surplombant l’artère structurante du niveau bas. Elle aboutit au niveau supérieur des réserves stables, niveau où se trouvent également les réserves à l’atmosphère contrôlée.
Les locaux techniques ont été placés au rez-de-chaussée.
Proche de l’aire de livraison du CCEL, un auvent, situé le long de la réserve foncière, permet de stocker temporairement des pièces à l’extérieur.
Un monte-charge accessible aux PMR (Personnes à mobilité réduite) associé à l’ascenseur existant de la MAP permet de donner l’accessibilité PMR à l’ensemble des surfaces des deux établissements.
Les espaces verts représentent 27.65 % de la surface de l’unité foncière, répartis en pelouses plantées et noues végétales pour le recueillement des eaux pluviales. Des arbres seront plantés le long du boulevard de la Solidarité et le long de la rue de la Mouée afin de dissimuler les aires de dépôts et de stockage en plein air.
Un équipement réalisé sous la maitrise d'ouvrage de l'OPPIC (Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture).
L'architecte : Bernard Desmoulin
Bernard DESMOULIN a étudié l’architecture sous la verrière du Grand Palais avant de collaborer dans diverses agences à Paris et New York. Admis en 1984 et pour deux ans à la Villa Médicis à Rome, il est, à son retour, lauréat des Albums de la Jeune Architecture. Il gagne en 1988 le concours d’architecture et de paysage pour la Nécropole Nationale de Fréjus qui lui permet de créer en 1990 sa propre agence.
« (...) En parfaite connivence avec les sites et les programmes, loin de toute gesticulation inutile et en écho aux questions économiques et environnementales, notre architecture s’exprime dans une écriture faite de matérialités pérennes. En conciliant l’innovant et le familier, cette écriture sobre et mesurée, tente de satisfaire les demandes intemporelles de la ville et de ses occupants. »
Avec son agence il participe également à de nombreuses consultations (siège de Jean Paul Gautier Couture, Ambassade de France à Tokyo, campus de Jussieu, restructuration du Musée Picasso à Paris, Collège de France, Musée Albert Khan à Boulogne…).
Lauréat du Prix de l’Équerre d’Argent en 2009 pour le Conservatoire Léo Delibes à Clichy (92) et médaille d’argent de l’Académie d’Architecture en 2000, son travail, à travers de nombreuses publications et conférences, est largement diffusé en France et à l’étranger.
L’intégration au projet PRIAM
La présence à Metz d’une Maison de l’archéologie et du patrimoine (MAP) gérée par Metz Métropole – et abritant le Pôle Archéologie Préventive et les réserves externalisées du musée de la Cour d’Or – constituait une opportunité unique de créer sur le territoire messin un pôle public de l’archéologie, tel qu’énoncé dans les documents de cadrage ministériels pour la création des CCE. Ce Pôle de recherches interdisciplinaires archéologiques de Metz (PRIAM) réunit ainsi sur un même site la MAP et le CCEL, deux structures distinctes mais étroitement associées tant dans leurs objectifs que dans leur fonctionnement. Il abrite l’ensemble de la chaîne opératoire de l’archéologie, de la fouille au musée, en passant par les espaces de traitement et de conservation.
Le fonctionnement du PRIAM procède d’une coopération forte des équipes et d’une interconnexion importante des espaces de la MAP et du CCEL, formalisées par deux conventions signées en 2015 par la DRAC Lorraine et Metz Métropole : une convention-cadre pour la création et l’organisation du PRIAM ainsi qu’une convention particulière de mutualisation des bâtiments et des équipements du CCEL et de la MAP.
Projet conjoint de l’État et de la métropole de Metz Métropole, le PRIAM est un outil essentiel pour le patrimoine et la recherche archéologiques, un des relais essentiels auprès des chercheurs et du grand public.
Le 1% artistique
Traduisant visuellement cette mutualisation, le choix du 1 % artistique -procédure spécifique de commande d’œuvres à des artistes - s’est porté sur le projet d’une artiste designer. Élodie Stephan a reproduit sur tôle de laiton des dessins d’objets conservés au CCEL et à la MAP pour orner le mur de jonction entre les deux bâtiments ainsi que leur signalétique intérieure.
Ce projet, Parure, a ainsi permis la création d’un visuel commun pour l’identité du PRIAM, fil conducteur entre les deux entités. Le projet s’empare d’une technique de représentation propre aux dessinateurs en archéologie : le dessin en « ombrage points-matière ». Dans le hall du PRIAM, un décor, composé de lettres et de l’illustration de 50 biens archéologiques mobiliers, est mis en scène sur un mur noir.
Chaque mobilier a été sélectionné par la designer, les archéologues et le public. Les dessins se révèlent dans la matière grâce à la profondeur de la gravure, qui fait écho à la découverte des objets lors des fouilles. La signalétique fonctionnelle reprend les mêmes codes esthétiques dans les espaces de circulation du bâtiment, de façon à prolonger le raffinement du projet jusqu’aux espaces les plus confidentiels.
Élodie Stephan est diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy en 2008.
Membre de l’Autobus-impérial de 2008 à 2012 elle a travaillé en tant que designer et chef de projet sur des missions de signalétique pour des ateliers d’architecture prestigieux (Jean Nouvel, Renzo Piano, Toyo Ito, X-Tu, SCAU, K-architecture…).
En 2013, elle lance son propre studio de création pour répondre à des commandes en son nom propre et multiplier les collaborations avec des concepteurs indépendants ainsi que des agences spécialisées. Elle conçoit des projets uniques, très souvent in situ, tels que des signalétiques, des mobiliers urbains et paysagers, ou encore des produits innovants et des installations artistiques.
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