Les auditeurs du Cycle des Hautes Etudes de la Culture se sont retrouvés pour une première journée de réflexion au Maif Social Club, espace hybride et lieu culturel qui tente d’accompagner des innovations sociétales à travers une programmation artistique croisant les propositions, les disciplines et les publics, et en abordant systématiquement les enjeux environnementaux, sociaux et politiques des sujets abordés.
Les objectifs d’émancipation poursuivis par certains acteurs culturels ne sont pas sans tensions avec les impératifs d’innovation technologique que nous connaissons aujourd’hui. Selon Julien Gobin, philosophe, essayiste, de nombreux dispositifs numériques, présentés en premier lieu comme des outils de reliance et de liberté, concourent à un enfermement et une orientation des pratiques, et détachent l’individu de son inscription dans le collectif, ce qui le fragilise, et peut même le dissoudre. Comment, dès lors, repenser le contrat social dans une société atomisée ? La culture a un grand rôle à jouer, parce qu’elle permet de mettre au jour la sensibilité et la fragilité des personnes, étape indispensable pour susciter solidarité, mais aussi parce qu’elle travaille sur le mystère et le sens qui échappe au contrôle, ce qui permet la symbolisation. La culture est ainsi ce qui permet de comprendre profondément que l’émancipation véritable passe par l’acceptation des interdépendances.
Encore faut-il faire émerger des acteurs culturels répondant aux enjeux contemporains. C’est notamment le rôle des incubateurs culturels, portés par des institutions comme le Centre des Monuments Nationaux ou des acteurs spécifiques comme Le Louvre Lens Vallée, qui poursuivent autant des objectifs d’innovation sociale et d’usage que de stricte innovation technologique, et dont Abla Benmiloud-Faucher et Margherita Balzerani ont successivement rendu compte, apportant leur éclairage et expérience.
La recherche accompagne bien entendu ces mutations dans les manières d’agir des acteurs culturels, en dialoguant avec les acteurs culturels et en enquêtant sur la capacité des industries culturelles et créatives (ICC) à devenir des leviers dans le développement des compétences des citoyens et dans la production de sociétés résilientes productrices de bien-être. C’est l’objectif du programme EUPRAXIE Surmonter les crises : bien-être, démocratie, résilience, développé dans le cadre du PEPR ICARRE, volet de recherche de la stratégie nationale d’accélération des ICC.
Cette première journée a aussi été l’occasion de découvrir le SAMPLE, tiers-lieu culturel installé sur le site des anciens ateliers Publison à Bagnolet, accueillant plus de 75 résidentes et résidents du champ culturel et créatif, 20 associations utilisant les espaces pour des activités diverses (fanfare, yoga, danse, répétition de théâtre, réunions, formations …) et déployant une programmation artistique et culturelle originale au sein d’espaces de diffusion polyvalents. C’est dans cet espace singulier que les différents groupes de travail d’auditeurs ont pu présenter à la promotion un premier point d’étape sur leur recherche.
Christopher Miles, directeur général de la création artistique a clôturé la journée d’étude en exposant comment il compte mettre la prospective au cœur de l’action publique au service de la création.
Place à l'expérimentation
La seconde journée de ce module s’est déroulée à l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI).
Frédérique Pain, sa directrice, a présenté cette institution unique au monde dans sa pédagogie, fondée en 1982 sous le patronage de Jean Prouvé et Charlotte Perriand. Ici s’opère le dialogue entre la création et l’industrie, la culture du faire que ce module avait pour vocation d’aborder. Favoriser le pouvoir d’agir en commun, tel est l’objectif que poursuit l’école en mettant en œuvre une pédagogie transdisciplinaire par projet valorisant l’expérimentation et l’apprentissage par les pairs et en mettant en œuvre des partenariats très divers pour ancrer les projets des étudiants dans des besoins réels.
Cette attention aux acteurs et usages contemporains a permis de voir émerger de nouveaux terrains pour le design, dans le domaine du social, de la santé, des politiques publiques en général. C’est pour ces différentes raisons que l’ENSCI a répondu au dispositif "Compétences et métiers d’avenir" de France 2030 pour le programme "Design et conception pour les transitions".
Le design peut-il aider à construire autrement les politiques publiques culturelles, et notamment à être à la hauteur des défis environnementaux qui nous attendent ? Des acteurs comme le Laboratoire des déviations écologiques et la Fabrique des transitions s’y attellent, partant du constat que l’identification des efforts pour aller vers la neutralité carbone est faite dans de nombreux secteurs, mais que pour arriver à les mettre en œuvre il faut que les acteurs changent profondément de démarche. Selon Max Mollon et Julian Perdrigeat, les acteurs culturels ont un rôle essentiel à jouer car il peuvent accompagner cette transformation sensible du rapport au monde, et accompagner un travail de deuil nécessaire à faire sur les anciens modèles d’organisation sociale. Le travail mené avec l’ONDA sur le futur des arts vivants a ainsi été exposé.
L’après-midi de ce module a été consacrée à une mise en pratique dans des ateliers de prospective imaginés à partir des outils de l’Agence de design d’intérêt général "Vraiment Vraiment", et introduits par Yoan Ollivier, designer qui a exposé aux auditeurs que même dans des futurs non souhaitables, il est possible de travailler à proposer des organisations souhaitables.
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