La cathédrale Notre-Dame de Strasbourg est l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’art gothique, un repère spirituel, historique et urbain, un monument et un patrimoine vivant dont la transmission repose sur une responsabilité collective.
Le portail Saint-Laurent, un chef-d’œuvre vulnérable
Le portail Saint-Laurent occupe une place singulière dans cet ensemble monumental. Sa composition architecturale, la virtuosité de son dais suspendu, la richesse de son décor sculpté, témoignent de l’excellence des bâtisseurs et des artistes qui ont travaillé ici à la fin du Moyen Âge.
À travers les figures de la Vierge à l’Enfant, des Rois mages, de Saint-Laurent et des saints protecteurs, ce portail déploie un programme iconographique d’une remarquable cohérence, mais aussi d’une grande finesse narrative. Il est à la fois un seuil, un récit et un manifeste artistique.
Or, comme tous les monuments historiques, ce chef-d’œuvre est vulnérable. Les intempéries, la pollution, les infiltrations d’eau, mais aussi les effets du vieillissement des matériaux menaçaient l’intégrité de l’édifice.
En 2016, la chute d’éléments de pierre sur la voie publique a conduit l’État à engager un diagnostic sanitaire approfondi confié à Pierre-Yves Caillault, architecte en chef des monuments historiques.
Diagnostic et stratégie d’intervention
Ce diagnostic sanitaire a permis d’identifier précisément les causes des dégradations et de définir la stratégie d’intervention :
- remplacer les pierres les plus altérées ;
- améliorer durablement l’évacuation des eaux pluviales ;
- restaurer les couvertures ;
- assainir les structures ;
- nettoyer et consolider les parements, les vitraux, les menuiseries et les sculptures.
L’engagement de la DRAC
À la suite du diagnostic, la Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est a souhaité engager ce chantier de restauration. L’État investit de manière constante et déterminée dans cet édifice majeur. Au cours des six dernières années, plus de 4,5 millions d’euros ont été engagés pour les travaux de restauration et d’entretien de la cathédrale, dont plus de 2 millions d’euros pour la restauration de la coupole de la croisée du transept, achevée en 2025, pour laquelle la DRAC a reçu le prix du Geste d’or.
Pour le chantier du portail Saint-Laurent, la DRAC Grand Est a assuré la maîtrise d’ouvrage des études et des travaux en charpenterie, couverture, ferronnerie, vitrail et menuiseries, pour un montant de 873 000 euros.
Les entreprises qui ont œuvré à l'opération ont par leur engagement, leur technicité et leur sens du détail été essentiels à la réussite du chantier : Chanzy-Pardoux ; Adeco ; l’Alsacienne de Métallerie ; l’Atelier Glasmalerei et Antoine Rainaldi pour la coordination SPS.
Une coopération exemplaire entre l’État et la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame (OND)
Le programme des travaux incluait la restauration complète des façades et du décor sculpté (maçonnerie, pierre de taille et sculpture) réalisée par la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame (OND).
Ce chantier a une nouvelle fois illustré la coopération exemplaire entre les services de la DRAC Grand Est et l'OND qui accompagne la cathédrale depuis huit siècles. À travers ses ateliers, ses artisans, ses historiens, ses restaurateurs, la Fondation de l’OND perpétue des savoir-faire rares et irremplaçables.
La réapparition d’un ange
L’Œuvre a permis la restitution du petit Ange de la Nativité, redécouvert dans les réserves du musée grâce aux recherches menées par l’historienne Sabine Bengel. Cet ange, disparu depuis la Révolution française, retrouve aujourd’hui sa place dans la composition originelle du portail, grâce au travail minutieux de documentation historique et à la réalisation d’une copie par Vincent Cousquet dans les ateliers de l’Œuvre Notre-Dame.
Ce geste de restitution est profondément symbolique. Il ne s’agit pas de recréer artificiellement le passé, mais de rendre à l’œuvre sa cohérence historique et artistique, dans le respect des principes contemporains de conservation.
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