Les collections des musées franciliens continuent de s’enrichir, acquisition après acquisition. Une commode du XVIIIe siècle, un autoportrait de Paul Éluard, des archives de Pierre Mac Orlan, des pièces de design de Jean Dudon (des années 1970), des toiles de Stanley William Hayter. Ces acquisitions reposent sur un dispositif public qui permet de financer des œuvres.
Créés en 1982 à l’initiative du ministère de la Culture dans le cadre de la politique de décentralisation, les Fonds régionaux d’acquisition pour les musées (FRAM) sont financés par les Directions régionales des affaires culturelles et les Conseils régionaux au bénéfice des Musées de France. Le dispositif permet d’aider une collectivité territoriale, une association ou une fondation à acquérir des œuvres ou objets majeurs, représentatifs sur le plan régional, dont le budget ne pourrait être atteint sans aide de l’État.
Le FRAM intervient lors de l’acquisition auprès de marchands ou de particuliers, directement ou en vente publique, avec ou sans exercice du droit de préemption. Il complète d’autres financements et contribue à rééquilibrer les moyens consacrés à l’enrichissement des collections à l’échelle d’une région. Il participe pour partie à 40 % des acquisitions qui sont réalisées à titre onéreux, 60 % étant réalisées à titre gracieux par des dons, donations ou legs.
Repères du dispositif en chiffres
10 musées ont bénéficié du FRAM en 2025
116 œuvres et objets acquis
Dotation annuelle en Île-de-France comprise entre 300 K€ et 280 K€
Subventions comprises entre 30 % et 70 % du coût d’acquisition
Seuils d’éligibilité selon le type d’œuvre :
- 15 000 € pour les peintures et les sculptures
- 3 500 € pour les objets d’art, dessins, livres rares ou précieux et manuscrits
- 1 500 € pour les collections d’archéologie, d’ethnographie, estampes, photographies, lettres autographes et vidéos d’art contemporain
Un cadre précis pour décider et financer les acquisitions
Le FRAM repose sur une dotation fondée sur la parité entre l’État et la Région. Une convention entre le Conseil régional et la DRAC définit la constitution du comité FRAM et les critères d’éligibilité, notamment les seuils financiers selon les typologies d’œuvres.
Toute acquisition fait l’objet d’un examen scientifique préalable. La Commission scientifique régionale d’acquisition apprécie l’intérêt patrimonial de l’œuvre, sa cohérence avec le projet scientifique et culturel du musée et les actions de valorisation prévues en direction des publics.
Le service des musées de la DRAC encadre la procédure et assure le secrétariat du comité. Les musées déposent une demande de subvention pour une acquisition réalisée ou en cours. Le comité se réunit une fois par an. Présidé par la Vice-présidente de la culture du Conseil Régional et le Directeur régional des affaires culturelles, il réunit élus, conservateurs du Patrimoine et conseillers.
La décision d’attribution de la subvention se fait de façon collégiales, venant en complément d’autres financements. Le taux de es subventions est compris entre 30 % et 70 % du coût d’acquisition. Tous les musées de France engagés dans une politique d’enrichissement des collections sont éligibles, à l’exception des musées de la Ville de Paris, depuis une décision de 2004. Le Fonds du patrimoine peut être sollicité indépendamment par tous les musées de France pour des acquisitions exceptionnelles.
Le dispositif s’inscrit dans des montages financiers associant collectivités, sociétés d’amis de musées, mécénat ou souscription.
Des acquisitions qui reflètent la diversité des collections
Au Musée du Domaine Royal de Marly, à Marly-Louveciennes, une commode marquetée estampillée Daniel de Loose, datée de 1771, provenant des appartements du Comte et de la Comtesse de Provence, est acquise en 2025 en vente publique par préemption. Elle permet de reconstituer une paire avec une commode déjà conservée au musée. Coût total 64 035 €, dont 10 000 € apportés par le FRAM (soit 16 % du montant global), aux côtés de la souscription, des Amis du musée et du mécénat.
Le Musée d’art et d’histoire Paul Eluard de Saint-Denis (93) a acquis pour compléter le fonds Paul Eluard, auprès d’une galerie londonienne, un autoportrait "photomaton" de Paul Eluard, vers 1929. Coût 7 000€. FRAM 5 000€ (70 %).
Le Musée de la Seine-et-Marne, qui conserve la plus importante collection publique consacrée à l’auteur Pierre Mac Orlan, acquiert un ensemble de documents composé de romans, synopsis, essais, articles, textes de chansons et d’une affiche. Coût 18 750 €, dont 13 000 € financés par le FRAM, soit 68 %.
Le Musée de la Ville de Saint-Quentin-en-Yvelines enrichit ses collections avec une paire de chaises « Nounours » de Jean Dudon, vers 1970, en cohérence avec un ensemble consacré au design des objets usuels de grande série des années 1960 aux années 1980. Coût 10 000 €, dont 7 000 € financés par le FRAM, soit 70 %.
Au MAC VAL, musée d’art contemporain du Val-de-Marne à Vitry-sur-Seine, deux œuvres de Stanley William Hayter, "Ascending Light" (1966) et "Three 3" (1967), intègrent les collections. L’artiste, installé à Paris dans les années 1930, fonde un atelier fréquenté par Picasso, Dali, Chagall. Les peintures font écho aux œuvres de François Morellet, Julio Le Parc ou Jesús Rafael Soto présentes dans les collections du musée. Coût 36 000 €, dont 22 700 € financés par le FRAM, soit 32 %.
Un outil d’équilibre dans un paysage culturel dense
Le levier financier que constitue le FRAM participe à une logique d’aménagement culturel du territoire. Il contribue à la diversification des collections d’archéologie, de beaux-arts, d’ethnographie, de photographie et d’art contemporain, destinées à être valorisées par des projets d’exposition et de médiation auprès des publics.
Face à la concentration d’institutions majeures dans la région capitale, le FRAM joue un rôle de rééquilibrage en favorisant la diversité des collections. Les acquisitions réalisées en 2025, 116 œuvres et objets pour 10 musées, démontrent la richesse et la variété des collections et confirment l’importance du dispositif pour l’originalité et la vitalité des musées franciliens.
L’Île-de-France connaît une situation particulière par la présence des musées nationaux et des fondations qui proposent une programmation riche. Dans ce contexte, le dispositif soutient les musées territoriaux, associatifs et de fondations et contribue à renforcer leurs spécificités. Histoire industrielle et urbaine, monde rural, patrimoine ethnologique et immatériel, collections monographiques ou thématiques structurent ces identités fortement liées au territoire francilien.
Un levier essentiel pour l’enrichissement des collections
Le Fonds régional d’acquisition des musées constitue une aide significative en faveur des collections des musées de France. En s’associant, l’État et la Région soutiennent efficacement les musées dans leurs missions scientifiques et patrimoniales et créent un levier déterminant auprès des tutelles, propriétaires des collections.
Malgré la baisse des budgets d’acquisition (et les questions de provenance auxquelles les musées doivent faire face), le dispositif demeure une garantie pour maintenir une politique d’acquisition territorialisée des collections publiques, notamment dans le domaine de l’art contemporain. Il assure ainsi une dynamique culturelle patrimoniale de premier plan.
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