Le ministère de la Culture défend une conception exigeante et inclusive de l’accessibilité, fondée sur un accès réel et effectif aux œuvres, aux pratiques artistiques et aux lieux culturels, quels que soient les handicaps. Cette ambition s’inscrit également dans un cadre réglementaire précis : depuis la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, l’accessibilité constitue une obligation légale pour les établissements recevant du public.
À ce titre, les Directions régionales des affaires culturelles, et en particulier leurs pôles Action culturelle et territoires, jouent un rôle central. Leur mission est de soutenir des projets qui rapprochent les publics des œuvres, accompagnent les établissements dans l’évolution de leurs pratiques et favorisent l’émergence de dispositifs de médiation adaptés aux besoins spécifiques des personnes. Le projet porté par le Frac Normandie s’inscrit directement dans cette logique : il ne s’agit pas seulement de rendre un lieu accessible, mais bien de penser la rencontre avec l’art contemporain à partir des usages, des perceptions et des sensibilités des publics TSA.
Cette ambition est en résonance avec d’autres initiatives normandes. Citons, par exemple, les actions menées pour accueillir les publics en situation de handicap par RN13bis (réseau régional d'art contemporain en Normandie) ou encore les démarches d’accessibilité inclusive au Château-Musée de Dieppe et la Cathédrale de Rouen, où des dispositifs spécifiques ont été développés pour faciliter l’accès et la compréhension de l’espace. Ces initiatives témoignent de la vitalité des politiques publiques régionales en matière de médiation et d’inclusion.
Au FRAC, un outil original co-construit avec le médico-social et le design graphique
Pour concevoir cet outil, le Frac Normandie s’est associé à l’Institut de Jour Alfred Binet (IJAB) de l’association Sésame Autisme Normandie, structure spécialisée dans l’accompagnement d’enfants présentant des troubles du spectre autistique. Cette collaboration étroite avec le champ médico-social a permis de partir des besoins réels des personnes concernées, de leurs modes de communication et de leurs particularités sensorielles.
Le projet a également mobilisé le graphiste et designer Fabrice Houdry, dont le travail se caractérise par une grande lisibilité formelle et une attention portée à l’essentiel. Avec les équipes du Frac et de l’IJAB, il a conçu une série de pictogrammes originaux, spécifiquement dédiés au vocabulaire artistique, aux gestes de la création, aux espaces d’exposition, aux comportements attendus, mais aussi aux émotions et aux besoins. Plus de cent mots ont ainsi été illustrés, puis testés et validés par des groupes d’enfants de l’IJAB, accompagnés par des éducateurs spécialisé et une art-thérapeute.
Cette phase de validation collective constitue l’un des aspects les plus innovants du projet : l’outil n’est pas pensé pour les publics TSA, mais avec eux, dans une logique de co-construction encouragée par les politiques publiques d’accessibilité.
Ces démarches rejoignent le cadre plus large de la convention Culture-Santé, où la question de l’accessibilité et de l’inclusion culturelle est centrale.
Faciliter la visite, encourager l’autonomie, apaiser les expériences
Aujourd’hui, ces pictogrammes sont utilisés par les médiateurs du Frac Normandie lors des visites accessibles et sont également mis à disposition des familles. Ils permettent de structurer la visite, de rendre explicites les étapes du parcours et de favoriser la communication non verbale. Dès l’accueil, les informations sont présentées sous la forme d’un « scénario social », qui détaille de manière concrète ce que propose le Frac : les règles, les outils disponibles, les comportements possibles ou attendus.
Cette approche vise à réduire l’anxiété liée à la nouveauté, à renforcer le sentiment de sécurité et à permettre aux visiteurs de se repérer dans l’espace et dans le temps. Elle s’inscrit pleinement dans les objectifs du Fonds accessibilité, qui soutient des dispositifs favorisant l’autonomie et le confort de visite. De manière complémentaire, le Musée des Beaux-Arts de Rouen organise régulièrement des journées dédiées à l’accessibilité, illustrant l’engagement de l’ensemble du territoire à ouvrir la culture à tous (MBA Rouen).
« La Box » : un espace et des outils sensoriels adaptés
Le projet se déploie également dans l’espace « La Box », situé au sous-sol du Frac et dédié aux enfants et à leur famille. Conçu par l’artiste Raphaël Lecoq, cet espace rassemble l’ensemble des outils mis à disposition des publics : casque anti-bruit, casquette pour l’hypersensibilité lumineuse, carré lesté, objets sensoriels permettant de moduler les stimuli, ainsi qu’un livret à scratch composé de pictogrammes adaptés à chaque exposition.
Les visiteurs peuvent choisir librement les objets dont ils ont besoin, les placer dans un sac prévu à cet effet et circuler dans les espaces du Frac de manière autonome. Là encore, l’enjeu est de respecter les singularités sensorielles et de permettre à chacun de construire sa propre expérience de visite.
À travers cette initiative, le Frac Normandie confirme son engagement de longue date en faveur de l’accessibilité et démontre que les politiques publiques, lorsqu’elles soutiennent des projets exigeants et co-construits, peuvent transformer durablement la relation entre les œuvres et les publics. L’accessibilité n’y est plus un simple cadre réglementaire, mais une dynamique créative et humaine, au cœur de la mission culturelle de l’État.
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