Le ministère de la Culture, qui soutient l'Afex depuis sa création, a souhaité, à l'occasion de cet anniversaire, interroger sa secrétaire générale sur les actions menées par l'association sur le temps long, sur la manière dont elle envisage aujourd'hui la présence de l'architecture française à l'étranger et sur les projets qu'elle souhaite conduire dans les années à venir.
30 ans d’Afex en 2026, 30 ans de rencontres et de partenariats pour favoriser le parcours des architectes français à l’export. Quel bilan faites-vous de cette expérience ?
30 ans, c'est un âge de maturité, un âge où l’on a appris beaucoup de choses de la vie, mais où l’on est encore plein d'énergie de désirs pour aller à la conquête de nouveaux territoires. Non pas dans une approche colonisatrice mais dans un esprit de dialogue, pour porter des architectes à la rencontre des besoins et des ambitions des nations étrangères.
Nous avons acquis beaucoup d’expérience et exploré de nombreux territoires au gré des opportunités géopolitiques, des dynamiques de marché, des partenariats que nous avons su construire. Longtemps, la Chine a été la première terre d'exportation de l'architecture française. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. D’abord parce que la Chine a fait face à une crise de l'immobilier majeure, ensuite parce qu’elle a aujourd’hui moins besoin de nous pour conduire ses projets. Cela nous réjouit et nous satisfait: le niveau en architecture s’améliore à travers le monde, et on est heureux si on pense y avoir contribué un peu.
De fait, après l’Asie, notre action s’est largement déportée vers le Moyen-Orient, région dont les besoins en matière d’architecture et d’aménagement urbain vont croissant. Notre association mène une veille sur les dynamiques des marchés internationaux et construit des rencontres et des partenariats qui permettent ensuite aux membres de développer leur activité dans ces pays. Aujourd’hui les architectes français sont recherchés par les clients de la région, notamment en Arabie Saoudite. L’association renforce ainsi la sphère d’influence française à l’international.
Exporter c’est dialoguer, vous l’avez souligné. Comment s’exprime ce dialogue et cette réciprocité aujourd’hui et pour les années à venir ?
Le dialogue et l’échange réciproque sont le fondement de l’Afex. Cela nous ramène d'ailleurs à la Chine, puisque dès la création de l’Afex, nous avons participé au programme d'accueil de 150 jeunes architectes chinois. Ces jeunes professionnels ont été accueillis dans des agences françaises pendant plusieurs mois et beaucoup d'entre eux ont, de retour chez eux, souhaité poursuivre la collaboration avec des architectes français qui les avaient reçus. C'est ainsi par exemple qu’AREP, l'agence des gares, est entrée sur le marché chinois avec la gare de Shanghai, avec un architecte du programme présidentiel. Depuis nous avons organisé l’accueil de jeunes du monde entier : de jeunes architectes urbanistes indiens, 35 en sept ans, de jeunes ivoiriens, coréens mais aussi saoudiens. Cela constitue un formidable réseau que souhaitons animer et faire vivre sur une plateforme commune.
De manière générale, l’accueil de jeunes professionnels internationaux dans les agences françaises et le travail à l’export inspirent les architectes français qui, au contact de nouvelles cultures, méthodes et libertés, envisagent différemment leur métier et leurs projets.
Quel est le positionnement et quelles sont les envies des architectes français aujourd'hui à l'export ? Que veulent-ils apporter et que veulent-il en rapporter en retour ?
En 2027 seront célébrés les 50 ans de la loi sur l’architecture de 1977. Les architectes de l’AFEX sont les enfants de cette loi de 1977 car ce qui les différencie de nos compétiteurs anglo-saxons, c'est une attention très particulière à la responsabilité de l'architecte contenue dans la loi et un rapport au contexte qui est très particulier. Chaque projet est adapté à chaque situation, à chaque culture, à chaque territoire, ce qui n'est pas le cas de l'ensemble de nos compétiteurs qui sont capables de faire des projets génériques qui peuvent être implantés ici ou là. C’est cela la force des architectes français. De fait, ce n’est pas une architecture française que l’on souhaite exporter, mais bien des architectes. Ce sont des hommes et des femmes qui s'adaptent aux besoins qui ne sont pas les mêmes que les nôtres, qu’il faut comprendre et admettre. Ils vont essayer d'y répondre de la manière la plus contextuelle et la plus adaptée possible en fonction de leur expérience, de leurs savoir-faire, en fonction de ce qu'ils sont, mais à la rencontre et à l'écoute des autres. Et, en retour, cela enrichit leur façon d'exercer l'architecture ici chez nous en France.
Après toutes ces années à la tête de l'association, quelle est votre vision de l'architecture et des enjeux qui traversent la discipline ?
Je pense que les architectes sont les garants de la qualité de l'architecture. Ils ne sont pas seuls, ils travaillent avec des maîtres d'ouvrage qu'on appelle aussi des clients en anglais. Mais néanmoins, les architectes ont cette responsabilité par rapport à la qualité de l'environnement, du bâtiment, de la ville. Pour moi une architecture réussie, c'est une architecture dans laquelle on rentre, qui est une évidence, comme si ça avait toujours été là, où l’air circule librement, où l’on se sent bien, où l’on se sent protégé parce que la fonction première de l'architecture c'est quand même de protéger les hommes. C’est notre conviction d’y contribuer.
Par ailleurs, je veux souligner que l'architecture constitue une espèce d'inconscient collectif. Alors même que nous vivons tous environnés d’architecture, c'est un sujet dont on ne parle pas assez, comme s’il y avait une espèce d'oubli de l'architecture. Je considère que c'est un sujet absolument passionnant qu'on devrait pouvoir partager avec le plus grand nombre. Il y a des pays, vous savez où dans la presse quotidienne une fois par semaine, il y a un cahier spécial sur l'architecture. En France, on ne parle d'architecture qu'entre spécialistes. Peut-être que les architectes ont leur part de responsabilité, ils ne partagent peut-être pas volontiers avec tout le monde leur savoir, leur façon de faire etc. Je veux bien l'admettre, mais j'aimerais qu'il y ait une conscientisation autour de l'architecture, qu'on la mette mieux en valeur et qu'on reconnaisse tout ce que nos architectes apportent au monde à la société et aux villes.
Partager la page




