En septembre 2024, en raison des risques d'effondrement du clocher, l'église Saint-Martin de Doux dans le département des Ardennes a été placée sous le régime de l'instance de classement au titre des monuments historiques.
Une décision qui a permis à l'État - DRAC Grand Est de faire réaliser les travaux d'urgence nécessaires à la sauvegarde de cet édifice du XVe-XVIIe siècles, propriété d'une commune rurale d'une centaine d'habitants. Une mesure exceptionnelle en faveur du patrimoine religieux des petites communes.
Des désordres structurels
Les travaux ont débuté en avril 2025 et se sont achevés en avril 2026. Fermée au culte depuis plusieurs décennies, l'église souffrait d’importantes infiltrations d’eau ayant déstabilisé son clocher. Une situation résultant de problèmes structurels et les conséquences d'un mauvais état sanitaire général.
Dans un premier temps, les décors peints intérieurs ont été protégés, puis, le 11 juin 2025, le clocher a été déposé, grâce à une grue, équipée d'une nacelle, d'abord la flèche, puis le fût. Les ardoises ont été retirées et les éléments du clocher transportés dans les ateliers de la société Métiers du bois pour être restaurés.
Le 8 octobre 2025 le fut et la flèche restaurés étaient reposés.
Pour rendre à l'édifice sa stabilité, les maçonneries du clocher et du portail central ont été reprises. Les matériaux utilisés lors des travaux de restauration ont été sélectionnés en fonction de l’histoire de l’église. Ainsi, les pierres de Migné et de Tervoux utilisées pour la restauration de l’église, ont des caractéristiques très proches de celles déjà en place. Concernant la couverture, l’ardoise grise galloise (Ffestiniog Capital), qui rappelle le plus l’esthétique de l’ardoise d’origine, a été choisie pour recouvrir la charpente du clocher.
Le 9 avril 2026, l'église retrouvait son coq, désormais repris en cuivre, un moment symbolique marquant la fin de cette restauration du clocher.
Une intervention d'urgence sur des décors peints
Parallèlement à l'intervention sur le clocher, l'atelier Arcao de restauration de peinture a été saisi par la DRAC Grand Est pour sécuriser les objets mobiliers et les décors peints mis en péril par l'état sanitaire du monument. Une mission complétée par un travail d’investigation qui a permis d’enrichir la documentation historique de l’église et permettra d’orienter les futurs choix de restauration. Une opération qui a donné lieu à deux belles découvertes, évoquées avec Manuela Guiraud, responsable du bureau d'études de l'atelier Arcao.
Entretien avec Manuela Guiraud, atelier Arcoa
Quelle mission vous a confié la DRAC Grand Est ?
Manuela Guiraud. Nous avons eu deux commandes distinctes. La première concernait la mise à l'abri les objets mobiliers polychromes de l'édifice, des statues en bois ou en plâtre, le tabernacle, avec ses dorures... et la deuxième la consolidation d'urgence des décors peints visibles.
Nous sommes intervenus sur un décor peint situé dans l'extrémité nord-est du bas-côté. Il s’agit d’un décor de faux drapés, dans les tons violets, mauves, avec des petits pompons en trompe-l'œil, qui est, avec le chœur, l’un des seuls vestiges peints visibles de l'église.
Le chœur semblait sain, en revanche ce décor du bas-côté était en mauvais état, avec de très gros soulèvements et des cloques. Initialement, on pensait que ces décors dataient du XIXe siècle, aujourd’hui, après étude, on les date plutôt du XXe siècle, sans doute après la Première Guerre mondiale, quand l’église a été remise en peinture.
Est-ce une intervention courante ?
Manuela Guiraud. En tant qu’atelier spécialisé en restauration de peintures murales et de décors peints, nous intervenons sur toute la France et il s’agit souvent de conservation d'urgence. Ici, il s'agissait de consolider les peintures et de les stabiliser afin de les mettre en sécurité et pouvoir intervenir ultérieurement.
Comment avez-vous procédé ?
Manuela Guiraud. L’intervention s’est déroulée en trois phases. La première phase concernait la consolidation du support. On réalise des micro-injections de coulis de chaux désalinisée à la seringue, ce qui permet de retrouver l'adhérence entre le mur en pierre et l'enduit, le support des décors. Très souvent, des trous s’étant formés, il est nécessaire de replaquer et de reconsolider l'enduit du mur.
Ensuite, certaines parties du décor ayant disparu de manière irréversible, pour consolider les bordures de ces lacunes on fait ce qu'on appelle des micro-solins. On remet ponctuellement un peu d'enduit en bordure de lacunes pour éviter que le grignotage se poursuive et on réalise un refixage de la couche picturale. Une intervention qui se fait directement sur la couche peinte, pour la reconsolider à son enduit, et qu'elle tienne parfaitement.
Enfin, la dernière étape a consisté à poser du papier intissé sur le décor avec une colle cellulosique réversible, qui va permettre de les maintenir et de le protéger des poussières, des altérations, de certaines vibrations éventuelles, s'il y a d'autres travaux, c'est ce qu'on appelle des "facings de protection".
Vous avez également réalisé une étude stratigraphique, de quoi s'agit-il ?
Manuela Guiraud. Effectivement, en parallèle, la DRAC Grand Est a nous a commandé une étude des différentes couches de peinture murales qui recouvrent les murs intérieur de l'église afin d’avoir une vision d’ensemble des campagnes décoratives de l’église. Pour la réaliser, une restauratrice, équipée d'une loupe binoculaire et d’un scalpel de chirurgien, a gratté les murs jusqu'à atteindre le support afin de découvrir la succession de couches, peintes ou de badigeons, qui recouvrent les murs. On procède par petits carrés, ce sont des "fenêtres stratigraphiques". Ces petits éléments mis au jour pendant les sondages ont ensuite été consolidés et refixés.
Que vous a appris cette étude ?
Manuela Guiraud. L'église a été remaniée de nombreuses fois, et, après la Première Guerre mondiale notamment, les voûtes ont été refaites. Malgré tout, nous avons fait une belle découverte, avec la mise au jour de bandeaux noirs, avec les armes d'un seigneur. Le nom est "litre funéraire". On les peignait sur les murs, à la mort du seigneur. On l'a retrouvée sur tout le bas-côté nord, avec des blasons en très bon état, juste au-dessus du décor de drapé. Il pourrait s’agir de la famille Renart de Fuchsamberg, des éléments du blason de la commune de Doux ayant été identifiés. Cette litre daterait du tout début du XVIIIe siècle. Il faudra peut-être compléter par des recherches héraldiques. Les litres, avec leur couleur noir, transpirent souvent sous le décor, mais ici personne ne les avait repérées.
Avez-vous fait d'autres découvertes ?
Manuela Guiraud. L'autre découverte notable, ce sont, autour du chœur, des grandes colonnes, avec des sculptures, assez drôles, présentant des personnages, des coquilles d'escargots, des feuillages, etc.
Des éléments qui semblent assez anciens, qui pourraient dater de la construction, peut-être du XVIe siècle. Il y a de nombreuses couches de badigeons. En sondant, on a trouvé une polychromie rouge sur la pierre, qui mettait en valeur les nervures et les reliefs. Est-ce qu'elle est contemporaine de la litre ? Nous ne pouvons pas le dire à ce stade, mais elle pourrait être ancienne. Il y a un jeu beaucoup plus subtil sur ces chapiteaux. À un moment l'intégralité de l'église a été recouverte en badigeon ocre jaune. Du jaune, avec des jeux un peu plus jaunes sur les nervures. Un peu comme une remise à zéro, qui a effacé la litre. Les autres couches sont plus modernes ou alors ce sont des badigeons monochromes.
Calendrier des travaux : avril 2025/mars 2026
Montant des travaux : 1 415 941€ TTC
Financement : 100% État (Ministère de la Culture / Direction régionale des affaires culturelles Grand Est)
Propriété : Commune de Doux
Maitrise d’ouvrage : DRAC Grand Est (à titre exceptionnel dans le cadre des dispositions de l'article L621-11 du Code du patrimoine)
Maîtrise d’œuvre : Eugène architectes (Charlotte Hubert Architecte en chef des monuments historiques)
CSPS : SOCOTEC
Les entreprises :
Entreprise MDB - Métiers du Bois (14760 Breteville-sur-Odon)
Entreprise Léon Noël (51730 Saint-Brice-Courcelles)
Entreprise Atelier ARCOA (92800 Puteaux)
Entreprise Coanus Couverture (51520 Saint-Martin-sur-le-Pré)
Partager la page









