Et si les bibliothèques devenaient des abris lors des fortes chaleurs, ou d'autres événements climatiques extrêmes ? En mai et juin derniers, de nombreuses bibliothèques ont accueilli des publics cherchant à s'abriter des canicules. De la réaction à l’anticipation, les bibliothèques ont été une des clés de la résilience climatique des territoires.
D’après l’Observatoire de la lecture publique, les 15 500 bibliothèques présentes sur le territoire en font le premier équipement culturel de proximité en France. Leur présence sur tout le territoire a amené de nombreuses mairies, départements ou régions à identifier des bibliothèques comme « lieux refuges » lors de la vague de chaleur de juin 2026, à l’image de 11 des bibliothèques de la Ville de Paris, ou lors des tempêtes Domingos et Ciarán à l’automne 2023.
Un répertoire participatif des lieux refuges
L’Agence de la transition écologique (ADEME) soutient une cartographie participative des refuges climatiques. Les espaces culturels figurent parmi les lieux répertoriés par les participants, dont les bibliothèques : les médiathèques Plérin, Malraux et Saint-Brieuc dans les Côtes d’Armor, la médiathèque de Chatillon dans les Hauts-de-Seine, les bibliothèques de quartier Saint-Cyprien et Les Izards à Toulouse, dans la Haute-Garonne, la médiathèque Le 20 dans les Bouches-du-Rhône… Ces lieux peuvent s’auto-répertorier ou être identifiés par des utilisateurs.
Les bibliothèques n’offrent pas toutes un abri des événements climatiques extrêmes, dont les vagues de chaleur. Certaines bibliothèques, contraintes par la chaleur dans leurs locaux, se sont donc vues dans l’obligation de fermer leurs portes durant les périodes de canicule. Parmi les nombreuses bibliothèques identifiées comme refuges climatiques, les situations sont également diverses. Certaines sont engagées dans des démarches d’adaptation du bâti au changement climatique depuis des années, comme la médiathèque du Sud Sauvage à Saint-Joseph, sur l’île de la Réunion. Ventilation naturelle, toitures végétalisées, jardins intérieurs : sa construction a été pensée pour prendre en compte son environnement et son climat, ainsi que l’héritage architectural réunionnais.
D’autres bibliothèques ont adapté leurs horaires d’ouverture pour accueillir des publics en quête de fraîcheur dès le début de la matinée, par exemple à Rouen, ou se sont organisées au pied levé pour ouvrir exceptionnellement le dimanche, comme la bibliothèque Mériadeck de Bordeaux. Dans certains réseaux, le redéploiement des agents a permis de renforcer les équipes postées en service public et d’améliorer les conditions de travail.
Inclure tous les publics sans rien sacrifier au livre et à la lecture
Les bibliothèques sont des lieux d’accès à la culture et à l’information, d’apprentissage, d’échanges, ainsi que des lieux d’accueil pour tous au quotidien, y compris des populations les plus vulnérables et des publics précaires. Elles jouent ainsi un rôle clé dans le renforcement de la cohésion sociale. Lors d’un événement climatique extrême, cet accueil est plus massif et se déroule sur une période plus courte. Lors de la canicule de juin 2026, le nombre de personnes accueillies par la médiathèque Virginia Woolf a doublé, atteignant plus de 3000 personnes en une semaine : de nombreuses personnes en télétravail, des collégiens révisant le brevet, des seniors et un nourrisson de trois jours.
On remplissait une mission d'intérêt général, on mettait les gens à l'abri. On en avait conscience, et les gens étaient extrêmement reconnaissants.
Les conditions d’accueil des publics et de travail des équipes constituent ainsi un défi d’adaptation au changement climatique. Ce défi doit se concilier avec les missions des bibliothèques, qui sont des services publics essentiels des collectivités territoriales : garantir l’accès de tous à la culture, à l’information, à l’éducation, à la recherche et aux loisirs, via la constitution et la conservation de collections, ainsi que de nombreux services et activités. Ces missions peuvent également être mises à mal par les pics de chaleur. Permettre aux bibliothèques de respecter leurs mandats, de ne pas sacrifier leur vocation culturelle et leurs spécificités, tout en travaillant à leur adaptation au changement climatique, est au cœur de la feuille de route ministérielle Pour un engagement fort des bibliothèques dans la transition écologique.
Plus largement, le changement climatique, l’érosion de la biodiversité et la crise des ressources demandent aux bibliothèques de relever de nombreux défis : décarbonation de leurs activités, actions de médiation auprès des publics pour les sensibiliser aux sujets environnementaux, refuges climatiques… Ces résolutions sont largement encouragées par le Guide d'orientation et d'inspiration pour la transition écologique de la culture.
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