La première journée s’est ouverte au Wonder, vaste espace de 12 000 m² installé dans un ancien site industriel de Bobigny et occupé par un collectif d’artistes. Après plusieurs implantations successives, le collectif a investi ce site avec l’ambition de fournir un lieu de travail et d’exposition structuré et structurant, ancré dans le territoire, offrant la liberté aux artistes – habitants de poursuivre leur art dans le temps long.
La visite et les échanges avec Jeanne Mathas, Marianne Derrien, Charlotte Janis, François Dufeil et Nicolas Premier ont permis aux auditeurs d’accéder aux coulisses de ce projet. Le lieu compte aujourd’hui environ 70 membres résidents, dont une quinzaine vivent sur place. Il accueille des ateliers de grande taille — entre 50 m² et 150 m² — ainsi qu’une pluralité de pôles de production (textile, métal, céramique, cinéma, cuisine, édition, recherche), chacun né du besoin d’un artiste de fabriquer ses propres outils. Les artistes bénévoles assurent le gardiennage, l’entretien, la régie et la programmation culturelle du lieu.
Les débats autour de la liberté de création ont été ouverts grâce à l’intervention conjointe de Mehdi El Afani, auditeur de la session, et de Taoufik Vallipuram, consacrée à la diversité de la scène artistique. Leurs témoignages ont interrogé la confiance persistante dans la méritocratie, dont ils ont rappelé qu’elle était, à l’origine, une dystopie. L’endogamie sociale qui structure les sphères culturelles et politiques a également été questionnée, et les acteurs culturels, posés par les intervenants comme des acteurs politiques en puissance.
La table ronde suivante, consacrée à l’indépendance financière des lieux de production et de diffusion culturelle, a abordé un autre aspect de la question, moins politique qu’économique. Cette table ronde a réuni Armelle Vernier, Martine Zussy, Stéphanie Deporcq et Elisabeth Sanson, auditrices de la session actuelle et chacune directrice d’un établissement culturel différent. Que signifie l’indépendance financière, et est-elle réellement atteignable ? Les différentes configurations économiques possibles dans la gestion d’un établissement culturel, public ou privé, ont été discutées.
L’après-midi a approfondi la question de la liberté de création à travers une séquence consacrée aux nouvelles formes de censure morale. Pour cette carte blanche, le groupe de travail 4 de la session en cours a organisé une rencontre avec la photographe Sandra Reinflet et la critique d’art et journaliste Alexia Guggémos. La première a pris la parole au sujet de son exposition « Nouvelles Reines » à la Basilique Saint-Denis violemment attaquée en mars 2025. La brutalité de l’action et de la controverse publique a été amplifiée par les réseaux sociaux.
Ces derniers étaient au centre de l’intervention d’Alexia Guggémos. Comment résister à la fragilisation que peut engendrer la médiatisation, et se prémunir des violences que ces réseaux peuvent exacerber ?
La journée s’est clôturée par l’intervention de Juliette Mant, dont l’une des missions est d’accompagner les artistes impliqués dans ces violences médiatiques. Elle a rappelé le cadre juridique qui protégeait aujourd’hui la liberté de création et évoqué son renforcement à venir.
La seconde journée s’est déroulée à France Médias Monde, où la focale a été déplacée vers la liberté d’expression et d’information. L’intervention de Marie-Christine Saragosse a détaillé les missions et défis de France Médias Monde pour continuer à produire une information fiable dans un contexte de désinformation massive et de guerre hybride. La visite de la rédaction et des studios radio et télé ont ensuite donné à voir la complexité et l’exigence du travail des journalistes et techniciens de FFM. Les particularités de ce groupe dans le paysage français, dont la première est son implantation internationale, ont été gaiement abordées lors de la visite.
Florence Philbert est ensuite intervenue pour exposer les outils dont l’Etat dispose pour garantir le pluralisme et l’indépendance des médias. Les échanges ont interrogé le positionnement au regard du traitement de l’information par certains acteurs privés, et les incidences sur l’accès public à une information libre et plurale.
L’après-midi a prolongé cette réflexion avec l’intervention de Francesca Musiani autour du pouvoir des géants de la tech et de la recomposition de l’espace public numérique. Comment préserver un débat démocratique ouvert dans des environnements gouvernés par des logiques algorithmiques et biaisées ?
Enfin, Martin Ajdari a présenté le rôle de l’ARCOM, les dernières études et l’actualité de la régulation rappelant que protéger la liberté d’expression implique aussi de lutter contre les abus.
Ces deux journées de travail ont ainsi mis en lumière les conditions de préservation des libertés de création et d’expression. Chez un collectif d’artistes comme chez un groupe audiovisuel d’envergure internationale, ces libertés dépendent d’une législation et d’une régulation conséquente, d’une économie contrainte et du choix de certaines formes de gouvernance, ainsi que d’un solide engagement humain au quotidien.
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