Comment transformer les bâtiments existants pour leur donner de nouveaux usages tout en préservant leur identité architecturale ? C’est l’ambition du concours [Ré]inventer l’existant, conçu par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement, de l’aménagement et des transports (DRIEAT) d’Île-de-France, sous l’égide du préfet de région. Pour cette quatrième édition, 33 équipes issues des sept écoles d’architecture franciliennes ont présenté leurs projets.
La cérémonie de remise des prix a réuni Emmanuelle Gay, directrice de la DRIEAT, et Edward de Lumley, directeur de la DRAC d’Île-de-France. Hélène Croze, adjointe au préfet et secrétaire générale aux politiques publiques, ainsi que Gautier Bicheron, directeur du CAUE du Val-d’Oise et président du jury, étaient également présents.
Deux projets lauréats, deux approches de la transformation
Un immeuble de bureaux parisien construit dans les années 1980. Un hôpital de Seine-Saint-Denis dont les espaces pourraient accueillir d'autres formes de vie. Rien, à première vue, ne rapproche ces deux architectures. Ni leur fonction, ni leur histoire, ni leur place dans la ville. Elles partagent néanmoins une même perspective, celle de trouver dans l'existant les ressources d'une transformation.
C'est ce parti pris que récompense le jury. Val Bué-Le Floch, étudiante à l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles, remporte le prix dans la catégorie Master. Cassandra Boussert et Alice Morin, étudiantes à l'École nationale supérieure d'architecture de Paris-Val de Seine, sont distinguées dans la catégorie Projet de fin d'études.
À Paris, un immeuble de bureaux est envisagé comme un futur ensemble de logements. À Bondy, la reconversion de l'hôpital ouvre une réflexion sur les usages du site et ses relations avec le quartier. Deux démarches distinctes qui révèlent le potentiel architectural de bâtiments conçus pour d'autres fonctions.
À Paris, des bureaux des années 1980 deviennent des logements
Prix de la catégorie Master - Val Bué-Le Floch, ENSA Versailles. Au 22 rue Geoffroy-Saint-Hilaire, dans le 5e arrondissement de Paris, un immeuble de bureaux construit en 1983 conserve les caractéristiques d'une architecture pensée pour le travail. Sa structure en béton, ses circulations et ses espaces intérieurs ne répondent pas d'emblée aux besoins de l'habitat. Pour Val Bué-Le Floch, cette difficulté devient le point de départ du projet.
Avec "Réhabiliter un immeuble de bureaux des années 80", l'étudiante imagine sa transformation en 61 logements sans faire table rase de sa structure. Mais changer l'usage d'un bâtiment ne consiste pas seulement à redistribuer ses surfaces. Il faut faire entrer la lumière là où elle manque, retrouver une ventilation naturelle et créer des conditions d'habitat adaptées à la vie quotidienne. Pour y parvenir, trois percées ouvrent les parties les plus fermées de l'immeuble. Les courettes sont agrandies, les circulations réorganisées et les façades adaptées à cette nouvelle répartition des espaces. La structure existante demeure, mais les relations entre les volumes, la lumière et les futurs logements évoluent profondément.
Autre enjeu, le confort d’été. Le projet prend en compte l’ensoleillement, les performances thermiques du bâtiment et le choix des matériaux afin de limiter les risques de surchauffe. Il vise ainsi à adapter le bâtiment à sa nouvelle fonction tout en anticipant les effets du changement climatique. L’architecture des années 1980 n’est donc pas effacée. Elle devient le point d’appui d’une réhabilitation qui tire parti de ses caractéristiques et de ses contraintes.
Le projet conserve une grande partie de la structure en béton de l'immeuble et réorganise les espaces intérieurs pour accueillir 61 logements.
Les trois percées prévues dans les parties aveugles du bâtiment favorisent l'apport de lumière naturelle. L'agrandissement des courettes accompagne la nouvelle distribution des appartements.
La démarche constructive privilégie des matériaux biosourcés et géosourcés. Le bois, le béton de chanvre, la terre et des isolants issus du recyclage participent à l'amélioration des performances thermiques et du confort intérieur.
Les études d'ensoleillement permettent d'évaluer les apports de lumière naturelle et les risques de surchauffe estivale.
À Bondy, un hôpital s'ouvre à de nouveaux usages
Prix de la catégorie Projet de fin d'études - Cassandra Boussert et Alice Morin, ENSA Paris-Val de Seine. À Bondy, l'hôpital Jean-Verdier devient le point de départ d'un projet qui dépasse la seule réhabilitation d'un bâtiment. Un équipement hospitalier possède sa propre organisation, ses circulations, ses accès et ses espaces spécialisés. Avec "Itinéraire d'une guérison", Cassandra Boussert et Alice Morin explorent les possibilités d'une reconversion qui engage l'ensemble du site. Leur proposition fait évoluer les bâtiments vers un lieu où se côtoient plusieurs formes d'habitat et de vie collective. Des logements, un foyer de jeunes travailleurs et un centre socioculturel composent cette nouvelle organisation.
Cette reconversion suppose bien davantage qu'une redistribution des espaces. Il faut aussi revoir les circulations, modifier les façades et établir d'autres relations entre les bâtiments. Les deux étudiantes s'appuient sur les structures existantes pour repenser l'ensemble sans en effacer l'organisation architecturale.
Le projet porte sur l'hôpital Jean-Verdier, à Bondy, en Seine-Saint-Denis. Il prévoit de conserver et d'adapter les bâtiments pour y accueillir plusieurs programmes résidentiels, sociaux et culturels.
Les interventions architecturales concernent notamment les façades, les circulations et l'organisation des volumes. Des dispositifs constructifs visent à améliorer le confort thermique.
Le parc et les cheminements paysagers relient les différents bâtiments et accompagnent les nouveaux usages collectifs du site.
Le recours à des matériaux biosourcés accompagne cette démarche de réhabilitation.
Le paysage joue un rôle déterminant dans cette reconversion. Des espaces plantés, des cheminements et un parc accompagnent l'ouverture du site sur le quartier. Les espaces extérieurs ne sont plus seulement les abords de l'hôpital. Ils participent au projet et accueillent de nouveaux usages collectifs. L'ancien équipement hospitalier pourrait ainsi devenir un lieu de vie ouvert sur la ville, où habitat, activités sociales et espaces paysagers trouvent leur place.
Imaginer la ville post-carbone
La ville de demain se dessine aussi dans les bâtiments d'aujourd'hui. Immeubles de bureaux, logements, équipements publics, constructions ordinaires. C'est sur ce patrimoine bâti, dans toute sa diversité, que se joue une part essentielle de la transition écologique. En Île-de-France, les bâtiments représentent 45 % des émissions régionales de gaz à effet de serre et 68 % des consommations d'énergie finale. Deux chiffres qui donnent la mesure du défi. Réduire cette empreinte suppose de transformer l'existant, sans négliger les besoins de ceux qui l'habitent et le fréquentent.
Le concours prolonge une réflexion engagée en 2021, lors d'un séminaire à l'École nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville, consacré aux relations entre préservation du patrimoine et rénovation énergétique. Il traduit cette réflexion en projets, grâce à la collaboration entre la DRAC Île-de-France et la DRIEAT.
Former les architectes aux défis de la réhabilitation
Au-delà des projets récompensés, le concours contribue à former les architectes de demain. Ouvert aux étudiants de premier et de second cycle, dans le cadre de leur cursus et avec l'accompagnement de leurs enseignants, il les confronte à la complexité des interventions sur l'existant. Avant de dessiner une transformation, il faut comprendre ce que l'on a devant soi. Examiner la structure, les matériaux, les usages, les qualités architecturales et les relations avec le site.
De cette analyse découlent les choix de réhabilitation, qu'il s'agisse d'améliorer le confort thermique, de privilégier le réemploi, de recourir à des matériaux biosourcés et géosourcés ou d'associer les habitants à la réflexion. Aucune solution ne s'impose indépendamment du bâtiment. La rénovation énergétique devient ainsi une question d'architecture à part entière.
Dix projets pour explorer les possibilités du bâti francilien
Au-delà des deux lauréats, huit autres propositions ont retenu l'attention des experts. Elles explorent des bâtiments et des situations urbaines très différents. Les dix projets ont été présentés les 21 et 22 octobre à la Grande Halle de la Villette, dans le cadre du salon ARCHITECT@WORK Paris.
À Montreuil, "Réinventer les espaces supports de vie collective" explore les lieux du quotidien et les relations qu'ils favorisent. À Val-de-Fontenay, l'eau et le paysage guident la réflexion sur l'évolution du territoire. Dans le 19e arrondissement de Paris, "Les grands ateliers de la Villette" imagine un lieu d'expérimentation ouvert sur son quartier. Dans le 12e arrondissement, "De l'îlot fermé au quartier traversant" envisage l'ouverture d'un tissu urbain existant. D'autres projets s'intéressent à des équipements et des constructions ordinaires. Dans le 10e arrondissement, l'hôpital Fernand-Widal est étudié en vue de sa transformation. Aux Lilas, "Du banal au banal" révèle les qualités d'une architecture familière. À Arcueil, "De l'école à l'atelier" propose de réaffecter un bâtiment existant. Dans le 6e arrondissement de Paris, "Maison jeunes" explore les espaces consacrés à la jeunesse.
Ces huit propositions montrent combien l'histoire, les caractéristiques et les contraintes de chaque lieu nourrissent les choix architecturaux. Pour départager les 33 équipes candidates, une commission technique d'une trentaine d'experts évalue les diagnostics, la cohérence des démarches, les choix architecturaux et les enjeux énergétiques. Le réemploi, l'adaptation aux fortes chaleurs et la participation citoyenne comptent également parmi les dimensions susceptibles d'être valorisées. Dix projets sont retenus. Un jury de seize professionnels, présidé par Gautier Bicheron, directeur du CAUE du Val-d'Oise, désigne les deux lauréats, en considérant à la fois l'inventivité des propositions et leur pertinence au regard des bâtiments étudiés.
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