Un tambour bèlè, une contrebasse, des voix qui chantent et des corps qui s'affranchissent des rôles attendus. Le cabaret a toujours aimé les rencontres improbables. "Kabarè Z" en réunit quelques-unes sur la scène du Carreau du Temple. Le drag s'invite dans la danse, le chant joue avec le lip-sync, les traditions musicales martiniquaises croisent les audaces de la performance contemporaine. Les disciplines se répondent, les personnages se réinventent. Et le cabaret retrouve ce plaisir de surprendre, d'emporter le public et de bousculer les représentations, sans perdre le plaisir du spectacle.
Né en Martinique en 2024, le projet prend forme dans une création scénique en 2026. Imaginé par Nadia Chonville, qui en signe l'écriture et la direction artistique, il puise dans les traditions caribéennes sans s'y enfermer et fait une place à des pratiques qui bousculent les conventions.Ici, le tambour ne sert pas seulement à donner le rythme, pas plus que le costume ne se contente d'habiller un personnage. Musique, corps et métamorphoses composent un langage scénique qui aborde aussi le genre, l'identité et la représentation des corps afrodescendants.
Des héritages et des expressions qui se rencontrent
Le tambour bèlè d'Israelle Lagier apporte au spectacle une tradition profondément inscrite dans l'histoire martiniquaise. La contrebasse et la voix de Sélène Saint-Aimé lui répondent depuis un autre univers musical. Deux instruments, deux sensibilités. Et déjà, le cabaret joue des contrastes. Le mouvement prend d'autres formes avec Rajah the Mpress, qui associe danse et drag, et Joh Lala, dont la pratique réunit chant et drag. Abéni apporte sa présence de danseuse, tandis que Soa de Muse rejoint la distribution en invitée. Chacun possède son langage, sa façon de jouer avec les codes de la scène. Entre danse, chant, drag et lip-sync, "Kabarè Z" fait de cette diversité une matière vivante, sans chercher à gommer les différences.
La fête et l'humour n'effacent rien des questions que soulève le spectacle. Patriarcat, héritages coloniaux, assignations de genre et représentations des corps afrodescendants traversent cette proposition artistique, sans que le divertissement perde sa place. La culture caribéenne s'y raconte aussi au présent, entre héritages musicaux et formes actuelles, sans se laisser réduire à une image figée.
Une création martiniquaise qui poursuit son chemin
Après ses débuts en Martinique, "Kabarè Z" poursuit son chemin jusqu'à Paris. Une résidence au Palais de Tokyo, en partenariat avec Chaillot – Théâtre national de la Danse, a notamment contribué à son élaboration. Les représentations au Carreau du Temple s'inscrivent dans le Festival Mois Kréyol et dans la Saison Cabaret, initiée et soutenue par le ministère de la Culture.
Ces étapes offrent à la troupe l'occasion de rencontrer d'autres publics et de faire connaître la vitalité de la scène caribéenne contemporaine. Elles renvoient aussi à une réalité moins visible, celle des conditions dans lesquelles le cabaret peut se développer en Martinique. Comment accompagner de nouveaux talents, ouvrir des possibilités de création, permettre aux intermittents de diversifier leurs activités ? Ces interrogations dépassent le cadre des représentations parisiennes.
Klochèt, une maîtresse de cérémonie entre écriture, recherche et scène
Au milieu de ces voix et de ces personnalités, un personnage occupe une place particulière. Klochèt, maîtresse de cérémonie de "Kabarè Z". Derrière ce nom se trouve Nadia Chonville, qui prend totalement part à cette aventure collective.
Son activité s'étend bien au-delà des planches. Écrivaine, docteure en sociologie et enseignante en histoire-géographie au lycée Victor-Schœlcher, elle mène notamment des recherches sur les questions de genre dans les sociétés caribéennes afrodescendantes. Elle est également engagée dans la vie politique martiniquaise. Son roman "Mon cœur bat vite", publié aux éditions Mémoire d'encrier, aborde les identités et les tensions sociales qui traversent ces sociétés. Avec Klochèt, elle investit également le spectacle vivant. Sous les traits de cette maîtresse de cérémonie, elle prend place parmi les interprètes qu'elle a réunis. L'écriture et la recherche trouvent ici un autre prolongement, au contact des artistes et des codes du cabaret.
Lauréate du programme La Relève, Nadia Chonville participe également à une démarche de structuration du cabaret en Martinique. L'accompagnement des artistes émergents, la diversification des revenus des intermittents du spectacle et l'ouverture de nouveaux espaces de création figurent parmi les enjeux de ce travail. Au-delà de la scène, cette initiative concerne les conditions d'exercice des métiers artistiques sur le territoire.
"Kabarè Z" réunit ainsi deux dimensions, celle d'une création qui ose les mélanges et celle du développement des métiers du cabaret dans la vie culturelle martiniquaise. Les 4 et 5 novembre, au Carreau du Temple, place aux surprises, aux audaces de la scène et à ces rencontres improbables dont le cabaret a le secret.
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