Face à l’urgence écologique et à la nécessité de limiter les démolitions, le label "Architecture contemporaine remarquable" s’affirme comme un levier stratégique pour accompagner la réhabilitation et la transformation des architectures existantes.
Pensé comme un label de projet, il encourage des interventions respectueuses de l'authenticité conceptuelle d’origine des œuvres, tout en inscrivant ces architectures dans de nouveaux usages, adaptés aux exigences contemporaines et à la transition des territoires.
Les deux édifices auxquels viennent officiellement d'être remis le label, tous les deux situés dans la Métropole du Grand Nancy, en sont deux illustrations. Le Foyer du Cours Léopold à Nancy, réhabilité en 2023 et la Faculté des sciences et technologies à Vandœuvre-lès-Nancy pour laquelle une démarche de réhabilitation doit être engagée.
Le Foyer des Étudiants du Cours Léopold à Nancy : une renaissance contemporaine pour un chef-d’œuvre Art déco
À Nancy, le bailleur Batigère a récemment dévoilé la plaque du label "Architecture contemporaine remarquable" (ACR) apposée sur le Foyer du Groupe des Étudiants du Cours Léopold (GEC).
Cette cérémonie a mis à l’honneur un édifice emblématique de l'Art déco, mouvement artistique des années 1920/30, pour lequel la ville de Nancy est mondialement reconnue, tout en célébrant l’achèvement d’une réhabilitation majeure conduite en 2023, qui redonne aujourd’hui toute sa vitalité à ce patrimoine architectural remarquable.
Construit pour accueillir des étudiants dans un cadre moderne et fonctionnel, à une époque (années 1920) où la France connaît une importante crise du logement, l’édifice se distingue par la rigueur de sa composition, l’élégance de ses façades et le soin apporté à ses décors caractéristiques de l’Art déco. Témoin de l’essor urbain et universitaire de l’entre-deux-guerres, il constitue un repère architectural fort au cœur de la ville et une institution dans le milieu étudiant.
Une première nationale : la prolongation du label "Architecture contemporaine remarquable"
Les travaux achevés en 2023 ont marqué une étape décisive dans la vie de cette architecture composite.
L'opération a été confiée aux architectes Sébastien Malgras et Pascal Prunet, avec l’appui attentif de l’architecte des Bâtiments de France Éléonore Holtzer (DRAC Grand Est). Elle a conjugué restauration patrimoniale et innovation contemporaine.
Les interventions ont permis une restitution scrupuleuse des éléments d’origine - notamment la chapelle, le théâtre et quelques logements d'inspiration corbuséenne - tout en intégrant des transformations significatives pour adapter l’édifice aux usages actuels. Amélioration du confort, modernisation des espaces et mise aux normes techniques ont ainsi été menées dans le respect de l’esprit initial de cette architecture due à Jules Criqui et Dominique Louis.
Au-delà de la restauration, ces travaux ont introduit une nouvelle dimension contemporaine à l’ensemble architectural, démontrant qu’un patrimoine du XXe siècle peut évoluer sans perdre son identité.
Cette approche exemplaire a conduit à une décision inédite : la prolongation de la validité du label "Architecture contemporaine remarquable" en fixant une nouvelle date de référence à l’année 2023. Une première nationale, qui reconnaît la valeur de création des transformations réalisées et souligne l’importance de considérer la réhabilitation comme un acte créatif à part entière.
La réhabilitation : un acte créatif
Le dévoilement de la plaque a ainsi constitué un moment symbolique pour valoriser ce patrimoine auprès des habitants et du grand public. Par la qualité de sa restauration et l’ambition de ses transformations, le foyer GEC illustre aujourd’hui une manière renouvelée d’habiter et de conserver la valeur contemporaine de l’architecture.
Faculté des sciences et technologies : la mise en lumière d'une architecture des années 1970
Sur le campus des Aiguillettes, à Vandœuvre-lès-Nancy, l’Université de Lorraine a récemment dévoilé la plaque du label "Architecture contemporaine remarquable" apposée sur la faculté des Sciences et Technologies. Une cérémonie qui a rassemblé représentants de l’État, élus et usagers autour d’un objectif commun : faire découvrir au grand public une architecture emblématique des années 1970 et mobiliser les acteurs autour des enjeux de sa réhabilitation.
Une méga architecture
Construit entre 1961 et 1972 pour accompagner l’essor rapide du nombre d’étudiants, cet ensemble universitaire marque l’un des premiers déplacements des facultés hors du centre de Nancy. Imaginé par les architectes Edmond Lay (dont plusieurs œuvres sont déjà classées monument historique), Georges Tourry et Claude Goclowski, le campus se distingue par ses formes courbes et monumentales.
D'inspiration wrightienne (Frank Lloyd Wright, architecte 1867-1959), cette méga-architecture est organisée autour d’un vaste forum central ouvert sur le paysage. L’usage affirmé du béton brut, associé à des éléments préfabriqués, traduit les principes de l’architecture brutaliste, qui conjugue rationalité constructive et recherche plastique.
Sensibiliser usagers partenaires publics à la valeur patrimoniale du site
Le label "Architecture contemporaine remarquable" vient aujourd’hui souligner l'intérêt architectural de cet ensemble cohérent, représentatif des grandes politiques nationales de construction universitaire des Trente Glorieuses. Il accompagne également dans ce cas, un enjeu de patrimonialisation.
Lors du dévoilement de la plaque, la directrice des affaires culturelles du Grand Est, Isabelle Chardonnier a rappelé la portée de cette reconnaissance : "Vivant et créatif, le label ACR célèbre plus que notre patrimoine. Il met en lumière une pratique vivante, l’architecture, portée par des femmes et des hommes sur le terrain, acteur de l’économie."
Pour la présidente de l’Université de Lorraine, Hélène Boulanger, ce site constitue un repère majeur dans l’histoire et l’identité de l’établissement : "C'est le totem de l’université, le réacteur central de la recherche et formation." Une image forte, reprise par le vice-président en charge du patrimoine, qui a souligné l’ampleur exceptionnelle de cet ensemble : "Si l'on cumule le nombre de mètres carrés qui constituent cette architecture, nous pourrions aller de Nancy à Rome."
Prochaine étape : les enjeux de la réhabilitation du site
Au-delà de la reconnaissance patrimoniale, cette cérémonie marque une étape importante pour sensibiliser étudiants, enseignants et partenaires publics à la valeur architecturale de ce campus. Par ses formes audacieuses, son organisation autour d’un jardin central et son esthétique caractéristique du béton brut, la faculté des Sciences et Technologies s’impose aujourd’hui comme un témoin majeur de l’histoire de l’enseignement supérieur et de l’architecture du second XXe siècle, dont la réhabilitation constitue désormais un enjeu partagé pour les années à venir.
Le label "Architecture contemporaine remarquable"
Depuis 2016, ce label, qui succède au label "Patrimoine du XXe siècle" signale les édifices de moins de 100 ans non protégés au titre des Monuments historiques.
Il met en valeur des constructions récentes qui font partie du quotidien de chacun, fait le lien entre le patrimoine ancien et la production architecturale actuelle, et incite à leur réutilisation en les adaptant aux attentes du citoyen (écologique, mémorielle, sociétale, économique…).
Dans le Grand Est, 200 sites sont labellisés.
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