La scène interpelle. La chapelle basse de l’église Saint-Jean-Baptiste de Chaource qui abrite une œuvre exceptionnelle du XVIe siècle est métamorphosée. D'habitude plongée dans une pénombre, propice à la contemplation de cette œuvre unique, elle baigne aujourd'hui dans la lumière, tandis que les entreprises chargées de la restauration de la Mise au Tombeau s'activent.
L'objectif du jour : déplacer le tombeau du Christ soit plus de 800 kilos de pierre, afin de pouvoir accéder aux sculptures situées à l'arrière.
Le chantier de restauration a débuté début juin 2026 et, d'ici quelques semaines, c'est la presque totalité de la Mise au Tombeau qui sera déposée afin de résoudre les problèmes de structure qui touchent cette œuvre d'art.
Une étude technique révèle un état sanitaire inquiétant
En 2022, une intervention réalisée en urgence sur le groupe des donateurs et le personnage de Nicodème révèle des problèmes plus structurels.
Une étude technique préalable à la restauration de la Mise au Tombeau est demandée par la Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est (DRAC).
Réalisée en 2024, elle met en évidence un état sanitaire alarmant, en cause : des restaurations antérieures. En effet, l'œuvre a connu, au fil du temps, de nombreuses restaurations qui se sont accumulées. On peut les retracer précisément depuis la fin du XIXe siècle, mais l'étude de la polychromie a révélé que des reprises ont été menées très tôt, soit dès le siècle qui a suivi sa réalisation.
Ces différentes interventions ont tenté, avec les moyens disponibles à ces époques, de régler divers problèmes, notamment de sels, présent à cause de l'humidité. Aujourd'hui, ce sont ces restaurations elles-mêmes qui posent problèmes pour la conservation de l’œuvre.
Le bilan sanitaire
L’étude préalable fait état d’une structure instable :
- fissurations identifiées sur plusieurs des sculptures : Nicodème, Joseph, le groupe de la Vierge et saint Jean
- remontées par les pierre et cristallisation des sels
- nombre important de manques, masqués par des retouches en matériaux divers
- surfaces très décapées sur les personnages les plus accessibles. Badigeons disgracieux et débordants
Mise en place d'un comité scientifique
L'étude, présentée à un comité scientifique d'experts piloté par la DRAC Grand Est, a préconisé le retrait de la presque totalité des interventions anciennes, afin de retirer les produits de restauration nocifs et les comblements inesthétiques.
Au préalable, en tout début de chantier l'ensemble a été scanné, afin de disposer d'un plan complet de l'œuvre.
Une assistance à maîtrise d'ouvrage assurée par la DRAC Grand Est
Le chantier d'une durée estimée à 15 mois, pour la tranche ferme est estimée à 616 948 € HT. L'opération est financée à hauteur de 50% par l'Etat soit 325 474 €, un soutien exceptionnel en faveur des petites communes rurales.
La DRAC Grand Est - Service de la Conservation régionale des monuments historiques accompagne également la commune de 1 000 habitants sur ce chantier hors norme, en assurant une assistance à la maîtrise d'ouvrage. Elle lui apporte une assistance à caractère administratif, financier et technique à toutes les phases de l'opération, sous forme de conseil, d'organisation, d'outils de suivi, etc...
Les étapes de l’intervention
Le chantier se déroulera par étapes coordonnées :
- scans de l’œuvre pour production d’une coque permettant les remontages à blanc
- purge des éléments pathogènes reliant les personnages porteurs au Christ
- dépose et translation du Christ gisant et déplacement de la Vierge et de saint Jean
- préparation des restitutions en pierre de taille
- étude complémentaire de la polychromie
- purges complémentaires sur Nicodème
- nettoyage et refixage de la polychromie
- dégagement des carnations
- dépose de la Vierge et saint Jean sur nouveau socle et remontage de Joseph
- restitutions par des tailleurs de pierre en atelier et in situ des lacunes
- dégagement du badigeon de chaux de l’antependium
- tests de retouches et retouches colorées d’harmonisation
- repose du tombeau et rejointoiement
Présentation du chantier
Financement
La restauration est estimée à 616 948 € HT. Elle est financée par :
- la Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est (DRAC) : 308 474 € HT
- la Préfecture de l’Aube (Dotation de soutien à l'investissement local - DSIL) : 175 000 € HT
et par
- le Département de l’Aube : 92 542 € HT
- la Sauvegarde de l’art français : 25 000 €
Maîtrise d’ouvrage
- Ville de Chaource
- Assistance à maîtrise d’ouvrage : Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est (Conservation régionale des monuments historiques)
Entreprises
- Solène Chatain (co-mandataire)
- Nathalie Bruhière (co-mandataire)
- Conservateurs - restaurateurs de sculpture : Fabienne Bois - Irène Bordereau - Jonathan Camara Lezmi - Laurent Caputo - Lucie Courtiade - Camille Devilliers - Emilie Dominey - Hélène Dreyfus - Gaelle Ferdek - Sarah Garel - Aurélie Gérard - Alma Hueber - Manon Joubert - Vefa Le Bris du Rest - Lise Lefèvre - Julie Maure - Diane Messager - Julie Volant
- Sculpteurs : Patrick Turini, Charles Boulnois
- Déplacement / sécurisation des œuvres : Société Tandem
Durée du chantier
Tranche ferme : la durée prévisionnelle est estimée à 15 mois (avril 2026 - été 2027)
La Mise au Tombeau de Chaource, un chef d'œuvre de l'art champenois du XVIe siècle
La Mise au Tombeau de Chaource, réalisée en 1515, est l’une des expressions les plus abouties de l’extraordinaire foisonnement de l’art champenois de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance.
Elle est l’œuvre du "maître de Chaource", sculpteur virtuose souvent rattaché au nom de Jacques Bachot.
Les Mises au Tombeau
Parmi les sculptures créées à la fin du Moyen Age, les Mises au Tombeau sont particulièrement originales et spectaculaires. Elles présentent, en grandeur nature, l’ensevelissement du Christ avec de nombreux personnages rendus réalistes grâce à la polychromie.
C’est en France que ce thème sera le plus développé. On les voit apparaître, semble-t-il à l’Est, dans les premières décennies du XVe siècle, jusqu’à son apogée à la fin du XVe siècle, et dans la première moitié du XVIe siècle.
La Mise au Tombeau de Chaource est l’une des plus étonnantes. L’église qui l’abrite est riche en œuvres d’art, vitraux, peintures, sculptures. Elle illustre la vitalité démographique, la prospérité économique, la dévotion et la créativité artistique de la Champagne du début du XVIe siècle.
On connaît la date de réalisation, 1515, et les commanditaires de l’œuvre, Nicolas de Monstier et Jacqueline de Laignes, grâce une inscription.
L’importance du monument a été reconnue très tôt. L’église fait partie de la première liste des monuments historiques protégés en 1840. Depuis, elle n’a jamais cessé d’être étudiée et admirée.
Une œuvre d'art total
Le Sépulcre est situé en contrebas de la chapelle nord du chevet. Trois gardes en armure accueillent le visiteur. La scène de l’ensevelissement du Christ se trouve face à la porte.
Selon des sources de la fin du XVIIe siècle des réaménagements importants seraient intervenus. Malgré ces modifications, on peut voir dans la chapelle du Sépulcre de Chaource une œuvre d’art total, une mise en scène délibérée, qui utilise l’espace, la lumière, les couleurs, la présence physique des sculptures, pour faire de la vision de cette représentation de l’ensevelissement du Christ une expérience spirituelle marquante.
La qualité et l’expressivité des sculptures sont à souligner. Les figures témoignent d’une parfaite maîtrise de l’anatomie et des drapés. Les visages sont particulièrement frappants. Les mouvements et les regards expriment la gravité de la scène.
(D’après Sophie Jugie, ancienne Conservatrice générale du Patrimoine Directrice du département des Sculptures du musée du Louvre)
Suivez le chantier
La chapelle n'est pas visible pendant les travaux, mais l'église reste accessible, et mérite le détour, par la qualité des œuvres qu'elle renferme. Une vidéo présentant le sépulcre est diffusée dans l'église et un site permet de suivre les différentes étapes de restauration, à consulter sur le site facebook de la commune.
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