Mode et transition écologique : deux univers strictement opposés ? Pas forcément. La « mode durable » et la responsabilité environnementale aliment aujourd’hui tout un champ de réflexion au sein du secteur, à l’image du recyclage du textile dans différents métiers de la culture. Mais pas seulement. Elles constituent l’un des piliers défendus par le ministère de la Culture en termes de création, dans le soutien à l’émergence de nouveaux talents, ainsi que la valorisation du patrimoine et des savoir-faire d’exception. L’objectif : soutenir les marques et entreprises qui participent au rayonnement de la mode française et ouvrir la voie à l’innovation. Plusieurs dispositifs traduisent cet engagement, parmi lesquels l’appel à projets Mode qui, depuis 2018, a accompagné 157 entreprises. Le 3 juillet dernier, les 10 lauréats de l’édition 2026 ont été dévoilés. Focus sur 5 tendances qui ont marqué la sélection.
Transmettre et moderniser les savoir-faire artisanaux
Plusieurs lauréats s'attachent à faire vivre des techniques d'excellence tout en les adaptant aux exigences contemporaines. Audrey B. Studio, dédié aux matériaux souples et à leurs effets tridimensionnels, accompagnera notamment son développement par l'acquisition de nouveaux équipements. Claeys, entreprise centenaire spécialisée dans l'ennoblissement textile mécanique sans eau ni produits chimiques, modernisera une calandre de moirage (machine à cylindres lourds servant à écraser le grain d'un tissu pour lui donner des différents reflets) pour élargir sa gamme de finitions. La Botte Gardiane, reconnue Entreprise du Patrimoine Vivant pour son savoir-faire de bottier depuis 1958, renforcera quant à elle la valorisation numérique de son expertise artisanale.
Matières durables et circularité
La question des matériaux et de leur origine irrigue plusieurs projets. Dechamps, maison parisienne héritière d'une filature fondée en 1872, développe des objets lifestyle à partir de matières upcyclées et de stocks dormants. Cèucle, marque de prêt-à-porter unisexe, construit l'intégralité de ses collections à partir de stocks dormants sourcés en France et en Italie, dans une logique de vestiaire durable et transmissible.
Coopérations solidaires et territoriales
Certains lauréats fondent leur modèle sur des partenariats de proximité ou de coopération internationale. Inès Bressand Studio, basée à Marseille, façonne ses sacs à main sculpturaux en collaboration avec des vanniers ghanéens, dans une logique d'enrichissement réciproque des techniques. Cèucle fabrique par ailleurs ses collections avec Mode Estime, atelier d'insertion professionnelle situé à L'Île-Saint-Denis.
Recherche et création : nouvelles techniques, nouveaux récits
D'autres projets misent sur l'expérimentation et la production de contenus pour raconter leur univers. Capucine H, artiste joaillière, développe une conception paramétrique et une recherche en glyptique, entre sculpture et science. Julia Heuer, spécialisée dans le print et le plissé artisanal, financera un film documentaire consacré à ses gestes de fabrication.
Rayonnement digital et structuration des marques
Plusieurs lauréats renforcent leur visibilité et leur structuration commerciale par le digital. ALT Paris retravaillera son identité visuelle pour mieux raconter son savoir-faire. Lucille Thièvre, installée aux Ateliers Wonder à Bobigny, refondra son site Internet commercial et renforcera ses ressources dédiées à la vente en ligne.
À travers ces cinq tendances, l'Appel à projets Mode confirme son rôle de véritable vivier de talents, contribuant à ce que la France conserve sa place de premier plan dans le paysage mondial de la mode.
Le ministère de la Culture ne s'arrête pas à cette annonce : les 10 lauréats seront suivis tout au long de l'année, dans la continuité d'un lien que le ministère entretient avec les entreprises et créateurs soutenus au fil des éditions.
Rendez-vous annuel de la création, l'Appel à projets Mode s'affirme ainsi comme une vitrine du dynamisme et du renouvellement de la filière mode française.
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