Favoriser la mutualisation et l’allongement de la durée de diffusion des spectacles et des expositions
Favoriser la mutualisation et l’allongement de la durée de diffusion des spectacles et des expositions, et repenser les tournées et les circulations des œuvres et des artistes, sont autant de moyens concrets pour engager le secteur culturel plus avant dans un nouveau paradigme plus écologique.
Les tournées de spectacles, les expositions et les grands évènements liés à la mode (comme les semaines de la mode, ou « fashion weeks ») engendrent de nombreux trajets : pour les artistes, les techniciens et les œuvres. Or, le transport est l’activité qui contribue le plus aux émissions de gaz à effet de serre de la France : il représente un tiers des émissions de gaz à effet de serre françaises en 2023, et une part importante des émissions des activités culturelles, comme le montrent l’étude sur l’empreinte carbone de la création artistique ou le rapport du Shift project « Décarbonons la culture ». A l’échelle nationale, ces trajets s’effectuent encore majoritairement en voiture ou camion, moyens de transport fortement carbonés. Par ailleurs, le conditionnement du matériel technique et des œuvres génère des déchets.
Par exemple, les orchestres nationaux en région émettent en moyenne 783 tonnes CO2e, dont près de 15% proviennent des déplacements professionnels, du fret pour les tournées et des déchets.
Alors, que faire ? Il y a beaucoup à faire pour diminuer l'impact environnemental des déplacements des artistes, des équipes techniques et du convoiement ; mais surtout beaucoup à gagner : une dépendance moindre aux énergies fossiles, et une culture toujours plus accessible.
De nombreuses filières culturelles ont tendu, sur la période récente, à multiplier les événements courts et ponctuels. Perçu comme gage de dynamisme, ce fonctionnement soulève de réelles questions écologiques et expose l'ensemble du secteur à de fortes contraintes économiques, liées aux prix à la hausse des énergies fossiles.
Concrètement, bifurquer vers les mobilités douces et mutualiser constituent des leviers d’action efficaces. Le report modal vers le train ou le covoiturage, la mutualisation du convoiement, l’allongement de la durée de diffusion des spectacles et expositions avec davantage de dates au même endroit et les coopérations entre structures voisines sont autant de moyens de limiter les émissions de gaz à effet de serre et les dépendances aux énergies fossiles. Le bénéfice écologique est clair : ces mesures permettent d’éviter les déplacements successifs de personnes, le transport et l’installation/désinstallation de matériel.
Ces évolutions posent néanmoins des questions fondamentales du point de vue de l’accès de toutes et tous à la culture, partout sur le territoire. Le ministère de la Culture, qui souhaite encourager ce changement, veille donc à ce qu’il ne se fasse pas au détriment de la liberté de la création ou de la diversité culturelle. Ce changement de paradigme peut être perçu comme élément d’attractivité, au niveau des territoires et sur le plan national.
Un changement de paradigme effectif, en partie en cours, amène ou amènerait à :
- Optimiser les circuits des œuvres ou des artistes, ce qui implique une bonne coordination entre structures culturelles à l'échelle régionale et locale ;
- Augmenter le nombre de représentations ou la durée d’exposition et réduire les événements temporaires ou uniques ;
- Favoriser les re-créations par des équipes locales plutôt que des tournées nationales ou internationales ;
- Mutualiser la production, les tournées, les expositions, les diffusions entre plusieurs partenaires locaux ou situés sur un même parcours de création ;
- Mutualiser les éléments utiles à la production (matériel technique, moyens logistiques, éléments de structure, vaisselle pour la restauration, commandes communes) ;
- Privilégier les modes de transports décarbonés, en limitant l’avion et la voiture.
Exemples d'initiatives & bonnes pratiques
Cinq maisons d’opéra (le Festival d’Aix-en-Provence, l’Opéra national de Lyon, l’Opéra national de Paris, le Théâtre du Châtelet et le Théâtre de la Monnaie), associées au sein du collectif 17h25, ont conçu et fabriqué « MOD 200 ». Il s’agit d’un module réutilisable pour toutes les structures de décor, facile à construire et à reproduire. Chaque maison peut l’utiliser pour de nombreux décors, ce qui réduit l’impact environnemental des productions et celui du transport des décors.
Ce projet est lauréat de l’appel à projet « Soutenir les alternatives vertes » de France 2030.
Le Musée des Confluences évènementialise régulièrement ses collections permanentes pour maintenir son attractivité sans dépendre d’un rythme trop rapide de renouvellement de ses collections temporaires.
Ils ont par exemple produit une note de service en faveur du "ralentissement" à travers la réduction du nombre d’expositions temporaires.
L’Office national de diffusion artistique et la Région Centre-Val-de-Loire ont mis en place un dispositif de soutien à la diffusion des spectacles afin que ceux-ci connaissent une durée de vie plus longue que la normale. À travers ce soutien financier porté par la Scène O Centre, les spectacles augmentent leur durée de vie de 2 ans (passant de 1 à 3 ans). Ce dispositif permet ainsi aux spectacles concernés de toucher un public plus large.
Le chorégraphe a décidé que ses spectacles ne tourneraient plus en avion. Une fois un spectacle créé en France, sa tournée européenne est assurée en train. Pour favoriser la diffusion de ses œuvres à l'échelle internationale, le chorégraphe créé également un « livret numérique » pour permettre une recréation de ses spectacles à l’étranger. Par exemple, son spectacle « Isadora Duncan » a été recréé parallèlement en Europe et en Amérique du Nord, par des compagnies locales.
Cette compagnie produit des créations contemporaines, transdisciplinaires et collaboratives. Son spectacle ONIRI 2070, né après une tournée assurée à la voile, est un spectacle pensé pour consommer moins de 1000 watts et utilise principalement des vélos pour ses déplacements.
Dans le cadre d'Alternatives Vertes, Zic Ethic a été financé pour favoriser la diminution d’achat neufs au sein de la chaîne de valeur de production d’instruments de musique, en créant des synergies avec tous les acteurs de la filière musicale via une plateforme. Le projet vise ainsi à diminuer les ressources utilisées pour fabriquer les instruments et l’impact environnemental lié à l'importation, et créer un regain d’activité pour les artisans luthiers et réparateurs d’instruments de musique français.
Dans le cadre d'Alternatives Vertes, ce projet a été financé pour proposer un modèle de tournées dont l’impact environnemental serait pratiquement neutre, et ainsi parvenir à produire et diffuser un enregistrement sonore bas-carbone. Il a pour but que deux artistes parcourent les massifs du Parc des Écrins à pied, accompagnés d’un guide de moyenne montagne, et se produisent chaque soir dans un refuge ou une salle de concert, en utilisant l’énergie solaire stockée durant leur journée de marche. Pendant la tournée, ils effectueront une session d’enregistrement dont le matériel sera entièrement alimenté par l’énergie solaire, et qui sera rendue disponible uniquement en version dématérialisée.
Cette association compte un réseau de 200 adhérents, et cherche à former à la transition écologique tous les acteurs de la musique électronique, en particulier pour la tenue d'événements ponctuels.
Le CNC invite les bureaux d’accueil des tournages à encourager une production plus durable et responsable des films, en s’appuyant sur leur maillage territorial.
L’exposition Goya a misé sur une expérience immersive avec un cahier des charges contraint et peu d’emprunts d’œuvres, et la réalisation d’un bilan carbone de l’exposition. Le bilan a été de 44 tonnes CO2eq, l'équivalent des émissions de GES annuelles de 4 français.
Télécharger le Guide pratique d'écoconception du Palais des Beaux-Arts de Lille
La charte « Partenaires culturels du Grand Ouest » réunit 40 lieux culturels du territoire, permettant la suppression de la clause d’exclusivité territoriale et l’optimisation des tournées d’artistes.
Le Grand Théâtre d’Angers et le Théâtre Graslin de Nantes se sont réunis pour créer « Angers Nantes Opéra ». De la même manière les scènes nationales de Besançon, Dunkerque, Quimper, Compiègne, Rennes, et Tourcoing se sont regroupées dans la Co[opéra)tive pour mutualiser la diffusion de productions lyriques sur l’ensemble du territoire local.
L'ensemble assure ses tournées d’été à vélo, à l'échelle d’une région.
Ce projet coordonné par la scène de musiques actuelles Le Périscope à Lyon, et financé par Alternatives Vertes, vise par une coopération locale entre scènes et festivals, à réduire leur empreinte carbone, notamment liée aux déplacements des artistes et des tournées. C’est un programme européen collaboratif pour aider les acteurs de la musique à faire face aux challenges économiques, écologiques et sociaux.
Climate Neutral Now encourage les organisations à s'engager à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, avec une approche en quatre étapes : mesurer, réduire, signaler et contribuer. Plus de 400 organisations y participent. Leur participation est formellement reconnue par les Nations Unies.
Ce site internet regroupe un exemple de démarches faites dans les musées en Suisse qui peuvent être inspirantes pour la France.
Partager la page


