Dans la continuité de son Guide d’orientation et d’inspiration pour la transition écologique de la culture, le ministère de la Culture promeut le réemploi et le recyclage des textiles. Cette volonté se traduit à la fois sur scène, dans les bureaux ou dans les boutiques des établissements culturels, à l’image de la Recyclerie de la Comédie française : zoom sur 3 initiatives.
Installation de bornes de collecte de vêtements : une forte mobilisation interne
Alors que 69% des déchets textiles sont aujourd’hui enfouis ou incinérés, le ministère de la Culture engage ses agents dans la réutilisation et le recyclage textiles. Depuis mars 2026, des bornes de récupération de vêtements sont installées sur les sites de l’administration centrale. Refashion, l’éco-organisme de la filière REP Textile d’habillement, Linge de maison et Chaussures, collecte ainsi les dons des agents pour les valoriser.
Cette démarche a par exemple été mise en place au ministère de la Transition écologique et aux Manufactures nationales. À l'échelle nationale, plus de 200.000 tonnes ont été collectées en 2023.
À l’Opéra national de Bordeaux, le « 0 achat » comme acte de création
Depuis 2022, l’Opéra national de Bordeaux a mis en place une politique de « zéro achat ». Concrètement, les productions engagées dans cette démarche doivent composer à partir des stocks existants pour fabriquer leurs costumes, décors et accessoires. Chaque année, deux productions relèvent le défi, sans rien sacrifier à leur qualité esthétique et artistique : un opéra et une production de l’Académie de l’Opéra national de Bordeaux.
En 2022, le bilan des émissions de gaz à effet de serre de l’établissement établit que les achats sont un des postes les plus émissifs. Choisir de ne pas acheter est donc une réponse directe et immédiate aux préoccupations écologiques de l’Opéra national de Bordeaux. Mais c’est aussi un défi artistique qui amène les équipes à repenser leur travail. Plus de page blanche sur laquelle le costumier dessine ad hoc : l’étape de création est redéfinie, accompagnée par les Ateliers de l’Opéra qui commencent par présenter les stocks aux maîtres d’œuvre et par discuter de ce qu’il est possible de réutiliser, d’altérer, de retoucher. Certains couturiers et couturières retravaillent leurs propres créations, issues de productions réformées : qu’il s’agisse de faire revivre un de ses costumes passés ou de revendiquer un artisanat plus écologique, l’ensemble des équipes peut y trouver un intérêt renouvelé.
De Lady Macbeth au Chapeau de paille d’Italie :
En 2012, la Lady Macbeth mise en scène par Jean-Louis Martinoty portait une longue robe noire à dos nu. 12 ans plus tard, la robe réapparaît, très légèrement modifiée, accessoirisée d’une coiffe immense à papillons elle-même issue d’un autre spectacle, pour Le chapeau de paille d’Italie de Julien Duval : une même robe, une même coiffe pour deux personnages, deux univers, deux mises en scène.
Par ailleurs, si le « zéro achat » résonne avec la problématique de surconsommation de textile, il renoue également avec une tradition de longue date. Durant des siècles, les costumes ont été utilisés à de multiples reprises pendant des décennies : (ré)apprendre les techniques exigeantes que nécessite la réutilisation de costumes déjà existants (teinture de tissus colorés, mise à taille, retouches), c’est s’inscrire dans une démarche à la fois patrimoniale et contemporaine.
Cette démarche est exigeante non seulement techniquement, mais aussi en termes d’organisation.
- Les stocks doivent être rangés et inventoriés, réorganisés en lieux de travail. Le déploiement d’un outil informatique doit accompagner cette transformation.
- Repenser et retravailler l’existant impliquent du temps passé en plus à toutes les étapes de conception et de production par rapport à un opéra « standard ».
- Les Ateliers de l’Opéra sont en contact permanent avec les acteurs de son territoire (le tissu associatif, acteurs de l’économie sociale et solidaire local, mécènes et partenaires...) : par exemple, la coopération avec des fripes et des ressourceries pour trouver les pièces manquantes demande de s’adapter aux arrivages de tissus et de vêtements.
Le « zéro achat » ancre ainsi l’Opéra national de Bordeaux dans le réel et dans le territoire, notamment bordelais et néo-aquitain. Cela se traduit également par un travail étroit avec l’Opéra de Limoges pour le développement d’une solution permettant de faciliter le réemploi des décors, costumes et accessoires des maisons d’opéra, projet soutenu par le Centre national de la musique dans le cadre du programme « aide aux projets en faveur de la transition écologique ».
Forte de son succès, la dynamique du « zéro achat » infuse des productions qui ne le sont pas, à l’image du Fidelio mis en scène par Valentina Carrasco en 2023, pour lequel plusieurs centaines de sacs en toile de jute ont été récupérés auprès de torréfacteurs et utilisés en représentation, passant ainsi de déchets à décors de scène à part entière. De plus, le potentiel de réemploi des pièces confectionnées par les ateliers costumes est évalué et oriente désormais les choix de fabrication.
Les bénéfices de cette politique en termes d’empreinte écologique, de moyens humains et d’économies seront évalués avec précision en 2026, à l’issue d’une étude d’impact en cours.
« Zéro achat », « zéro budget », « zéro déchet » : quelles différences ?
Même si elles peuvent se croiser, ce sont 3 démarches bien différentes.
- Le « zéro budget » : guidée par le manque de moyens, la démarche peut conduire à utiliser les stocks, mais aussi à acheter les pièces les moins chères possibles et à fabriquer les costumes en un minimum de temps.
- Le « zéro déchet » : le but est de tout (ré)utiliser, sans rien jeter.
100% des déchets réemployés ou recyclés aux Manufactures nationales
N’utiliser que ce qui est nécessaire ou conserver les chutes pour des productions futures : la sobriété en ressources des artisans des Manufactures nationales existe depuis leur création, au XVIIe siècle.
En 2025, une nouvelle étape a été franchie à la demande des équipes. Selon leur nature, les textiles qui ne peuvent plus servir à la création sont collectés pour être donnés, effilochés ou transformés en Combustibles Fossiles de Récupération pour de la valorisation énergétique. Weturn récupère les chutes, tandis que les textiles « nobles » déclassés, comme la laine, sont donnés à des écoles, artistes et associations (La Réserve des Arts, le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles de Meurthe-et-Moselle, Minuit 12). La totalité des déchets textiles de l’établissement (soit 700 kg) a ainsi été recyclée ou valorisée.
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