Une résidence d'artiste se construit dans le temps. Celui de la rencontre, de l'essai, de l'apprentissage. En janvier, Hugo Béhérégaray a installé son atelier au domaine de Villarceaux, accueilli par La Source Garouste-Villarceaux. Pendant six mois, il a développé avec les enfants un travail artistique qui s'est enrichi au fil des étapes. Le point de départ tient en quelques mots. « Qu'est-ce qui nous nourrit ?" Mais cette résidence a aussi pris corps dans l'espace. Celui du Vexin. Un environnement rural, des enfants, des familles, des écoles. Il a choisi d'aller vers eux. Des ateliers de La Source Garouste-Villarceaux aux établissements scolaires, la pratique artistique a circulé et les rencontres se sont multipliées. La transmission est devenue une expérience partagée. Dans ce territoire, la durée de la résidence a compté autant que ce qu’elle a fait naître au fil des rencontres.
L'artiste s'est ancré, mais il s'est aussi déplacé, d'un atelier à une école, au fil des échanges avec les enfants et les familles. Si la question semble conduire vers ce que l'on mange, elle ouvre naturellement bien d'autres chemins. Ce qui nourrit aide aussi à grandir, à penser, à imaginer, à découvrir. Les enfants y ont répondu avec leurs propres moyens. Des couleurs, des formes, des dessins, des objets transformés, des constructions.
La création au plus près du territoire
Cette rencontre entre l'art et le territoire fait écho au dispositif Culture et ruralités de la DRAC Île-de-France, qui chaque année accompagne des projets artistiques dans les communes rurales de la région. Cette résidence-mission s'inscrit dans ce même dispositif. Ici, l'art vient au plus près de ceux qui en sont parfois éloignés, et chacun peut, à son tour, prendre part à l'aventure artistique. Plus largement, il s'inscrit dans le Plan culture et ruralité national, présenté par le ministère de la Culture en juillet 2024, dont l'une des mesures prévoit chaque année, dans chaque département rural, une résidence d'artiste de deux à six mois.
Les enfants à l'œuvre, entre formes et couleurs
Les réalisations donnent la mesure de ce travail collectif. Des sièges deviennent des pièces uniques sous la peinture. Bleu vif, rose, orange, vert ou or s'y rencontrent avec des silhouettes, des animaux, des signes et des motifs inventés. Plus loin, cartons, papiers et volumes assemblés composent un univers foisonnant autour d'une construction aux allures de kiosque. Des dessins recouvrent de grandes parois colorées. Les tissus eux-mêmes deviennent architecture et dessinent les fenêtres d'une vaste structure que l'on peut contourner et découvrir sous plusieurs angles.
Ici, le dessin ne reste pas sur la feuille. Il passe dans l'objet, gagne le volume et prend possession de l'espace. Les enfants ont peint, assemblé, construit et transformé. La diversité des réalisations raconte ce que ces mois de travail ont rendu possible. Il ne s'agit pas de conduire chacun vers une même réponse, mais de laisser suffisamment de temps pour essayer, choisir et trouver sa propre manière de faire. La couleur est partout. Franche, parfois inattendue, elle rapproche des formes qui ne l'étaient pas et donne aux réalisations une liberté immédiatement perceptible. Derrière cette profusion, les enfants ont aussi vécu très concrètement la fabrication. Une idée doit trouver sa forme. Il faut choisir, essayer, parfois reprendre, associer un matériau à un autre, apprendre aussi à faire avec les autres.
La création est alors devenue elle-même une réponse à la question posée au début de cette résidence. Ce qui nourrit un enfant ne tient pas seulement à ce qui lui est nécessaire pour vivre. L'imaginaire, la découverte, le plaisir de fabriquer de ses mains et de donner une existence concrète à ce que l'on imagine participent aussi de l'enfance.
Dans le Vexin, l'artiste au plus près des habitants
Hugo Béhérégaray n'est pas venu seulement présenter son travail. Il est resté, est revenu, a travaillé avec les enfants. Cette présence répétée a installé une proximité, particulièrement précieuse lorsque les lieux de culture et les artistes sont moins immédiatement accessibles. En milieu rural, cette proximité passe aussi par le déplacement. Faire entrer l'artiste dans les lieux du quotidien a multiplié les occasions d'échanger et d'expérimenter. Au fil des rencontres, l'artiste a cessé d'être une figure que l'on découvre à travers son travail. Sa présence est devenue familière et a ouvert un espace où l'on pouvait chercher, échanger et faire ensemble. L'éducation artistique est alors passée par le faire, le dialogue et une expérience vécue ensemble. Cette proximité, l'équipe de médiation de la Source l'a portée au quotidien. Aux côtés d'Hugo Béhérégaray, elle a accompagné les enfants à chaque atelier, soutenant les échanges et veillant à ce que chacun trouve sa place.
Écoles, familles et structures locales ont également joué leur rôle dans cette résidence. Leur implication a permis d’inscrire le projet dans un réseau de lieux, de personnes et d’habitudes déjà présents sur le territoire. La résidence n’a ainsi pas seulement rapproché les enfants d’un artiste. Elle a aussi créé des liens entre les différents acteurs qui font vivre ce territoire et donné à chacun une place dans une expérience commune.
À La Source, la rencontre commence dans l'atelier
C’est à Chaussy que ce travail a trouvé son centre, dans les locaux de La Source Garouste-Villarceaux. Installée dans les communs du Manoir de Ninon, un bâtiment édifié au XVIe siècle, cette structure est l'un des lieux de l'association La Source, fondée il y a plus de trente ans par Elizabeth et Gérard Garouste. Dans ce cadre historique, deux ateliers accueillent la pratique artistique des enfants, un autre les artistes en résidence. Un vaste espace est consacré aux expositions. Gravure, soudure et différents équipements permettent aussi d'explorer les techniques et les matériaux. Mais le lieu ne se résume pas à ses espaces de travail. L'association accompagne des enfants et des jeunes, notamment lorsqu'ils rencontrent des difficultés sociales, en s'appuyant sur la création artistique pour favoriser leur intégration et leur ouverture aux autres. La pratique artistique y est envisagée comme un moyen de grandir, de gagner en confiance, de développer son imaginaire et de s'ouvrir aux autres. La rencontre avec l'artiste en est une dimension essentielle. Elle donne accès non seulement à une œuvre, mais à l'artiste qui la pense, la cherche et la fabrique.
La Source a accueilli depuis sa création une vingtaine d'artistes en résidence au domaine de Villarceaux. Ici, la résidence-mission a ainsi trouvé un cadre particulièrement cohérent avec cette vocation. La résidence-mission d'Hugo Béhérégaray s'inscrit dans cette histoire. Des ateliers à l'espace d'exposition, le même lieu a accompagné le travail mené avec les enfants jusqu'à sa présentation au public. Les œuvres en gardent la matière, faite de rencontres, d'échanges et de fabrication partagée.
Des ateliers à l'exposition
Pour Hugo Béhérégaray, habitué à concevoir des œuvres interactives, cette résidence a constitué une première expérience de cette ampleur auprès du jeune public. Six mois d’échanges et de travail partagé. Au fil des ateliers, les enfants ont exploré les matériaux, fait leurs choix et trouvé leur propre manière de s’exprimer. Couleurs, formes, volumes. Un siège peint, un personnage dessiné, une construction de carton ou une architecture de tissu racontent, chacun à leur manière, la liberté avec laquelle ils se sont emparés de la proposition artistique.
En juin, l'exposition "Festin", installée dans les communs du Manoir de Ninon, a donné une forme publique à ces mois de travail. Les créations des enfants et des familles du Vexin y ont côtoyé le travail d'Hugo Béhérégaray. Un aboutissement plutôt qu'un point de départ, car avant l'exposition, il y a eu le temps de regarder, d'imaginer, de fabriquer, d'essayer et d'apprendre à faire ensemble.
Cette réussite collective réunit enfin tous ceux qui l'ont rendue possible, à commencer par les partenaires de la Région Île-de-France, de l'académie de Versailles et du Parc naturel régional du Vexin français, dont le soutien conjoint a accompagné ce projet du premier atelier jusqu'à l'exposition finale. À la question "Qu'est-ce qui nous nourrit ?", la résidence aura ainsi apporté sa réponse. La création nourrit pleinement l'enfance.
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