Au premier semestre 2023, la prison centrale, qui occupe une partie du site de l'ancienne abbaye cistercienne de Clairvaux (Aube), fondée au XIIe siècle, fermera ses portes.
L'État, propriétaire, souhaite co-construire le projet de reconversion de Clairvaux avec les collectivités territoriales, dans une même ambition : assurer la pérennité de ce joyaux patrimonial à travers un projet innovant en terme d’attractivité du territoire et de développement économique.

 

 

Rencontre avec Sébastien Zonghero, chargé, depuis décembre 2020, par l’État (ministères de la Culture et de l'économie), de mettre en place une gouvernance opérationnelle entre l’État et l'ensemble des collectivités territoriales, afin d'accompagner le processus de reconversion du site.

Entretien avec bastien Zonghero, chef de projet

 

Au ministère de la Culture depuis 2003, Sébastien Zonghero a notamment été chargé de la Francophonie à la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, puis chef de cabinet du Secrétaire général du ministère, avant d’occuper le poste de Secrétaire général adjoint à l’Institut national du patrimoine (INP).
Avant cette mission sur Clairvaux, il était responsable de la valorisation de l’expertise patrimoniale du ministère de la Culture à l’international, à travers des projets portés en partenariat avec Expertise France en Tunisie (modernisation du musée de Carthage) et au Cameroun (modernisation du musée national de Yaoundé).

Pouvez-vous nous présenter votre mission sur Clairvaux ?

Sébastien Zonghero : Suite à la confirmation, par l’administration pénitentiaire, de la fermeture de la centrale de Clairvaux, située dans le département de l’Aube, l’État a souhaité réaffirmer de manière forte sa volonté de se mobiliser pour la reconversion du site de Clairvaux qui constitue un défi en termes de prestige et d’ampleur (30 000 m2 de monuments historiques sur près de 30 hectares).

Vue aérienne du site. Dans la moitié Est les principaux bâtiments occupés par le centre pénitentiaire, et au Nord, les bâtiments propriétés du ministère de la Culture en partie ouverts aux visites

L’État a notamment décidé de porter le projet au niveau de l’administration centrale du ministère de la Culture, avec la nomination d’un chef de projet chargé, sous l’autorité du directeur général des patrimoines et de l’architecture, de préparer, en lien étroite avec les acteurs du territoire et en premier lieu les collectivités, le projet de reconversion culturelle, patrimoniale, touristique, économique et environnementale de l’ancienne abbaye devenue prison sous Napoléon Ier.

Une lettre de mission, signée par Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, et Olivier Dussopt, ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, chargé des comptes publics, me charge donc de mettre en place, sous l'autorité du Directeur général des patrimoines et de l'architecture, une gouvernance opérationnelle entre l’État et les collectivités territoriales pour accompagner ce processus de reconversion.

Photos : Le bâtiment des convers, le cellier (XIIe s.) ; Le Petit cloître (XVIIIe s.); Les paysages du site ; Le petit Clairvaux (XIIe, XVIIIe et XIXe s.)

En quoi consiste cette gouvernance opérationnelle État/collectivités ?

Sébastien Zonghero : Le dispositif déployé avec la mise en place d’une équipe projet État / collectivités et une méthode de travail collaborative, est une démarche innovante dans le paysage institutionnel. Il s’agit de coconstruire véritablement ce projet de dimension nationale au regard de son propriétaire et aux enjeux locaux très importants, en matière d’aménagement du territoire notamment.

Du côté de l’État, outre le ministère de la culture, que je représente avec Virginie Thévenin, directrice régionale adjointe déléguée, chargée des patrimoines à la DRAC Grand Est, et Emeline Trevesaïgues, chargée de mission à la sous-direction des monuments historiques et des sites patrimoniaux, à la Direction générale des patrimoines et de l'architecture (DGPA), sont membres le Sous-préfet de Bar-sur-Aube et la direction de l’immobilier de l’État (DIE). Du côté des collectivités, elle comprend des représentants de la région Grand Est, du département de l’Aube, de la communauté de communes de la région de Bar-sur-Aube et de la commune de Ville-sous-la-Ferté.

Photographies : Le bâtiment des convers (XIIe s.) ; L'hostellerie des Dames (XVIe s.) ; Le pavillon de chimie (XVIIIe s.) ; Le quartier disciplinaire (XIXe s.)

"Une ambiance de travail constructive"

Depuis septembre 2020, l’équipe projet s’est réunie à rythme mensuel. Nous avons bien avancé sur plusieurs axes stratégiques et ce, dans une ambiance de travail constructive.
Pour valider, à rythme régulier, les propositions formulées, un pilotage politique resserré a été acté. Ce comité stratégique réunit le Directeur général des patrimoines et de l’architecture du ministère de la Culture, le Directeur de la Direction de l’immobilier de l’État - Grand Est, le Préfet de l’Aube, le Président de la région Grand Est, le Président du Conseil départemental de l’Aube, le Président de la communauté de communes de la Région de Bar-sur-Aube et le Maire de Ville-sous-la-Ferté.

Comment s’opère cette gouvernance ?

Sébastien Zonghero : Une des premières missions de l’équipe projet a été la préparation d’une convention cadre à vocation « politique », qui sera prochainement signée pour encadrer la gouvernance stratégique du projet. Il s’agit de formaliser l'accord des parties concernées par le devenir du site.
La préfiguration se matérialisera ainsi par la mise en place d’une phase de mise en concurrence qui permettra de sélectionner, de manière transparente, le ou les porteurs du projet de reconversion. L’idée est de s’orienter vers une consultation permettant via un dialogue compétitif avec les soumissionnaires, de sélectionner le projet le plus ambitieux en matière de valorisation du patrimoine et d’aménagement du territoire, mais également le plus pertinent au regard des activités envisagées et du modèle économique proposé.

"Prendre en compte les enjeux des collectivités"

Le point fort de cette démarche est la prise en compte des enjeux des collectivités. Je suis moi-même élu municipal et communautaire. Je partage parfaitement la préoccupation des collectivités pour qui, la reconversion de Clairvaux doit être abordée certes sous l’angle du patrimoine mais aussi sous celui du territoire et de l’attractivité. Ma mission a été de rassurer les collectivités sur la volonté de l’État d’aller dans ce sens. A travers l’équipe que nous constituons, qui est une démonstration concrète de l’intention de l’État, les collectivités sont bien parties prenantes de la phase amont de la consultation en préparation et participeront évidement aux côtés de l’État, à la sélection du ou des porteurs de projet.

Le quartier disciplinaire (XIXe - XXe s.) ; les cages à poules (XIXe s.) ; Grand cloître (XVIIIe s.)

Le maître mot est pour vous « coordination » ?

Sébastien Zonghero : C’est essentiel, avec les collectivités, mais également, je tiens à le souligner, entre les directions du ministère de la Culture et les autres services de l’État. Nous sommes en échange permanent et cette façon de travailler en interministériel illustre la mobilisation totale de l’État.
Une convention lie par ailleurs le ministère de la Justice avec celui de la Culture. Elle pose les relations entre les deux administrations en permettant notamment à la DRAC Grand Est de lancer des travaux de restauration sur les bâtiments protégés qui ne sont plus utilisés par l’administration pénitentiaire.
Enfin, sur le territoire, la DRAC Grand Est poursuit son soutien à l’association Renaissance de l’abbaye de Clairvaux, qui s’occupe de l’accueil des visiteurs du site (de 20 à 30 000 par an).

Photos : L'ancienne bibliothèque (XVIIIe - XIXs.) ; La cour d'honneur (XVIIIe s.) : les écuries Nord ; La prison des enfants (XVIIIe-XIXe s.) ; le réfectoire-chapelle (XVIIIe s.)

Quels sont les éléments clefs de réussite de l’appel d’offres ?

Sébastien Zonghero : Sa réussite passe par le degré de maturation et par la mise en place d’un pilotage opérationnel et scientifique de haut niveau. Dès le départ, nous avons défini la nature des études nécessaires pour établir un diagnostic précis du site et nourrir le cahier des charges du futur appel d’offres :
- une étude patrimoniale disponible depuis fin 2020, réalisée d’après le travail de l’architecte en chef des monuments historiques. Elle permet de dresser l’état de conservation des biens protégés au titre des monuments historiques et de définir les premiers travaux envisageables sur chacun des bâtiments ;
- une étude environnementale, paysagère et hydraulique (financée et portée par le ministère de la Culture) qui permettra de compléter l’étude patrimoniale. Il est inconcevable de travailler sur le Clairvaux du XXIe siècle, dont l’un des atouts majeur est son site naturel, sans prendre en compte les dimensions paysagère, de bio diversité ou de développement durable ;
- une étude d'impact touristique, portée par le département de l’Aube, afin d’établir un diagnostic de l’existant et poser les bases du potentiel du site de Clairvaux.
- une étude juridique, enfin, qui sera portée par l’État et destinée à établir le tableau des scénarios d’occupation du domaine public susceptible d’être proposé aux porteurs de projets.

L’ensemble de ce travail va donner lieu à un dossier de consultation. L’État, par l’intermédiaire de la DIE, investit de manière importante en permettant l’accompagnement du projet par un assistant à la maîtrise d’ouvrage.

"un site naturel préservé"

Vue d'une partie du mur d'enceinte

Réseau hydraulique

Pourquoi faire appel à une assistance à maîtrise d’ouvrage ?

Sébastien Zonghero : Le recours à un assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO) est nécessaire pour piloter et sécuriser la démarche de mise en concurrence qui permettra de sélectionner le ou les nouveaux exploitants de Clairvaux.
Le cabinet IN EXTENSO Tourisme Culture Hôtellerie, qui vient d'être sélectionné, va accompagner l’équipe projet dans la formalisation de la procédure et la constitution, sous le contrôle de l’État, du dossier de consultation de mise en concurrence, ainsi que l’organisation et le suivi des différentes phases du dialogue compétitif.

Extenso TCH sera notamment chargé de définir les ambitions des parties. Sans entrer dans des scénarios de programmation, il s’agira de préciser les attentes de chaque partenaire pour ce site en matière patrimoniale, culturelle, touristique, territoriale et économique etc.

Le cabinet aura également la responsabilité de l’élaboration d’un « schéma directeur » définissant espace par espace le type de protection, les modalités de concession proposées et les possibilités en termes de travaux pour implanter de nouvelles activités qui seront le cœur de l’appel à projets. Ainsi, l’investisseur potentiel privé aura une vision claire des travaux envisageables et la part qui reviendra à l’État concernant le clos et le couvert. Les offres pourront être faites sur la base d’éléments techniques, économiques, juridiques et financiers permettant d'avoir un diagnostic précis du site. C’est la condition pour avoir des offres solides.
Le projet sera sélectionné au regard de sa soutenabilité financière, de l’attention portée au cadre patrimonial, des activités qui seront proposées et de leur ambition pour le rayonnement du site et du territoire.

La priorité et l’enjeu pour le ministère de la Culture résident dans la réutilisation de ce patrimoine, pour assurer sa conservation sur le long terme.

La grange (XVIIIe s.)

Le calendrier


2021

- Sélection du cabinet IN EXTENSO Tourisme Culture Hôtellerie comme assistant à maîtrise d'ouvrage pour planification et organisation de la phase de mise en concurrence avec attendus du projet de reconversion et schéma directeur
- Signature de la convention de coopération État - Collectivités territoriales
- Réalisation des études complémentaires (environnement / réseau hydraulique, potentiel touristique, modalités d’occupation...)


2022

- Lancement de la consultation de l’appel à projets


Début 2023

- Désignation du/des porteur(s) et lancement des travaux pour les nouvelles activités


2e semestre 2023 

- Fermeture de la centrale et lancement des travaux de démolition