Dans le champ de la transition écologique de la culture, le projet « Trajectoire carbone-énergie des Monuments historiques », lauréat en 2024 de l’appel à projets France 2030 Alternatives Vertes 2, contribue à dresser un bilan carbone et propose une trajectoire de décarbonation pour les chantiers de restauration des monuments historiques. Parmi les résultats saillants de cette nouvelle étape : la restauration est un levier non négligeable de la transition.
Les matériaux et savoir-faire patrimoniaux au service de la transition écologique
Parmi les principaux atouts écologiques des chantiers monuments historiques figurent les matériaux utilisés. Pour la plupart, ce sont des matériaux géo-sourcés, faiblement transformés, rencontrés à faible distance du chantier. La faiblesse des coûts d’extraction, de transformation et de transports en fait des matériaux durables. Par exemple :
- l’impact carbone d’une maçonnerie traditionnelle à la chaux est 10 fois inférieure à celui du béton des bâtiments contemporains, dont la cuisson est extrêmement émettrice en gaz à effet de serre ;
- les charpentes et menuiseries en bois sont de fait des puits de carbone : les utiliser est donc un véritable atout écologique par rapport à l’utilisation de métal ou de PVC.
Le saviez-vous ?
Par convention, les cycles de vie de la construction industrielle sont évalués à 50 ans (référence de la réglementation RE2020). Or, ceux des matériaux du bâti ancien sont largement supérieurs : la durée de vie d’une toiture en ardoise est estimée entre 100 et 150 ans, et celle d’une toiture en plomb entre 200 et 300 ans !
Par ailleurs, la logique de conservation du bâti est au cœur des actions de restauration des monuments historiques. Par opposition au remplacement à neuf, cela permet de diminuer l’impact carbone du chantier. L’étude réalisée par la Compagnie des ACMH avec le bureau d'études Carbone 4 montre que l'apport de matériaux neufs est ce qui pèse le plus dans l’empreinte carbone d’un chantier. Choisir de restaurer en réparant par petits éléments (par exemple, remplacer une traverse basse plutôt que l’entièreté d’une fenêtre) permet de limiter l’utilisation en matériaux et de réduire la pression sur les ressources.
Concrètement, le projet « Trajectoire carbone-énergie des Monuments historiques » a permis de montrer que l’empreinte carbone moyenne d’une action de restauration est de 220 kg CO₂e/m², en prenant le cadre de référence d’une évaluation projetée à 50 ans. C’est moins qu’une action de réhabilitation, et largement inférieur à l’empreinte carbone d’une construction neuve.
Au-delà de ses performances environnementales, la restauration permet également de relocaliser les savoir-faire sur les chantiers et de stimuler le tissu économique local. Restaurer un élément plutôt que le remplacer entièrement par un nouveau, parfois préconstruit, demande une expertise et des connaissances spécifiques.
Les performances énergétiques du bâti ancien : chantier en cours
L’impact carbone de la consommation énergétique des monuments historiques, dans leur usage, est neuf fois supérieur à celui du chantier de restauration. Pour s’inscrire dans les objectifs de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) (en cours de révision), des actions sont en cours sur ce point. Les architectes spécialisés et les maîtres d’œuvre, qui auront accès aux outils produits par ce projet, sont formés aux spécificités des comportements thermiques des monuments historiques.
Un enjeu majeur de conciliation des impératifs repose dans la capacité à améliorer la performance énergétique du bâti d'intérêt patrimonial, sans porter atteinte à sa qualité esthétique ou à sa valeur culturelle. Ce travail nécessite une compréhension fine des enjeux patrimoniaux et architecturaux, conjugués à un engagement environnemental fort, qui permettent des économies d’énergie « qualitatives ».
Ainsi, la publication des résultats de ce projet, prévue le 15 septembre 2026 lors d'un évènement à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, et l’appropriation des outils créés à travers les formations spécialisées (diplômes nationaux de spécialisation et d'approfondissement d'architecture, formation continue), permettront de comprendre où se situe la restauration des monuments historiques en matière d’émission de gaz à effet de serre et d’être doté d’instruments pour continuer à décarboner la restauration des monuments historiques.
Soutenue financièrement par la direction générale des patrimoines et de l’architecture (service du patrimoine – sous-direction des monuments historiques et des sites patrimoniaux), l’étude a rassemblé de nombreux partenaires autour de la Compagnie des ACMH et de Carbone 4, en particulier l’OPPIC, le Centre des monuments nationaux, le CEREMA, l’Association des architectes du patrimoine (AAP), le Groupement des entreprises de restauration des monuments historiques (GMH) et l’École de Chaillot.
Pour en savoir plus :
- Martin Bacot, Régis Martin, « Pour un outil d’évaluation et de trajectoire carbone des chantiers « monuments historiques », Culture & Recherche, Urgence écologique, la recherche à l'épreuve, n°146, Printemps 2024, p. 73-75
- Compagnie des ACMH, Association des AAP et Carbone 4, « Trajectoire carbone des monuments historiques », Actes des journées techniques monuments historiques « Matériaux durables au cœur du chantier Monument historique : anticiper, réemployer et recycler », Cahier n° 35 d’ICOMOS France, 2025, p. 255-259
- Martin Bacot et Marie-Jeanne Jouveau, « Une trajectoire et un outil de mesure carbone-énergie pour les monuments historiques et le patrimoine », Monumental, 2026-1, Patrimoine et enjeux climatiques, p. 34-37 (à paraître en juin 2026)
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