Créer suppose un lieu. Une surface, une hauteur, une lumière, un espace où la matière peut s’installer sans être démontée chaque soir. Pour un artiste, disposer d’un atelier ne relève pas du confort. C’est une condition de travail. C’est l’endroit où les œuvres prennent forme, où les pièces s’accumulent, où les recherches se prolongent dans le temps. Faire, expérimenter, stocker, reprendre, recommencer. Sans espace dédié, les démarches deviennent plus difficiles, parfois trop précaires.
Un cadre ouvert aux parcours professionnels
Les ateliers s’adressent à des artistes engagés dans une pratique régulière inscrite dans un parcours de création. Ils ne sont ni réservés aux seuls artistes reconnus ni limités aux débuts de carrière. La continuité de la pratique constitue le critère central et en demeure le fil conducteur. S’y ajoutent l’adéquation entre la demande et les besoins concrets de travail, ainsi que la capacité à occuper durablement le lieu.
La sélection repose sur un équilibre entre exigences artistiques, contraintes techniques et situation sociale. La discipline dominante et ses contraintes sont examinées, qu’il s’agisse de surface, de hauteur, de ventilation, de stockage ou de matériaux spécifiques. La situation personnelle est également prise en compte. Pour les ateliers-logements, les ressources du foyer doivent respecter les plafonds du logement social. L’ancienneté de la demande et son actualisation régulière sont examinées.
Un dispositif confronté à la rareté du foncier
Des ateliers rares face à une demande croissante. En Île-de-France, la hausse des loyers et la raréfaction du foncier rendent l’accès au marché privé difficile pour de nombreux artistes.
Dans une région qui concentre un nombre important de créateurs, la pression sur les lieux de travail est devenue structurelle.
Le parc d’ateliers est limité et historiquement constitué. Il comprend des ateliers-logements associant espace de vie et de travail et des ateliers de travail seuls. Les locaux sont majoritairement situés à Paris et en petite couronne, en Seine-Saint-Denis, dans le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine. Quelques implantations existent en grande couronne, notamment à Villiers-sur-Orge (Essonne) et à Torcy (Seine-et-Marne). Chaque année, une quarantaine de disponibilités sont proposées pour 1 800 demandes actives.
Le faible taux de rotation accentue cette tension. En 2025, sur 44 ateliers annoncés vacants, 75% ont été négociés par la DRAC, contre 65% en 2024. 20 % relevaient du contingent du ministère de la Culture et 5% du contingent préfectoral. Cette dynamique a permis de loger 44 artistes en 2025, contre 20 en 2024. En 2025, les femmes représentaient 68,42 % des artistes relogés. Les bénéficiaires ont le plus souvent entre 30 et 55 ans. La majorité dispose de revenus mixtes associant création, enseignement et activités complémentaires. Tous ne vivent pas exclusivement de leur pratique.
Des parcours transformés
Daniele Genadry, nous en parle
"Je travaille principalement la peinture, le dessin et les images, et l'atelier a toujours été pour moi le lieu privilégié pour la réflexion et la pratique. Un espace calme et propice à la concentration... Après avoir passé plusieurs années dans des espaces temporaires, le fait d'avoir obtenu un atelier par la DRAC Île-de-France a considérablement changé ma pratique à Paris.
Cela m'a permis de me lancer dans des projets plus ambitieux, tant en termes d'échelle que de concept, en me donnant l'espace nécessaire pour travailler sur plusieurs pièces en continu, et la possibilité de réaliser des projets d'exposition importantes.... Aussi de développer ma communauté artistique dans la ville, grâce à des visites et des échanges réguliers dans l'atelier avec d'autres artistes, écrivains, conservateurs et galeries." https://www.danielegenadry.com/
Lina Hentgen nous en parle
"Il me permet d'être absolument autonome et forte : Il est mon lieu à moi, c'est mon territoire. C'est un endroit où je peux sédimenter les éléments qui composent ma pratique artistique tout en respectant ma vie familiale.
L'atelier logement m'a permis de démultiplier ma force de travail sans être obligée de multiplier les espaces : je peux à la fois recevoir, stocker, archiver et organiser un espace fonctionnel et pérenne qui répond précisément à tous mes besoins." https://www.hippolytehentgen.com/ sa prochaine exposition au musée d'Art moderne de Céret (Pyrénées-Orientales)
Sébastien Gouju nous en parle
"L’obtention d’un atelier-logement m’a permis de sédentariser ma pratique d’atelier et de gagner en autonomie de travail. Au-delà du confort mental que cela représente, l’atelier-logement facilite la recherche et les expérimentations.
Il permet de déployer le travail dans le temps, sans l’injonction à l’efficacité que requiert l’usage ponctuel d’un espace de production. Concrètement, j’ai pu équiper mon atelier d’un four de cuisson dédié à la céramique, acquis grâce à l’Aide à l’installation d’atelier (AIA) attribuée par la DRAC Île-de-France en 2022. Celui-ci m’a permis à de nombreuses reprises de gagner en liberté et de répondre à des sollicitations en limitant les contraintes de production. Par ailleurs, l’atelier-logement m’a également permis de m’ancrer dans un environnement amical et professionnel, fort et solidaire entre artistes du quartier." http://www.sebastiengouju.com/ et https://semiose.com/artiste/sebastien-gouju/
Un cadre juridique et matériel structurant
L’atelier est exclusivement dédié au travail artistique. Son loyer est fixé par le bailleur. L’atelier-logement relève du logement social et est soumis à des plafonds de ressources ainsi qu’à des critères d’adéquation entre le foyer et le logement. Les loyers, inférieurs au marché, varient selon la localisation et la surface.
Les locaux sont attribués en l’état et les aménagements spécifiques relèvent souvent de l’artiste. Au-delà des situations individuelles, ces ateliers demeurent une condition matérielle essentielle de la création en Île-de-France. Ils garantissent la continuité du travail et permettent aux artistes de s’inscrire durablement dans leur parcours professionnel.
Partager la page



