Il suffit parfois d’un souffle, d’un morceau de papier froissé, d’une pluie imaginaire ou d’un tissu qui bouge pour ouvrir un monde. Depuis près de vingt ans, Un neuf trois Soleil ! construit en Seine-Saint-Denis un espace artistique singulier, entièrement pensé pour les enfants de la naissance à cinq ans. Ici, les œuvres ne cherchent pas à miniaturiser le spectacle vivant pour les plus petits. Elles inventent d’autres façons de regarder, d’écouter, de toucher et d’habiter l’espace.
Cette 19e édition affirme plus encore cette attention portée aux sensations, aux matières et aux expériences immersives. Dix créations 2025-2026 traversent ainsi la programmation, portée par dix-huit compagnies invitées dans seize villes partenaires et plus de cent dix représentations.
Partout, les démarches artistiques privilégient la proximité. Une cabane se construit sous les yeux des enfants. Le papier devient paysage. Les souffles se transforment en matière sonore. Un arbre dialogue avec des acrobates. Des marionnettes minuscules apparaissent au plus près des regards. Le festival compose moins une succession de spectacles qu’un vaste territoire d’explorations sensibles.
Matières vivantes et mondes à habiter
Beaucoup de propositions de cette édition semblent naître d’un contact direct avec les éléments. Le textile, le papier, le bois, la laine, l’eau, la peau ou les végétaux deviennent des partenaires de jeu, de récit et de perception.
Dans "Habiter chez soi", la Compagnie NoMORPa fait apparaître peu à peu une maison éphémère faite de tissus, de bois et de transparences. Le spectacle avance comme une construction délicate, entre refuge intime et terrain d’expérimentation sensorielle.
Cette attention aux matières traverse aussi "Cerfs-volants", création de la Compagnie Soleil Sous La Pluie, où le papier se transforme au contact de l’eau, de la terre et du mouvement. Froissé, déchiré, suspendu ou traversé par la lumière, il devient surface d’exploration autant que paysage imaginaire. Plus loin, "Okaline" convoque la laine, les gestes du filage et les récits transmis de génération en génération dans une forme où conte, art textile et expérience tactile se mêlent étroitement. Même attention au sensible dans "Dans ma peau", où la Compagnie Virâge Hors pairE transforme vêtements, textures et contacts en véritable terrain chorégraphique. Les corps se drapent, se cachent, se dévoilent. Les matières deviennent langage.
D’autres créations prolongent cette relation étroite au vivant. "Pour Hêtre", de la Compagnie iéto, imagine un dialogue mouvant entre deux acrobates et un arbre devenu partenaire de jeu et d’équilibre. Une manière d’interroger, avec simplicité, notre relation au monde vivant.
Le festival comme expérience immersive
Cette édition 2026 accorde également une place importante aux formes immersives et participatives. Les enfants n’y restent jamais simples spectateurs. Ils circulent, manipulent, observent, expérimentent. Dans "Le Rêve du bousier", l’artiste Anaïs Beaulieu imagine une installation peuplée de fils, de cocons et d’insectes, où les tout-petits déambulent librement dans un environnement sonore et tactile. Avec "Souffle !", la Compagnie Charabia construit un espace d’écoute enveloppant où la respiration devient matière musicale, rythme intérieur et paysage sonore. Une proposition minimale et pourtant profondément physique.
Le festival accueille aussi plusieurs formes hybrides où se rencontrent danse, cirque et manipulation. "Immobile & Rebondi #2" joue avec le dessin, l’erreur et l’imagination dans un univers noir et blanc peu à peu traversé par la couleur, tandis que "Ça a l’air facile" mêle acrobatie et absurdité dans une réflexion légère sur les différences et la relation à l’autre.
Même les manèges deviennent ici des œuvres à part entière. "Le Remue-Manège" ou "Le Manège Salé" ralentissent le rythme, réinventent le tour de piste et redonnent au jeu une dimension artisanale, poétique et collective. Quelques tours suffisent pour transformer l’espace public en terrain d’imaginaire partagé.
Dans les parcs, une autre manière de faire festival
Depuis plusieurs années, Un neuf trois Soleil ! développe une présence forte dans les espaces extérieurs. En 2026, les parcs départementaux occupent une place centrale dans le projet artistique. Spectacles, installations, ateliers et espaces de découverte sensorielle y composent de véritables journées de circulation libre entre nature et création.
Au Sausset, à Georges-Valbon, au parc forestier de la Poudrerie ou encore à Jean-Moulin – Les Guilands, les familles pourront passer d’une installation immersive à un spectacle de danse, s’arrêter dans un espace de lecture ou expérimenter des ateliers artistiques en plein air. Ici, le festival se découvre aussi en marchant, en flânant, en prenant le temps.
Le festival y déploie également des espaces de détente conçus à partir de matériaux naturels et recyclés. Transats, tapis, coussins, livres et jeux deviennent les prolongements d’un projet où l’expérience artistique se mêle au temps partagé, à la découverte du dehors et à une attention renouvelée au vivant. Cette attention portée à l’espace public traverse toute l’identité du festival. Elle affirme une conviction simple. L’éveil artistique peut surgir partout. Sous les arbres, dans une clairière, sur une pelouse, dans une crèche ou au détour d’un chemin.
Un festival ancré dans son territoire
Déployé à Aubervilliers, Bobigny, Clichy-sous-Bois, Gagny, L’Île-Saint-Denis, La Courneuve, Le Blanc-Mesnil, Les Lilas, Montreuil, Pantin, Pierrefitte-sur-Seine, Romainville, Rosny-sous-Bois, Saint-Denis, Stains et Villepinte, ainsi qu’au sein des crèches départementales, le festival réunit cette année seize villes partenaires et poursuit son travail d’ancrage territorial à l’échelle de la Seine-Saint-Denis. Théâtres, centres socioculturels, médiathèques, parcs et équipements de proximité composent un réseau dense qui permet à la création artistique de circuler au plus près des habitants.
Cette dynamique se prolonge aussi dans le champ professionnel. Le 28 mai, au Pavillon de Romainville, une journée de rencontres abordera la question "Petite enfance et égalité de genre, un grand défi pour les tout-petits ?". Pensée avec l’association Premiers Cris, cette rencontre réunira artistes, professionnels de la culture et de la petite enfance autour des enjeux liés aux représentations, aux espaces et à la construction des imaginaires dès le plus jeune âge.
Depuis près de vingt ans, Un neuf trois Soleil ! défend une idée simple et pourtant essentielle. La petite enfance n’est pas un territoire périphérique de la création. Elle en constitue l’un des espaces les plus sensibles, les plus libres et les plus ouverts à l’expérimentation. Un lieu où l’art se découvre d’abord avec le corps, les sensations, le mouvement et la curiosité.
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