Propriété de la ville de Strasbourg, la villa Schutzenberger, déjà protégée partiellement depuis 1975, est désormais inscrite, dans son ensemble, au titre des monuments historiques, par arrêté du préfet de région de novembre 2025.
On le sait sans doute moins, mais, à côté de ses célèbres maisons à colombage, Strasbourg est également riche d'un important patrimoine Art nouveau. (Découvrir le circuit Art Nouveau de Strasbourg).
De la fin du XIXe siècle au début de la Première Guerre mondiale, l'Art nouveau se développe en Europe, en réaction à l'industrialisation. Il célèbre l'art et l'artisanat, puise son inspiration dans la nature, et prône l'hygiénisme et l'utopie sociale.
À Strasbourg, où les influences allemandes, belges et françaises se croisent, une centaine d’immeubles Art nouveau seront construits à cette époque, particulièrement dans le quartier créé à cette époque "la Neustadt", aujourd'hui inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Un exemple unique de l'Art nouveau Strasbourgeois
La qualité architecturale, décorative et historique de l'hôtel Schutzenberger le rend unique dans le paysage strasbourgeois. On le doit à Louis-Oscar Schützenberger (1866-1943), l'héritier d’une importante dynastie de maître-brasseurs, qui possède la brasserie éponyme, fondée en 1740 et située à Schiltigheim.
Il commande cette villa, située au 76, allée de la Robertsau, aux architectes strasbourgeois Berninger & Krafft, et s'y installe en 1900, date de la fin des travaux.
Actifs entre 1895 et 1914, ces architectes se sont illustrés dans différents styles. On leur doit des immeubles, des usines et des villas et notamment la villa Knopf (au 10 rue Schiller, à Strasbourg).
Œuvre d’art totale, l’hôtel Schutzenberger possède tout le confort de l’époque : chauffage, salles de bain avec douche, cabinets de toilette, volets roulants aux fenêtres, grande cuisine lumineuse, cloisons mobiles et garage automobile.
Les années 1970
En 1972, l'édifice connaît un remaniement important et ses derniers héritiers souhaitent le démolir afin de vendre le terrain. À cette époque, on veut construire « moderne » et de nombreux bâtiments anciens, notamment de style Art nouveau, sont détruits, à l'image de l’Hôtel Maison Rouge place Kléber construit en 1899.
La villa Schutzenberger est finalement sauvegardée, et est même protégée, très partiellement, au titre des monuments historiques le 29 octobre 1975.
Bas-Rhin
Hôtel Schutzenberger
STRASBOURG
Architectes : J. BERNINGER (1856-1926) et G. KRAFFT (1861-1927)
Dates de construction : 1897 ; 1900 (date portée) ; 1907 (garage)
Propriétaire : Ville de Strasbourg
Description architecturale
Dans le dernier tiers de l’allée de la Roberstau, s’élève la villa ou l’hôtel Schutzenberger, derrière une grille en ferronnerie laissant entrevoir un jardin et une terrasse sur le devant. Asymétrique, avec deux ailes disposées en équerre, la maison présente quatre niveaux d’élévations sur rue, avec trois travées.
Un avant-corps, à l’angle, avec une échauguette d’angle au premier étage, présente un cinquième niveau d’élévation. Toutes les fenêtres sont garnies d’un garde-corps métallique au motif floral d’arum caractéristique du style « coup de fouet » art nouveau.
Le traitement de son mur en parties hautes et sous corniche ainsi que le travail de ferronnerie de ses balcons, grilles et portails présentent aussi des motifs floraux, proche de Guimard.
Le toit débordant de la maison, similaire aux profils de toits des villas italiennes, relève d’une curiosité dans le paysage strasbourgeois. De même, la pierre de grès des Savonnières de la Meuse claire rajoute un certain exotisme, que renforce l’enduit blanc de l’ensemble des menuiseries et des volets roulants.
Le soubassement de la maison est quant à lui en granit. L’entrée principale se situe sur la façade latérale sud.
Le corps arrière est réservé aux espaces domestiques de la maison.
En ce qui concerne les intérieurs, plusieurs éléments sont remarquables, à commencer par l’escalier de l’entrée, d’une grande richesse décorative, reprenant le vocabulaire floral de l’art nouveau.
Son escalier monumental intérieur ainsi que les anciennes salles de bain et plusieurs belles pièces, anciennes chambres au premier étage et salons en rez-de-chaussée, demeurent prestigieuses.
Hormis quelques rares exceptions, toutes les pièces ont conservé leurs fenêtres, huisseries et garde-corps anciens, ainsi que les parquets et les cheminées, le cas échéant.
Pour les parties aménagées dans le dernier quart du XXe siècle, en raison du nouvel usage de la villa dédié aux bureaux de l’Observatoire audiovisuel européen, on trouve de nombreuses transformations au deuxième étage, dans les combles et au sous-sol.
La maison du concierge
Quant à la maison de l’ancien concierge ou du portier, elle était habitée par le concierge de la propriété jusqu’en 2017 : la fonction de cette maisonnette n’avait donc pas changé depuis sa création en 1899. Elle est aujourd’hui occupée par l’Association Parlementaire Européenne qui en a fait ses bureaux.
De plan polygonal avec un escalier en vis en façade, cette petite construction originale installée le long de la clôture, dans l’axe des différentes entrées, permettait une surveillance efficace grâce à ses nombreuses ouvertures.
Le garage
Enfin, construit en 1907 par une entreprise strasbourgeoise, le garage relève d’un élément d’une grande modernité pour l’époque et d’un grand luxe aussi.
Cet espace en tant que tel semble avoir conservé son usage tout au long du XXe siècle. Il est situé à l’arrière de la maison, en lien direct avec les extérieurs et le jardin. Celui-ci devait d’ailleurs être plus important à l’origine, comme le montre le cadastre de 1897.
Le jardin
Les fleurs et espèces arborées n’ont pas été inventoriées toutefois les photographies anciennes témoignent de plantations maintenues encore aujourd’hui et l’on peut penser que l’ensemble avait été réfléchi avec soin, relevant précisément de l’état d’esprit art nouveau et du concept de Gesamtkunstwerk, c'est à dire l'art total.
La protection au titre des monuments historiques
La protection au titre des monuments historiques permet de distinguer les édifices ou les objets mobiliers qui présentent un intérêt patrimonial exceptionnel : architectural, symbolique ou artistique.
L’inscription et le classement au titre des monuments historiques sont les deux niveaux de protection.
L'inscription est prise par arrêté du préfet de région, sur proposition de la Commission régionale du patrimoine et de l'architecture.
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