À la tombée du jour, les musées changent de respiration et se révèlent sous un nouveau regard. En Île-de-France, 500 événements gratuits ponctuent la Nuit européenne des musées et offrent aux visiteurs de tous âges une découverte surprenante des lieux culturels. Parcours, œuvres, musique, photographie, performances : tout dialogue dans une ambiance libre et intime, où patrimoine et création contemporaine se rencontrent. Coordonnée par la DRAC, cette 22ᵉ édition célèbre notamment la renaissance du musée archéologique Alfred-Bonno à Chelles. Les visites mêlent déambulations et traversées sensibles, faisant du public acteur et explorateur. À Paris comme dans les communes franciliennes, concerts, expositions et ateliers transforment chaque lieu en escale culturelle. Une escale qui révèle un patrimoine souvent méconnu, urbain comme rural.
Réouverture du musée Alfred-Bonno
Après près de dix années de fermeture, le musée Alfred-Bonno à Chelles rouvre ses portes à l’occasion de la Nuit européenne des musées. Un retour attendu pour cet établissement fondé en 1950 autour des donations de l’abbé Alfred Bonno, dont les collections couvrent un large arc chronologique, de la Préhistoire au XIXe siècle. Installé dans l’ancienne bibliothèque Georges-Brassens réhabilitée, le musée présente un parcours entièrement repensé, centré sur la médiation, l’accessibilité et les enjeux de conservation. Parmi les ensembles majeurs, les textiles du VIIe siècle attribués à la reine Bathilde et à l’abbesse Bertille bénéficient désormais de conditions de présentation adaptées. Les collections archéologiques issues des fouilles menées à Chelles, longtemps peu visibles, retrouvent également le regard du public.
Pour cette soirée inaugurale, déambulations musicales, ateliers d’instruments anciens, initiations à la danse médiévale et visite-enquête consacrée à la reine Bathilde composent un programme immersif.
Cette réouverture est l’aboutissement pour l’équipe d’un travail de fond enrichissant, offrant aux publics un accueil de qualité dans un lieu où les collections sont conservées, étudiées et présentées dans de bonnes conditions.
Restaurer les œuvres, révéler les savoir-faire
Derrière les parcours de la Nuit des musées apparaît aussi un travail souvent invisible. Celui de la restauration, de la conservation et de la transmission des savoir-faire. À travers la Commission scientifique régionale de restauration, la DRAC Île-de-France accompagne les restaurations et la présentation des œuvres les plus fragiles.
Au Palais Galliera (Paris), robes de soie, corsets et tissus délicats racontent autant le raffinement du XVIIIe siècle que la vulnérabilité des œuvres textiles. Le corset attribué à Marie-Antoinette sera montré une dernière fois avant son retour en réserve. Un ultime face-à-face avec le public. Plus loin, silhouettes contraintes, fraises, crinolines et paniers redessinent les corps des siècles passés au Musée des Arts décoratifs, tandis qu’au musée de la Toile de Jouy (Yvelines, 78), motifs imprimés, senteurs et créations contemporaines déplacent encore le regard. Le textile cesse d’être décor. Il devient mémoire des corps, trace du geste, matière vivante. D’un musée à l’autre, la matière conserve ainsi les traces d’un savoir-faire, mais aussi celles des regards qui continuent de la traverser.
Photographie, regards contemporains et nouvelles écritures de l’image
Labellisée "Exposition d’intérêt national" 2026, "Couleurs de guerre" explore la place des couleurs dans la culture matérielle de la Première Guerre mondiale. Présentée au Musée de la Grande Guerre, cette exposition réunit photographies, autochromes, affiches, uniformes, objets du quotidien et dispositifs immersifs pour redonner au conflit ses teintes, ses contrastes et les imaginaires qui leur étaient associés. Elle propose une lecture inattendue du premier conflit mondial. La puissance des couleurs y joue un rôle central et révèle un autre visage de la guerre. Elle montre comment les couleurs transforment notre regard sur la Première Guerre mondiale. Le parcours invite le visiteur à découvrir ce que les images en noir et blanc avaient longtemps laissé dans l’ombre.
Après les étoffes, les surfaces imprimées et les gestes de restauration, d’autres formes de traces apparaissent. Cette Nuit des musées fait aussi de l’image un territoire en mouvement. Au musée départemental Albert-Kahn (Boulogne-Billancourt, 92) le festival "Mondes en commun" fait dialoguer les Archives de la Planète avec les écritures contemporaines de la photographie documentaire. Dans les jardins, les séries exposées interrogent territoires, cultures et relations au vivant. L’image devient mémoire du monde. Au MAC VAL à Vitry-sur-Seine, l’exposition "Ici grand ouvert" de l’artiste SMITH prolonge cette exploration dans une dimension plus sensorielle encore. Photographie, image en mouvement et installation composent un univers où les frontières du vivant semblent constamment se déplacer. Paysages flottants. Présences fragiles. Identités mouvantes. L’image n’enregistre plus seulement le réel. Elle devient un espace de transformation, où mémoire, corps et territoires se recomposent sans cesse.
Mémoires, traces et voix retrouvées
Des images aux archives, cette Nuit des musées explore aussi ce qui demeure après les disparitions, les fractures ou les exils. Cette édition laisse aussi remonter des voix longtemps retenues dans les archives et les silences de l’histoire. Au Mémorial de la gare de déportation de Bobigny (Seine-Saint-Denis) des extraits des écrits de l’artiste dialoguent avec des passages du roman « Charlotte » de David Foenkinos, ainsi qu’avec des témoignages de déportés du convoi n°60, dans lequel Charlotte Salomon fut déportée en 1943. Lectures, musique et témoignages composent une déambulation poétique et sonore autour de Charlotte Salomon et de "Dessin de Vie ? ou Théâtre ?". Faire entendre ce qui disparaît.
Au musée de la Libération de Paris – musée Jean Moulin, archives, objets et récits retracent les parcours croisés de Jean Moulin et de Philippe de Hautecloque. Les combats de la Résistance s’y lisent à hauteur d’hommes et de destins.
Plus loin, le Musée national de la Marine (Paris) interroge les mémoires de l’esclavage colonial à travers médiations, performances et regards croisés portés sur les collections permanentes et l’exposition "La Marine et les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir". Les cartels réinventés par des élèves allophones du collège de la Grange-aux-Belles font entrer d’autres voix dans le musée. Cette circulation des récits se poursuit plus loin encore, dans des lieux où la mémoire se conserve autant dans les architectures que dans les collections elles-mêmes.
À Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), les milliers d’ouvrages et manuscrits conservés à la bibliothèque Smith-Lesouëf prolongent cette circulation des récits et des mémoires dans le silence d’un lieu restauré. Édifiée pendant la Première Guerre mondiale, la bibliothèque associe décors anciens réemployés et dispositifs architecturaux novateurs, comme ses plafonds zénithaux de verre. Ouverte au public en 1919 puis longtemps administrée par la Bibliothèque nationale de France, elle abrite aujourd’hui les livres des anciens résidents de la Maison nationale des artistes (Nogent-sur-Marne) ainsi qu’un ensemble d’objets et d’œuvres d’Auguste Lesouëf. Labellisée Patrimoine d’Intérêt Régional et Maison des Illustres, elle conserve la mémoire d’une collection autant que celle d’un lieu.
Couleurs, matières et dialogues avec le vivant
Après les archives et les récits, les œuvres renouent avec des sensations plus immédiates. La couleur, la matière et le paysage deviennent eux aussi des manières de raconter le monde. À ARCHÉA (Louvres, Val-d'Oise), l’exposition "Rouge ! Archéologie d’une couleur" traverse les siècles à travers une teinte devenue symbole du pouvoir, du danger ou de la vie. Une couleur qui raconte à elle seule, croyances et imaginaires. Au Musée-Jardin Bourdelle à Égreville (Seine-et-Marne), les sculptures monumentales émergent du parc dans une mise en lumière où les œuvres semblent dialoguer avec les arbres et le paysage. À l’Institut Giacometti, les figures d’Huma Bhabha et d’Alberto Giacometti prolongent cette réflexion autour de la fragilité et de la puissance des corps.
Au musée du Quai Branly – Jacques Chirac, le vivant traverse lui aussi les collections du musée. En écho à l’exposition "Plumes du Paradis", les Chanteurs d’Oiseaux recréent sur le toit-terrasse les chants d’espèces venues du monde entier. Cris, souffles, appels. Le concert devient paysage sonore. Cette attention au vivant traverse aussi les salles d’exposition.
Après Londres, New York, Chicago, Melbourne, Montréal et Portland, "Africa Fashion", conçue par le Victoria and Albert Museum, prend place dans les collections du musée et ouvre un dialogue entre création contemporaine africaine et objets patrimoniaux. Sons, matières, textiles et silhouettes prolongent alors un même dialogue entre patrimoine et création contemporaine.
Les tissus répondent aux matières, les coupes aux formes anciennes, les archives aux silhouettes d’aujourd’hui. Peu à peu, la mode dépasse le vêtement pour devenir récit de circulations, de filiations et d’émancipations. D’un créateur à l’autre, les héritages se déplacent, se réinventent, s’émancipent des regards occidentaux et imposent d’autres géographies du style.
Concerts, performances et expériences immersives
À mesure que la nuit avance, les musées deviennent aussi des espaces de présence et d’expérience collective. Au Domaine départemental de Chamarande (Essonne), réserves ouvertes, exposition contemporaine et performance chorégraphique composent une déambulation entre œuvres, corps et paysages.
Au MAHJ, l’artiste Tami Notsani invite le public à participer à un atelier autour des fleurs et du végétal, tandis qu’au Musée Méliès (Paris), machines, maquettes et costumes replongent les visiteurs dans l’univers fantasmagorique du pionnier du cinéma. Le musée Zadkine (Paris) fait dialoguer sculpture, poésie et musique avec le concert du Trio Topaze consacré au Paris artistique des années 1910-1920.
À Dourdan, le château (Essonne) accueille un programme baroque autour de "Didon et Enée" de Purcell. Plus intimiste, le musée de la Vie romantique accueille le Duo Voco-Cello réunissant la soprano Hwanyoo Lee et le violoncelliste Cyrille Tricoire de Haro. Voix, violoncelle et résonances électroniques accompagnent cette traversée musicale pensée pour le rythme singulier de la soirée. Partout, les collections cessent d’être seulement regardées. Elles s’écoutent, se traversent et se vivent dans le mouvement de la nuit.
Comme chaque année, le dispositif "La classe, l’œuvre !" s’inscrit dans la programmation de la Nuit européenne des musées. Dans toute la région, les élèves deviennent médiateurs d’un soir et présentent leurs créations inspirées des collections des musées. Le musée cesse alors d’être un lieu figé et devient un espace vivant, partagé et ouvert à toutes les générations. Opération d’éducation artistique et culturelle, "La classe, l’œuvre !" permet aux élèves, de la maternelle au lycée, de découvrir des œuvres patrimoniales avec un musée partenaire, de créer à partir des collections et de concevoir des formes de présentation au public lors de la Nuit des musées. Ce dispositif valorise le patrimoine tout en développant la créativité et l’esprit critique des élèves. Sa coordination est assurée par les instances régionales de l’éducation artistique et culturelle, en lien avec la DRAC.
Pour la Nuit européenne des musées 2026, le 23 mai, des élèves parisiens et franciliens proposent un regard renouvelé sur les collections. Dans le cadre de "La classe, l’œuvre !", porté par les ministères chargés de la Culture et de l’Éducation, plusieurs classes ont mené tout au long de l’année des projets d’éducation artistique et culturelle autour des œuvres conservées dans les musées de la Ville de Paris.
Les lycéens d’Issy-les-Moulineaux au cœur des porcelaines Rothschild
Samedi 23 mai, à Sèvres, les élèves de seconde option Histoire des Arts du lycée Eugène Ionesco d’Issy-les-Moulineaux deviennent médiateurs d’un soir autour de l’exposition "Sèvres, une passion Rothschild",De la villa Ephrussi à Paris. Vases en porcelaine, biscuits et services de table composent un parcours qu’ils ont exploré tout au long de l’année avant d’en proposer leur propre lecture aux visiteurs. Le temps de la Nuit des musées, les collections quittent la seule contemplation pour entrer dans un dialogue porté par les élèves eux-mêmes.
Écrire la Libération à partir des images de Robert Capa
Samedi 23 mai, au musée de la Libération de Paris – musée Jean Moulin – musée du général Leclerc, une classe de troisième du collège François Villon, dans le 14e arrondissement, se plonge dans l’univers du photojournaliste Robert Capa. À partir de ses photographies consacrées à la Libération de l’Europe entre 1943 et 1945, les élèves ont mené un travail d’écriture autour des récits de guerre et de mémoire. De la Sicile au débarquement du 6 juin 1944 jusqu’à la Libération de Paris, les images deviennent le point de départ d’une réflexion sensible sur l’histoire et sa transmission.
Au Musée d’Art Moderne, les œuvres deviennent des scènes à jouer
Samedi 23 mai, au Musée d’Art Moderne de Paris, les élèves de CE2 de l’école Capitaine Lagache découvrent les collections autrement. Après plusieurs visites guidées et un travail consacré à la prise de parole, ils présentent au public des scénettes inspirées des œuvres qu’ils ont choisies. Le projet transforme ainsi la médiation en expérience vivante, où le regard des enfants devient une manière d’entrer dans les collections.
À Saint-Germain-en-Laye, l’Escamoteur inspire les plus jeunes
Samedi 23 mai, à l’Espace Paul-et-André-Vera – musée Ducastel-Vera, les élèves de CP de l’école des Écuyers se réapproprient « L’Escamoteur », tableau emblématique et énigmatique du musée. Les créations réalisées par les enfants entourent l’œuvre et prolongent son univers de mystère et d’illusion. Une manière de redécouvrir ce chef-d’œuvre à travers l’imaginaire des plus jeunes.
À Archéa, la couleur rouge devient terrain d’expérimentation
Samedi 23 mai, au musée Archéa de Louvres, le projet "Rouge !" associe création contemporaine, archéologie et travail collectif. Aux côtés de l’artiste plasticien Pierre Genouvrier, sept classes d’élémentaire de Garges-lès-Gonesse ont travaillé autour des notions de traces, d’empreintes et de mémoire des territoires. Dessin, sculpture et céramique nourrissent une réflexion autour de la couleur rouge et des objets archéologiques. Chaque élève a réalisé une pièce destinée à une composition commune pensée comme une cartographie sensible du territoire. L’exposition, présentée dans le cadre des dispositifs "La classe, l’œuvre !", "L’œuvre à l’école" et du projet ACTE, reste visible jusqu’au 14 juin.
Une nuit pour les familles et les jeunes publics
Cette expérience sensible de la nuit se prolonge aussi dans les parcours imaginés pour les enfants et les familles. Cette édition n’oublie pas les plus jeunes visiteurs. Au musée du Jouet de Poissy (Yvelines, 78) "Le petit trésor de Symphonia" transforme la visite en aventure musicale immersive mêlant énigmes et découverte sonore.
Au musée départemental Maurice-Denis à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), à l’occasion de la nouvelle exposition "Maurice Denis collectionneur : Bonnard, Gauguin, Sérusier", un atelier de création artistique pour les familles et les enfants expérimentent une peinture phosphorescente révélant les œuvres dans l’obscurité. Une autre manière d’entrer dans les collections.
Programme de la 22e édition de la Nuit des musées 2026
https://nuitdesmusees.culture.gouv.fr/programme#/search?dates=2026-05-14%2C2027-05-14&query=%C3%8Ele-de-France@48.5411093,2.4785881,8.62
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