L’Union nautique, située au bord du lac de Gérardmer, est bien plus qu’un simple équipement sportif. Elle incarne la reconstruction d’une ville très fortement détruite en 1944. Confiée à l’architecte André Gutton (1904-2002) par le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, cette réalisation s’inscrit dans le Plan de Reconstruction et d’Aménagement (PRA) de Gérardmer, approuvé en 1946.
Une architecture au cœur de la renaissance de Gérardmer
Gutton, fin connaisseur du territoire vosgien, a imaginé une promenade piétonne bordant le lac, reliant les hôtels et structurant un nouvel espace public. L’Union nautique en est le point d’orgue, offrant une vue imprenable sur le lac tout en abritant des vestiaires, un bar, un hangar à bateaux et un bassin de compétition.
Le bâtiment, conçu en forme de "L", s’ouvre généreusement sur le lac grâce à de grandes baies vitrées, tandis que sa façade nord, massive et sobre, marque une rupture avec l’agitation de la route nationale. Gutton a su allier tradition et modernité : les maçonneries en moellons de granit local, les colonnes de béton brut et la charpente en sapin créent une harmonie entre robustesse et légèreté. La toiture-terrasse du hangar à bateaux, alignée sur l’esplanade publique, forme même une terrasse panoramique pour le bar, illustrant l’ingéniosité spatiale de l’architecte.
Une architecture au service du sport et du tourisme
Dès sa création en 1885, l’Union nautique de Gérardmer a joué un rôle clé dans le développement des activités nautiques et touristiques de la région. Après la destruction des locaux historiques en 1944, la reconstruction a permis de moderniser l’équipement tout en préservant son âme. Aujourd’hui, l’édifice abrite toujours la base d’aviron, des vestiaires, un bar et une plage aménagée sur 200 mètres, bordant deux zones de baignade.
En 2007, une extension signée de l’architecte Virginie Goujard a permis d’ajouter un nouveau hangar à bateaux, une salle de bar et un poste de contrôle pour les courses nautiques. Ces ajouts, respectueux de l’esprit initial, dialoguent avec l’existant par leur volumétrie et l’utilisation de matériaux locaux comme le mélèze.
André Gutton (1904-2002) : l’architecte de la Reconstruction vosgienne
Né en 1904, André Gutton est une figure majeure de l’architecture française du XXe siècle. Formé à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, il se distingue par son approche humaniste et contextuelle, profondément ancrée dans les réalités locales. Son lien avec les Vosges est à la fois professionnel et personnel : sa famille paternelle y était implantée depuis des générations, notamment dans le domaine ferroviaire et immobilier.
Nommé architecte en chef de la Reconstruction pour Gérardmer en 1945, Gutton a marqué la région par son Plan de Reconstruction et d’Aménagement (PRA), qui a redessiné la ville après les destructions de la guerre. Son œuvre à Gérardmer, et notamment l’Union nautique, illustre sa philosophie : « Je voulais que la vue si merveilleuse du lac fût sauvegardée », écrit-il dans ses mémoires (Conversations sur l’architecture, 1985). Pour lui, l’architecture devait s’intégrer au paysage tout en répondant aux besoins fonctionnels et sociaux.
Gutton a également travaillé sur de nombreux autres projets en France, mais c’est dans les Vosges qu’il a laissé une empreinte durable, mêlant innovation technique (utilisation du béton armé) et respect des matériaux locaux (granit, bois). Son héritage perdure aujourd’hui, comme en témoigne la labellisation de l’Union nautique, qui consacre la valeur patrimoniale de son travail.
Une cérémonie pour célébrer l’architecture du sport en écho aux Jeux olympiques Paris 2024
La tenue des Jeux Olympiques à Paris en 2024 a offert l’opportunité à la DRAC Grand Est de se pencher plus précisément sur les lieux construits pour la pratique des sports. Une étude confiée à l’historienne de l’architecture Jade Berger (Bureau PtAH) a ainsi été menée en 2022-2023.
Celle-ci avait un double objectif : d’abord faire un pré-inventaire régional sur la période 1923-2023 puis ensuite identifier, sélectionner et documenter les architectures les plus remarquables de ce corpus afin de leur attribuer le label « Architecture contemporaine remarquable » (ACR).
La difficulté de réduire la sélection à quelques architectures est rapidement apparue devant la multiplicité des productions architecturales sportives dans le Grand Est et leurs multiples transformations au cours du temps. Dès lors, le groupe d’experts qui accompagnait la DRAC Grand Est dans cette étude a choisi de fonder sa sélection sur un des enjeux importants des théories et pratiques actuelles de l’architecture : celui de la réhabilitation.
Ce choix a permis de dégager un ensemble de dix-sept édifices labellisés, qui met en lumière la formation mais également la transformation de ces architectures contemporaines.
Partager la page








