Nous vivons une période de mouvements profonds qui impacte les conditions de la création, leur renouvellement et les attentes des publics. Les initiatives sont multiples : celles des structures installées de longue date comme les plus récentes, et toutes amenées à appréhender la notion de droits culturels dans leurs approches. Période aussi passionnante pour les institutions, État comme collectivités, qui conjuguent aussi cette réflexion présente sur les outils présents et les modalités d’intervention.

Un module ainsi particulièrement riche pour les auditrices et auditeurs du CHEC qui, avec le concours des intervenants de positionnements diversifiés - chercheurs, responsables de lieux, de compagnies, d’institutions -, ont montré à voir et entendre la variété de leurs démarches et suscité débats et réflexions.

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Une première journée à l’Opéra National de Bordeaux : renouvellement des approches et prise en compte des droits culturels

Marc Daniel, directeur régional adjoint des Affaires culturelles de Nouvelle-Aquitaine et Emmanuel Hondré, directeur général de l’Opéra National de Bordeaux, ont conjointement accueilli les auditrices et les auditeurs du CHEC dans le Salon Boireau de l’Opéra. Occasion pour Marc Daniel de présenter les spécificités de la DRAC Nouvelle-Aquitaine, son organisation matricielle répartie entre Limoges et Bordeaux et sa souplesse d’adaptation. Emmanuel Hondré a aussi posé l’ambition qu’il entend apporter à l‘Opéra, mettant en exergue le savoir-faire et les projets des équipes si investies déjà en place.

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S’en est suivie une visite commentée de l’Opéra, ou Grand-Théâtre de Bordeaux, structure aux allures néo-classiques édifiée par l'architecte Victor Louis entre 1773 et 1780.

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Au cours de la première table ronde, Jean-Michel Lucas, Elisabeth Sanson et Alain Mercier ont partagé leurs expériences et leurs actions concernant les droits culturels, mettant en perspective l’importance pour chacun d'être libre de s’exprimer artistiquement et de choisir ses pratiques culturelles, et des conséquences qui en découlent sur la vue dans la cité.

Jean-Michel Lucas, docteur en sciences économiques, ancien directeur régional des affaires culturelles et consultant en politiques culturelles, est revenu à partir de son parcours sur l’importance à changer les critères d’intérêt général des politiques culturelles pour respecter les droits humains fondamentaux. Elisabeth Sanson, directrice du Festival Chahuts, association des arts de la parole créée à Bordeaux dans le quartier Saint-Jean en 1991, posait en permanence la question de la réciprocité puisque la création artistique et la relation au public sont au cœur du développement de l’association. Enfin, Alain Mercier, directeur de l’Opéra de Limoge - deuxième institution lyrique après l’Opéra de Bordeaux dans la région -, a illustré la question des droits culturels par les actions menées au sein de la structure, comme avec le Programme « OperaKids » lancé depuis 2017 qui réunit chaque semaine des enfants du quartier de la ville, partant de leurs envies dans le processus de création.

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Maylis Descazeaux, directrice régionale des Affaires Culturelles de Nouvelle-Aquitaine, Emmanuel Hondré, directeur de l’Opéra de Bordeaux - possédant les labels « Opéra national » et « Orchestre National » - et Sylvie Violan, directrice de la Scène nationale Carré-Colonnes et du Festival International des Arts de Bordeaux Métropole, ont entamé l’après-midi en abordant la question des labels dans le domaine du spectacle vivant. Comment utiliser au mieux ces outils de cohérence des politiques publiques de soutien à la création sur l’ensemble du territoire national, sans que les cahiers des charges qui y sont associés ne s’avèrent trop contraignants ? C’est tout l’enjeu de la dynamique de l’État en région, équilibrant le désir des parties prenantes à faire partie d’un réseau national fort et à y décliner les spécificités de chacun.  

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La journée s’est poursuivie par la présentation par Catherine Dupraz, directrice générale des affaires culturelles de la Ville de Bordeaux, et Dimitri Boutleux, adjoint au maire de Bordeaux chargé de la création et des expressions culturelles, de la démarche itérative engagée avec les citoyens bordelais et les acteurs culturels pour définir la feuille de route de politique culturelle de la Ville. Ils ont également abordé les conséquences de la crise sanitaire sur les fréquentations des lieux culturels, fortement impactées par la baisse du tourisme, posant la question d’un réinvestissement local.

Enfin, Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, est venu saluer les auditeurs et clôturer cette première journée de réflexion.

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Une seconde journée à la Fabrique Pola et au Quartier Darwin, lieux innovants et alternatifs de la création artistique

Blaise Mercier, directeur de la Fabrique Pola, a introduit la seconde journée par la présentation de ce lieu collectif, situé sur la rive-droite de Bordeaux, dans le quartier de la Bastide. La Fabrique Pola est un espace consacré à la structuration professionnelle de la filière des arts visuels, appuyé sur les valeurs de l’économie sociale et solidaire, et chargé de favoriser l’entrée de l’art dans le quotidien des habitants de la ville. Elle possède de nouvelles fonctions, dont la diffusion des pratiques artistiques et le croisement des savoir-faire des habitants. Les auditrices et les auditeurs ont ensuite pu visiter les coulisses de ce lieu de création, entre ateliers et espace d’exposition.

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Pomme Boucher, directrice artistique de Quartier Rouge à Felletin, Carole Lataste, Artiste, Fondatrice de la Galerie N’a qu’1 Oeil et membre du collectif Forces Vives, collectif citoyen pour les arts et la culture et Cécile Villiers, directrice d’Astre - Réseau arts plastiques et visuels en Nouvelle-Aquitaine, ont ensuite montré comment les artistes et acteurs culturels se sont organisés en réseau, notamment à l’occasion de la mise en place du contrat de filière arts plastiques et visuels dans la région, et comment cette structuration a été bénéfique pour la vitalité artistique du secteur.

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De gauche à droite : Pomme Boucher, Carole Lataste et Cécile Villiers

Le groupe s’est ensuite dirigé vers le Quartier Darwin, véritable « écosystème » et lieu de vie alternatif considéré comme l’un des lieux les plus visités de Bordeaux possédant restaurants, espaces de travail partagé, skatepark, boutiques de vêtements de seconde main, jardins... Son fondateur Philippe Barre a guidé le groupe dans ces différents espaces de vie afin de mieux appréhender l’organisation de cette ancienne caserne désaffectée aujourd’hui écoréhabilitée et assurant le rayonnement culturel de Bordeaux et de ses alentours.

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Par la suite, les auditrices et les auditeurs se sont rendus à l’espace  « Les Chantiers de la Garonne » pour assister à une table ronde sur les partenariats possibles entre la création artistique et les entreprises, animée par Julien Goret, directeur adjoint du Garage Moderne, Nathalie Bois, directrice adjointe de Darwin et fondatrice du Lycée alternatif Edgard Morin, et de Sébastien Carnac, directeur fondateur d’Aquitaine Culture et auditeur de la deuxième session du CHEC. Leurs expériences respectives ont ainsi montré l’importance du rôle des entreprises pour favoriser l’émergence de nombreux projets culturels dans la région.

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Ce cinquième module s’est conclu par une table ronde sur la culture dans l’espace public. Yvan Detraz, architecte et directeur du Collectif Le Bruit du frigo, a présenté les différents projets érigés à travers la région, afin de co-concevoir et de co-programmer avec les habitants le réaménagement de l’espace public, via des ateliers d’urbanisme utopique, de micro-aménagements ou d’espaces de contemplation. Bruno de Beaufort, directeur du Centre national des arts de la rue à la Rochelle CNAREP Sur le Pont, est ensuite revenu sur ces structures labellisées par l’État, dont les missions sont le soutien à la création, le soutien à la diffusion et à la rencontre, ainsi que celui de la transmission et de l’expertise. Toutefois selon lui, deux défis s’imposent aujourd’hui aux arts de la rue dans l’espace public : le rapport à la liberté au nom de la sûreté, bridant certaines formes de déambulation, et le renforcement des relations avec les collectivités et les intercommunalités. Enfin, Philippe Ruffini, co-directeur de la Compagnie Opéra Pagaï, a présenté les projets de l’année 2021, dont celui de transformer un théâtre en projet agricole par des plantations et « semis de printemps ».

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Les auditrices et les auditeurs de la troisième session se retrouveront les 3 et 4 février 2022 pour un module à Saint-Ouen et à Paris sur les nouveaux modèles d’entreprenariats dans le secteur culturel.