Si les Journées européennes des métiers d’art donnent à voir des savoir-faire vivants, elles s’inscrivent aussi dans un cadre de reconnaissance plus large. La convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel adoptée par l’UNESCO en 2003 en constitue le socle. En Île-de-France, la DRAC s’inscrit dans cette dynamique en valorisant les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel, inscrits à l’inventaire national et accessibles via cette cartographie
Un cadre national de reconnaissance des savoir-faire
Pour mémoire, la convention de l’UNESCO de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel identifie cinq grands "domaines" d’expression, dont celui des "savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel".
Après la signature de cette convention par la France en 2006, dont nous fêtons les vingt ans cette année, le ministère de la Culture a ouvert dès 2008 l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel aux savoir-faire de l’artisanat traditionnel.
L’Île-de-France est une terre riche d’ateliers d’art réputés. Ainsi, des artisans ont très tôt demandé et obtenu l’inclusion de leur savoir-faire à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel.
L’héliogravure, la glyptique et la corseterie figurent parmi les premiers savoir-faire reconnus dès 2008 au titre du patrimoine culturel immatériel national.
La chercheuse Francesca Cominelli a accompagné cette démarche de reconnaissance des artisans franciliens. Parmi eux figurent "l’art du tailleur" (2009) et les "savoir-faire du couvreur parisien" (2017).
Les "gestes des métiers d’art verriers" sont reconnus en 2019, suivis en 2020 par le "savoir-faire des éventaillistes" et l’art du timbre-poste gravé en taille-douce.
En 2021, ce sont les "savoir-faire artisanaux des carrossiers-restaurateurs et leur écosystème" qui sont inscrits, puis en 2023 "l’art de l’espalier – taille de formation et de fructification".
Plus récemment, les "savoir-faire, connaissances et pratiques liés aux papiers faits main en France" ont été reconnus en 2024, avant l’inscription de la "haute couture" en 2025, avec sa cohorte de métiers – corsetier, éventailliste, modéliste – dont de nombreux ateliers sont implantés en Île-de-France.
Les demandes de reconnaissance au patrimoine culturel immatériel en Île-de-France restent nombreuses et témoignent du dynamisme de ces savoir-faire. En 2027, la DRAC Île-de-France souhaite présenter de nouveaux trésors vivants franciliens à l’inventaire national.
Derrière ces inscriptions, des gestes et des métiers continuent de se transmettre au quotidien. Ils s’expriment dans les ateliers, où se rencontrent matière, geste et temps long.
La fabrication du papier à l’atelier de Faÿ-lès-Nemours en Seine-et-Marne
Cette vitalité s’illustre dans la démarche de la communauté des papetiers, qui réunit fabricants, propriétaires de moulins, utilisateurs, fournisseurs et chercheurs autour de la fabrication du papier fait main. En 2024, dix-neuf moulins et ateliers sont en activité en France. L’Île-de-France compte ainsi l’atelier Papier Partage, situé à Faÿ-lès-Nemours.
Cette communauté a entrepris de documenter ses savoir-faire afin de les faire reconnaître, transmettre et préserver, dans une logique de sauvegarde et de valorisation du patrimoine vivant. En effet, il n’existe pas de formation initiale au métier de papetier. L’apprentissage s’effectue directement en atelier, au fil des années, par la pratique et l’observation des gestes.
Ce savoir-faire repose sur une chaîne opératoire précise. La pâte à papier est traditionnellement élaborée à partir de chiffons, transformés puis battus avec de l’eau afin d’obtenir une matière fibreuse homogène. La feuille est ensuite formée manuellement. Le papetier plonge une forme dans la cuve. Il prélève ensuite la matière et imprime un léger mouvement pour organiser les fibres. Après égouttage, la feuille est déposée sur un support textile selon un geste maîtrisé, avant d’être mise à sécher à l’air libre.
La phase de séchage, dépendante des conditions météorologiques, permet au papier d’atteindre sa stabilité naturelle. L’ensemble du processus mobilise une grande précision gestuelle et une connaissance fine des matériaux, acquises progressivement par l’expérience.
La gravure en taille-douce en offre une autre illustration particulièrement emblématique
La gravure en taille-douce en offre une autre illustration particulièrement emblématique.
Graver un timbre en taille-douce, c’est travailler à l’extrême précision. À la main, au burin, le graveur incise l’acier à l’envers, ligne après ligne, pour faire naître une image dans un format minuscule. Chaque geste est définitif, chaque pression compte. Il faut des années de pratique pour maîtriser cette technique exigeante, où l’œil guide la main avec une rigueur absolue. À partir d’un dessin préparatoire, le graveur interprète, traduit et adapte les formes aux contraintes de l’impression. Il joue avec les pleins et les creux, les profondeurs et les nuances, pour donner relief et lumière à une surface presque invisible.
À la croisée de l’art et de l’artisanat, ce métier mobilise à la fois sens artistique, précision technique et patience. De la maquette à la gravure, jusqu’à l’impression finale, le graveur occupe une place centrale dans la création du timbre, transformant une image en une œuvre miniature appelée à circuler au quotidien.
Un savoir-faire rare, inscrit à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel, qui témoigne de la richesse et de la fragilité de ces pratiques.
Vers une reconnaissance internationale à l’UNESCO
Les "savoir-faire des couvreurs-zingueurs parisiens et ornemanistes" ainsi que les "connaissances, techniques et savoir-faire du verre artisanal", avec notamment un atelier en Essonne, ont été inscrits sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité à l’UNESCO en 2024 et 2023.
Les Journées européennes des métiers d'art (JEMA), ce sont aussi de nombreuses visites d’ateliers à observer et de discussions à ouvrir pour découvrir l’univers infini des savoir-faire, des connaissances et des pratiques artisanales.
Métiers d’art et patrimoine culturel immatériel
Parallèlement, des politiques publiques encadrent les métiers d’art. Un arrêté du 24 décembre 2015, pris en application de la loi du 5 juillet 1996, en fixe la liste et précise les métiers concernés, incluant des savoir-faire relevant du patrimoine culturel immatériel.
Cette liste distingue les métiers de création et de restauration du patrimoine, organisés par domaine d’activités (architecture et jardins, bijouterie, verre, etc.), puis par métiers et spécialités.
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