Admirer des œuvres d'art tout en fuyant des températures trop élevées ou trop basses, c'est possible. Les musées figurent d'ailleurs en bonne place dans la cartographie participative des refuges climatiques. Les collectivités et les mairies en ont également identifié comme tels lors de la canicule de juin 2026. Durant l’épisode de canicule de juin 2026, le musée national Picasso-Paris a par exemple ouvert ses portes aux élèves des écoles alentours, particulièrement vulnérables aux vagues de chaleur. La Ville de Lyon propose un accès gratuit aux musées climatisés des Beaux-Arts, Gadagne et au macLYON entre mai et septembre, pour atteindre son « objectif fraîcheur ».
Les conditions de conservation des collections imposent de respecter des plages de température et d’hygrométrie (taux d'humidité dans l'air), et de les maintenir stables. Ce qui protège les œuvres en premier lieu bénéficie également aux publics. À l’inverse, les épisodes de canicule ou autres événements climatiques extrêmes peuvent endommager les collections, si ces conditions ne sont pas respectées.
Zoom sur le Palais de la Porte Dorée pendant la canicule de juin 2026
Du 23 au 26 juin 2026, le Palais de la Porte Dorée a ouvert gratuitement les portes de ses espaces d’exposition. Au milieu de l’épisode de canicule, cette décision procédait d’une volonté de la part de l’établissement d’offrir un refuge climatique accessible à tous les riverains, sans freins financiers. Largement relayée médiatiquement et par la mairie d’arrondissement, cette décision a effectivement encouragé de nombreuses personnes à investir les salles des collections permanentes et de l’exposition temporaire en cours. Cela a permis au musée de faire découvrir le lieu, monument historique emblématique de l’Art déco, et ses collections.
La volonté d’accueillir les personnes ayant besoin de trouver des espaces de fraîcheur fait écho au projet de l’établissement, pour lequel l’hospitalité est une valeur centrale. Par ailleurs, à la suite de l’exposition Migrations et climat – Comment habiter notre monde ?, dans laquelle l’adaptation au changement climatique était un des enjeux principaux, favoriser l’accès à des îlots de fraîcheur dans un contexte de canicule s’est imposé comme une évidence.
La question de la transition [écologique] n'est pas juste un objectif, c'est une condition pour pouvoir continuer à vivre, continuer nos activités. On doit concilier le patrimoine, la conservation des œuvres et les usages.
S’il a été possible de faire des espaces d’exposition du musée des lieux refuges, c’est parce que les collections du Palais de la Porte Dorée (les espèces vivantes de l’Aquarium tropical et les œuvres du Musée national de l’histoire de l’immigration) requièrent des conditions climatiques spécifiques. Dans l’aquarium, la température de l’air doit se situer autour de 25°C, sans quoi la survie des espèces serait mise en danger.
Pour s’assurer de maintenir des niveaux adéquats de température et d’hygrométrie, le Palais de la Porte Dorée a assuré des travaux de réhabilitation du bâtiment, en prenant en compte son adaptation au changement climatique, entre 2021 et 2023 :
- remplacement des huisseries en toiture ;
- remplacement de la chaufferie mixte gaz/fioul, dont les chaudières ont été raccordées au réseau de chauffage urbain parisien ;
- amélioration de la ventilation des salles d’exposition ;
- modernisation du système d’éclairage permanent du Musée national de l’histoire de l’immigration (passage aux diodes électroluminescentes LED) ;
- remplacement des centrales de traitement d’air existantes et installation de nouvelles dans les espaces en étant jusqu’alors dépourvus.
Ces travaux ont suivi les recommandations de l’étude thermique et climatique du musée. Associés à des modifications des usages, ils ont également permis de fortes diminutions des consommations d’eau, d’électricité et d’énergie. Cette opération est une des lauréates de l’appel à projet pour la rénovation énergétique des bâtiments publics initié par le gouvernement dans le cadre du Plan de relance, parmi les dossiers retenus pour le ministère de la Culture. Dans ce cadre, elle a été financée à hauteur de près de 7 millions d’euros.
Cette adaptation du bâtiment au changement climatique a permis d'assurer la conservation des collections et de réagir rapidement face à un événement climatique extrême. Être en capacité de proposer des solutions de repli aux riverains cherchant des espaces accessibles et frais s'est ainsi articulé avec une stratégie climatique de long terme.
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