Rouffach est depuis l’Antiquité l’une des plus importantes et des plus anciennes cités viticoles d'Alsace. Comme en témoigne les 27 édifices classés ou inscrits au titre des monuments historiques, cette petite commune (4 500 habitants) dispose d'un patrimoine bâti de grande qualité, qui témoigne de la richesse de son histoire.
Rouffach : une construction urbaine ancienne
- Dès le VIIe siècle, alors qu'elle appartient à l’évêque de Strasbourg et constitue le « Haut-Mundat » (la Haute-Alsace), la ville se développe progressivement avec un urbanisme concentré autour de l’église primitive de Notre-Dame.
- À partir du XIe siècle, Rouffach s’étend et se protège avec une double enceinte et plusieurs portes, puis une troisième enceinte, conséquence de la richesse de la ville mais également des épidémies qui menacent.
- Aux XVe et XVIe siècles, la cité rayonne à nouveau.
- Au XIXe siècle, la ville conserve un caractère agricole et viticole.
Un patrimoine protégé dans sa diversité
Parmi les monuments distingués, par l'inscription et le classement, à côté des grands édifices comme le château d'Isenbourg, la Tour des Sorcières ou l'église Notre-Dame, on compte une quinzaine de demeures, situées au cœur du centre historique de Rouffach, et qui appartenaient à des familles aisées, depuis le Moyen Âge ou la Renaissance.
C'est le cas pour la propriété Rettig (XVIe siècle), dans la rue du même nom, aux numéros 8, 10 et 12, considérée comme l’une des plus belles maisons appartenant à une grande famille de la cité, et pour la maison (XVIIe siècle), située au 1 rue du Quatrième-Régiment-de-Spahis-Marocains (aujourd'hui nommée Maison de la Cavalerie).
Ces deux édifices étaient, depuis 1929, partiellement inscrits au titre des monuments historiques, et sont désormais, pour leur intérêt patrimonial et architectural, entièrement inscrits, par arrêté du préfet de région, en date du 5 septembre 2025, sur proposition de la Commission régionale du patrimoine et de l'architecture.
Un patrimoine qui fait l'objet d'une attention permanente
Pour ces deux demeures, l'extension de protection a bénéficié d'études complémentaires qui ont contribué à mieux les documenter.
Ainsi, la demande d’extension de protection au titre des monuments historiques de la Maison de la Cavalerie fait suite à la découverte fortuite, au printemps 2023, de décors peints du XVIIe siècle sur les plafonds et des murs, à l'occasion de sondages réalisés pendant le diagnostic archéologique prescrit en 2021.
Pour la Maison Rettig, la demande d’extension de protection au titre des monuments historiques de cette importante propriété a profité d'un projet universitaire de trois ans (2024-2027) "Étude et restitution numérique de la construction urbaine de Rouffach", appelé Rubiacum, nom latin de Rouffach.
Mené par trois universités (Bamberg, Trèves et Strasbourg), il mobilise une quinzaine de spécialistes. L'étude porte sur l'architecture du bâti de la commune sur la période allant de 1200 à 1600 : bâti religieux, administratif, militaire et civil... Plusieurs éléments apportés par cette étude ont permis de dater précisément la construction d'une partie de cette maison.
Présentation des deux demeures
La Maison Rettig
La propriété "Zum Rettig" (Maison Rettig), citée à plusieurs reprises dans les archives municipales de la ville, est considérée comme l’une des plus belles demeures patriciennes de la cité. L’un de ses premiers propriétaires serait Walther Rettig, bailli de Rouffach. En 1573, la demeure appartient à une autre riche famille : les Knechtlin. Une succession de familles l’acquiert et procède à des agrandissements, au XVIIIe siècle notamment. Dans les années 1960, elle est acquise par une famille de viticulteurs.
Le logis de la maison Rettig se présente comme une demeure massive, caractéristique des façades Renaissance.
Son élévation est de six niveaux, tous séparés par un bandeau continu. Un grand soin a été apporté aux moulures et décors des fenêtres. Un puits, dont la margelle ouvre directement sur la fenêtre de la cuisine, chose rare à l’époque, a été conservé. Le toit à deux pans est couvert de tuiles en fer de lance. Le pignon ouest laisse apercevoir six baies. Des pierres de taille en grès rose et grès jaune, formant un chaînage d’angle important, avec un remplissage de moellons recouvert d’enduit à la chaux, constitue l’ensemble des bâtiments arrières.
À demi-hors-œuvre au logis, une tourelle octogonale, reçoit un escalier intérieur à vis hélicoïdal. Dans son prolongement, se détache une aile construite au XVIIIe siècle qui reçoit trois niveaux d’élévation sur ses gouttereaux sud et nord. Quant à son mur pignon ouest, il présente trois curieuses constructions de guingois qui semblent être d’anciennes latrines.
Les intérieurs sont particulièrement intéressants au rez-de-chaussée du logis Renaissance. Le premier étage présente une grande stube (pièce de vie dans la maison alsacienne à partir du Moyen Âge) sur la rue avec un pilier au chapiteau corinthien, avec des restes de décor peint, comme sur plusieurs murs et encadrements dans l’aile est Renaissance.
L’aile ouest du premier étage, le second étage dans sa totalité, ainsi que l’ensemble des combles sont moins remarquables.
Le numéro 12 définit un corps de passage sur la rue avec une porte charretière en plein cintre, qu’une petite construction en pan de bois en encorbellement vient couronner, et d’une maison vigneronne avec un pignon à redents couverts de tuiles. Cette maison médiévale, datée de 1362 par dendrochronologie, est accessible dans la deuxième cour de la propriété, à l’arrière, ou bien directement par le corps de passage sur la rue.
Le mur pignon sud et le mur gouttereau est présentent tous deux quatre niveaux d’élévation. Plusieurs éléments intérieurs sont notables, comme un plafond gothique, une stube, un foyer et des armoiries. Son élévation est de quatre niveaux sur la rue Rettig.
Une petite partie du jardin à l’arrière d’un peu plus de 16 ares a été préservée tout au long au XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui ; un ensemble de dépendances y est accessible, notamment une grange de la fin du XVIe siècle, donnant en fond de parcelle sur la rue du Maréchal Joffre.
Architecte/ Commanditaire : famille Rettig, famille Knechtlin
Dates de construction : 1573 (date portée) ; 1598 (date portée) ; 1723 (date portée)
Propriétaire : privé
Protection : extension de protection au titre des monuments historiques de l’ancienne Maison Rettig par arrêté préfectoral le 2 septembre 2025 (déjà inscription du mur de clôture et des portes des 8-10, rue Rettig par arrêté préfectoral du 13/06/1929)
Maison 1, rue du Quatrième-Régiment-de-Spahis-Marocains à Rouffach
Datée de 1671, comme l'indique l'inscription sur l’oriel d’angle (fenêtre en encorbellement) en façade, la maison a été construite pour les époux Erasme Bollenbach et M. A. Willeman, dont les initiales apparaissent sur l’allège (mur d'appui) de l’oriel. La même allège précise que la maison a été restaurée en 1913 par Louis Keller.
La bâtisse se révèle être une auberge attestée depuis la fin du XVIe siècle. Son acquéreur actuel l’a baptisée aujourd’hui "Maison de la Cavalerie". Elle fait aujourd'hui l'objet d’un programme de réhabilitation de logements.
Description architecturale
La maison se présente comme un logis en équerre avec un oriel d’angle d’un étage en façade.
Une cour intérieure pavée donne sur une dépendance parallèle à la maison, aussi longue et importante que celle-ci.
Plusieurs éléments en façade sont remarquables : l’oriel d’angle, la porte d’entrée au chambranle sculpté avec pilastres ioniques et grotesques, les fenêtres à meneaux et leurs encadrements avec leurs appuis de fenêtres et enfin les épis de faîtage qui couronnent les murs pignons ouest et sud.
L’entrée de la maison sur la cour donne sur un couloir qui distribue 12 pièces au rez-de-chaussée. La plupart d’entre elles possèdent une fenêtre sur rue, voire deux. La pièce la plus intéressante étant l’ancienne cuisine et une pièce attenante couvertes de voûtes en berceau pour l’une et d’arrêtes pour l’autre.
Un escalier dans le prolongement du couloir, à la cage large et lumineuse, distribue le premier étage et les combles.
Les sondages d’un diagnostic puis la fouille archéologique à la suite ont révélé des traces de peintures sur tous les plafonds du premier étage de la maison. Des peintures en trompe-l’œil imitant le marbre et la gypserie sont notamment visibles dans le couloir.
Le plafond le plus remarquable reste sans aucun doute celui de la pièce à l’extrémité nord-ouest de la maison : des décors de guirlandes de feuilles formant des cœurs alternent avec un trompe-l’œil de marbre sur l’ensemble des solives apparentes.
Si la pièce d’angle, ancienne stube, présente un plafond badigeonné plus simple en revanche, elle reçoit un décor peint de scène de chasse en bas de mur sur les murs sud et est.
Architecte/ Commanditaire : famille Willemann-Bollenbach (XVIIe siècle), Louis Keller (1913)
Dates de construction : pour le n°1 : 1671 (date portée), 1672 (date portée), 1913 (date portée) ; pour le n°3 : 1629 (date portée), 1837 (date portée)
Propriétaire : privé
Protection : extension de protection au titre des monuments historiques de la maison par arrêté préfectoral le 2 septembre 2025 (déjà inscription partielle des façades et toitures par arrêté préfectoral du 13 juin 1929)
Pourquoi protéger un immeuble ou un objet au titre des monuments historiques ?
L’inscription et le classement au titre des monuments historiques sont les deux niveaux de protection d'un édifice ou d'un objet.
Elles permettent de distinguer ceux qui présentent un intérêt patrimonial exceptionnel : architectural, symbolique ou artistique.
La protection implique que :
- les travaux de restauration sont soumis à autorisation de travaux ;
- la DRAC Grand Est apporte un soutien technique ou financier.
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