À travers le parcours de Mélanie Perrier, la chorégraphe, dont le travail, notamment avec des pièces comme "Jusqu’au moment où nous sauterons ensemble", explore des formes attentives aux corps et aux milieux. L’écologie se déploie au cœur même des processus de création. Elle traverse les conditions de travail, les choix de production et la qualité des relations aux publics. Elle agit moins comme un thème que comme une manière d’organiser concrètement le travail artistique, notamment dans l’attention portée aux relations et aux publics.
Chez elle, le corps devient le lieu d’une pensée écologique en acte. À la fois exposé et agissant, traversé par les tensions de l’époque mais capable de réinventer des modes de relation, il constitue le premier terrain d’attention au vivant. En redonnant aux gestes leur épaisseur sensible, son travail ouvre des espaces où se rejouent, à échelle située, des manières d’être au monde plus attentives, plus sobres et plus relationnelles.
En quoi le corps est-il central dans votre approche des enjeux écologiques ?
Appréhender les enjeux climatiques, écologiques et sociaux suppose inéluctablement pour moi de revenir au corps.
En effet, à l’ère de l’anthropocène, le corps et les vécus du corps de chacun et de chacune sont fortement malmenés. Le corps est devenu un réel endroit politique, lieu de bon nombre de violences, contraintes, contrôles, et pourtant le premier terrain de santé globale et d’habitabilité. Alors que les gestes sont les premiers outils de notre santé sociale et environnementale, ils se sont progressivement automatisés, devenant des barrières qui réduisent considérablement la place du sensible dans nos constructions de communs et appauvrissent nos relations aux vivants.
Comment votre travail chorégraphique s'organise-t-il autour de ces enjeux ?
Il s’agit pour moi de considérer la création d’abord comme une constellation de mise en relations sensibles au monde et au vivant. C’est dans ce sens que mon travail s’est développé au sein de la Compagnie 2 minimum, qui s’organise et rassemble plusieurs constellations : celle défendant une esthétique de la sobriété́ (avec ses écritures de lumière éco-responsables). C’est le cas de "Jusqu’au moment où nous sauterons ensemble" (2024), "Quand j’ai vu mon ombre vaciller" (2019) ou "Care" (2016). La prochaine pièce majeure à venir intitulée "Bassin versant" prévue pour 2027.
Il s’agit pour moi de considérer la création d’abord comme une constellation de mise en relations sensibles au monde et au vivant. C’est dans ce sens que mon travail s’est développé au sein de la Compagnie 2 minimum, qui s’organise et rassemble plusieurs constellations, celle défendant une esthétique de la sobriété́ avec ses écritures de lumière éco-responsables. C’est le cas de "Jusqu’au moment où nous sauterons ensemble" (2024), "Quand j’ai vu mon ombre vaciller" (2019) ou "Care" (2016). La prochaine pièce majeure à venir, intitulée "Bassin versant", est prévue pour 2027 et poursuivra cette démarche en approfondissant ces questionnements sensibles.
Celle entretenant une relation aux espaces avec un impératif de zéro électricité. De "À la chaleur de ton souffle" aux "Récits de sauts", en passant par "Les balades sensibles", chaque création permet de déployer un geste dans un lieu de patrimoine, un musée ou une bibliothèque, comme une forme de résonance avec le milieu dans lequel elle se trouve.
Celle, enfin, qui invente de nouveaux modes de mise en relation aux vivants. Des "consultations (en réponse à Emmanuel)" à "Centuple", ces créations portent toutes la volonté d’inventer de nouvelles participations et d’embrasser l’exigence de l’in situ. Cette constellation rassemble des projets de création et des projets de territoires.
Comment les enjeux écologiques s’intègrent-ils concrètement dans vos processus de création ?
La manière dont les enjeux d’environnement et de développement durable s’intègrent dans ma démarche artistique se situe à la fois dans les processus de création, mais aussi dans une logique plus sociale et relationnelle.
D’un point de vue de la création, je veille à concentrer les résidences de création sur la région Île-de-France afin de réduire l’impact carbone lié aux mobilités des équipes et à systématiser le co-voiturage pour les transports des décors et de l’équipe.
J’attache également une attention toute particulière à l’alimentation et aux cadres de travail. Pour moi, le développement durable se situe aussi dans l’assiette. Au sein de la Compagnie 2 minimum, nous cuisinons pour toute l’équipe lorsque nous sommes en résidence, ce qui permet d’avoir des produits sains et locaux. Cela impacte la qualité de vie au travail, participe à une meilleure gestion du temps de travail et de repos et favorise le dialogue entre tous.
Quelle place accordez-vous aux publics dans cette démarche ?
Mon travail a très tôt adopté les principes de l’éthique du Care également en direction des publics. Les enjeux écologiques sont entendus dans la manière de porter attention aux milieux et aux individus. Il y a plus de dix ans, j’ai éprouvé la nécessité d’aller à la rencontre des personnes vulnérables, qu’il s’agisse de tout petits, de seniors ou de personnes en situation de handicap. À chaque fois, la danse nous permet de créer et d'inventer un terrain d’entente.
La danse est ainsi pensée comme un facilitateur de relations. Elle n’a jamais été quelque chose de technique à transmettre ou apprendre, mais bien un outil pour nous mettre en relation par et avec tous les corps.
Cela revient à réévaluer la nature des projets portés par les artistes de la compagnie auprès des personnes, en abolissant toute posture de surplomb ou de transmission. Je me suis également formée aux enjeux des droits culturels, ouvrant petit à petit à des formes de plus en plus participatives. On ne peut pas parler d’attention et de respect aux vivants sans aborder de front les enjeux éthiques qui les sous-tendent. C’est pourquoi j’ouvre un nouveau cycle sur les participations à partir de cette année, avec un premier projet "Centuple", qui est lauréat du programme Pepr Icaare du CNRS.
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