2026-2027 - Culture et conflits
Après la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’Union soviétique, l’Europe a voulu croire, malgré la guerre en Yougoslavie, que le multilatéralisme et la résolution des conflits par le droit l’emportait désormais, rendant impossible une attaque armée sur son sol. Elle est forcée de constater aujourd’hui qu’elle n’est en aucun cas immunisée contre la guerre, tant les rapports de forces évoluent rapidement et brutalement. Aux frontières de l’Union Européenne la guerre tue, détruit les patrimoines, efface les mémoires. En son sein, déjà se multiplient des attaques relevant d’une guerre qui ne dit pas encore son nom, se diffractant en « crises », « tensions » ou « conflits » : pressions économiques, cyberattaques, guerre des récits véhiculés par les parties en présence pour légitimer leur action. L’environnement est ainsi saturé d’images et d’informations contradictoires, participant d’un enjeu devenu stratégique de manipulation de l’information.
Dans cette nouvelle ère de montée des menaces extérieures et d’exacerbation des tensions internes, quel rôle assigner à nos politiques culturelles ? Et comment celles-ci, construites en temps de paix sur des valeurs démocratiques et de défense des libertés, peuvent-elles se positionner et agir sans se renier ?
Comment faire pour que la culture continue d’être un facteur de paix et un ferment de cohésion? Comment y parvenir sans que cela passe par un contrôle des messages et que seules les productions servant les objectifs stratégiques du pays concerné soient possibles et autorisées ?
De quelle manière réguler les espaces d’expression pour lutter contre la désinformation pilotée à des fins de manipulations sans pour autant détruire les espaces de pensée critique ? Comment s’assurer que la culture permette aux différentes sensibilités de s’exprimer, même, et surtout, si elles sont en conflit ?
Pour naviguer entre ces écueils, sans doute est-il nécessaire de travailler encore à l’amélioration des dispositifs de politique culturelle existants, pour que la démocratie culturelle devienne réellement agissante et soit pleinement conforme aux valeurs défendues. Peut-être faut-il aussi dépasser l’objectif d’une culture consensuelle, qui occulterait par trop les effets de distinction et de jeux de pouvoir qui peuvent exister, ainsi que l’immense diversité des champs culturels, des esthétiques et des points de vue.
Il est également indispensable de rappeler que toute expression culturelle est travaillée par l’altérité, et connaît de nombreuses transformations dans le temps. Il n’y a pas de culture nationale unique et immuable mais des héritages puissants et féconds, des inventions nées de dialogues ou de heurts. Il y a, sans cesse, des rencontres culturelles, qui sont parfois des frictions. Et le rôle des politiques culturelles peut être de permettre l’ouverture, et d’installer la scène où les différences s’expriment, où les divergences ne sont pas forcément sommées de se résorber en une voie unique.
Selon « l’indice démocratique global 2024 » publié le 27 février 2025, 6,6 % seulement de la population mondiale vit aujourd’hui dans un régime considéré démocratique — moitié moins qu’en 2014 (12,5 %). L’enjeu est donc considérable et convoque la responsabilité des pouvoirs publics et de tous les acteurs.
Aujourd’hui, il ne suffit plus de défendre la culture comme un simple vecteur de savoir, d’émotion ou de divertissement. Il faut aussi penser la vie culturelle d’un territoire ou d’une population comme un ferment de résilience démocratique et un rempart contre les logiques de manipulation. Il faut outiller les politiques culturelles, à leurs différentes échelles, et notamment à celle, cruciale, de l’Europe, pour qu’elles puissent faire levier dans le jeu géopolitique.
La session 2026-2027 du CHEC aura ainsi pour rôle de poser un diagnostic lucide et averti sur les défis lancés à la culture aujourd’hui, et de documenter ou d’élaborer ensemble des solutions mobilisables en s’appuyant sur les expériences croisées des auditeurs et des intervenants qui seront sollicités pour alimenter la réflexion et rapporter des initiatives françaises ou étrangères. Pouvoir d’alerte, volonté de coopération, protection des acteurs et des œuvres, libération des esprits, réparation des mémoires, préparation des temps de paix et fabrique de la cohésion : telles sont les différentes voies pour redéfinir les politiques culturelles comme des politiques de paix active, pour faire des lieux culturels des espaces de négociation symbolique, et pour considérer la culture non pas comme un supplément d’âme, mais comme une infrastructure critique de nos sociétés contemporaines.
Calendrier de la session
9 modules de 2 à 3 jours de septembre 2026 à octobre 2027 : 5 à Paris, 4 en région
MODULE 1 – Séminaire d'ouverture - Actualité des conflits : comment en témoigner ?
10, 11, 12 septembre 2026 - Ouverture de la Session à Paris, puis module hors de Paris
Dans un contexte géopolitique particulièrement instable, les témoignages contemporains sur les différents territoires de tensions, de répression ou de conflits ouverts sont cruciaux, et leur diffusion incombe à tout un réseau d’acteurs culturels. La dimension mémorielle est importante également dans ces périodes de résurgence des violences. Que doit on montrer, de quelle manière ? Comment penser et représenter les conflits dans le temps même de leur déroulement ?
MODULE 2 – Alerter et prévenir - Indépendance d’esprit
14,15, 16 octobre 2026 - Module à Paris
La culture et la diffusion de l’information sont stratégiques dans les conflits hybrides contemporains qui mobilisent des acteurs étatiques et non-étatiques. Le contrôle des récits devient un enjeu crucial, et les campagnes de propagande numérique sont des armes puissantes pour déstabiliser des sociétés. La guerre psychologique passe par la vitesse de diffusion et la capacité à coloniser l’imaginaire collectif, dans un temps où nos sociétés sont traversées par des fractures et radicalisations de plus en plus fortes Comment donner dans ce contexte toute sa priorité à l’enjeu de formation à l’esprit critique et aux médias, dont l’institution ne peut revendiquer le monopole ? Comment, en coordination avec nos partenaires de l’espace européen, reprendre prise sur la régulation des plateformes de contenu ?
MODULE 3 - Dialoguer - Culture et coopération européenne et internationale
19, 20, 21 novembre 2026 - Module hors de Paris
On assiste aujourd’hui à la remise en cause, au plan international, des outils et des modalités de coopération multilatérale auxquelles sont substitués rapports de force et raison du plus fort : contestation des instances juridiques internationales telles que l’ONU et les institutions liées, ou pression pour une remise en cause des règles relatives à la régulation des réseaux sociaux et de l’IA. Dans ce contexte, comment redonner force au dialogue culturel international et renforcer les alliances entre partenaires de bonne volonté, notamment en Europe, alors même que cet espace, ouvert par définition à la circulation des idées, est particulièrement exposé à la bataille des récits ?
MODULE 4 – Protéger - Défendre la souveraineté économique, sauvegarder le patrimoine
9, 10 décembre 2026 - Module à Paris
Dans un contexte extrêmement compétitif, où certains acteurs cherchent à imposer leur vision du monde, la défense économique des industries créatives et culturelles européennes est essentielle pour maintenir une expression diverse. En situation de conflit, l’un des objectifs de la politique culturelle est de sauvegarder le patrimoine. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le droit du patrimoine puise sa source dans le droit de la guerre, notamment avec la Convention de La Haye de 1900. L’autre enjeu crucial est bien sûr de garantir la sécurité physique et psychologique des artistes, journalistes, et travailleurs culturels, souvent ciblés pour leur engagement ou leur expression. Comment donc penser et mettre en place les plans de préventions et d’urgence nécessaires pour anticiper les menaces futures ?
Journée du réseau du CHEC ouverte aux anciens auditeurs (facultative)
11 décembre 2026 - Paris
MODULE 5 – Libérer et prendre soin des artistes et des acteurs culturels
7, 8 janvier 2027 - Module à Paris
Alors que la conflictualité innerve nos environnements domestiques et sociaux, numériques et économiques, les acteurs culturels, directement exposés à ces dynamiques, ont un rôle majeur à jouer pour maintenir dans la société la possibilité d’expressions critiques. Quelle politique culturelle pour préserver la liberté des artistes et l’indépendance de programmation des acteurs culturels ? Comment gérer les tensions potentielles entre valeur de liberté et sécurité nationale ?
MODULE 6 – Réparer
4, 5 février 2027 - Module à Paris
Il est impossible de penser le rôle de la culture dans les conflits sans réfléchir aux réparations, symboliques et matérielles, des richesses culturelles altérées par les conflits. Comment négocier cette phase de réparation, en diplomatie et coopération culturelle internationale comme au plan national. On abordera notamment les enjeux des restitutions d’œuvres d’art. Au-delà de l’aspect patrimonial, comment les acteurs culturels peuvent-ils témoigner leur soutien aux individus et communautés affectés par les traumatismes de la guerre ?
MODULE 7 – Consolider la paix par la mémoire et l’histoire
11, 12, 13 mars 2027 - Module hors de Paris
La culture et les arts jouent un rôle crucial dans la manière dont les conflits sont mémorisés pour construire une histoire et une identité. Comment porter un regard lucide et contemporain sur la guerre, si elle n’est connue qu’à travers des représentations partiales et partielles ? Comment commémorer avec justesse à partir des cartographies et monuments existants ? Exploration sur un territoire qui a connu trois guerres successives mais a choisi les valeurs qu’il souhaite défendre et ne se définit pas seulement par ce passé.
MODULE 8 – Rassembler
19, 20, 21 mai 2027 - Module hors de Paris
Face aux conflits ouverts ou latents, la culture, vecteur d’émotion, de découverte, de dialogue, constitue un rempart contre les logiques d’effacement et de manipulation, un outil de résilience démocratique ouvrant des espaces de dialogue pacifiés. Comment mettre les valeurs de convivialité et de soin au service d’une politique culturelle de réconciliation, de dialogue et de reconstruction du lien social dans des sociétés fracturées ?
Journées du réseau du CHEC ouvertes aux anciens auditeurs (facultatives)
19, 20 juin 2027 - Hors de Paris
MODULE 9 – Restitutions des rapports de groupes
7, 8 octobre 2027 - Ministère de la Culture, Paris
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