« La Sixtine romane ». Le surnom dit beaucoup de la richesse qui se cache derrière les murs de l’abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe. Située dans la Vienne, l’église est celle d’une ancienne abbaye fondée à l’époque carolingienne par saint Benoît d’Aniane, sous la protection de Charlemagne et de ses successeurs. Reconstruite au XIe siècle, elle abrite un vaste ensemble de peintures murales réalisé à la fin du XIe ou au début du XIIe siècle. Des siècles plus tard, une grande partie de ce décor est toujours visible.
Des origines carolingiennes à l'abbatiale romane
L’histoire de Saint-Savin remonte à l’époque carolingienne. L’abbaye est alors placée sous la protection du pouvoir impérial et s’inscrit dans le développement du monachisme occidental.
L’église actuelle est reconstruite au XIe siècle selon les principes de l’architecture romane. Ses volumes équilibrés accueillent un programme peint conçu à l’échelle de l’édifice. L’ensemble répond aussi à une fonction essentielle des monastères au Moyen Âge : transmettre les récits religieux et participer à l’enseignement.
L’histoire du site se poursuit au fil des siècles. Les bâtiments conventuels, détruits pendant les guerres de Religion, sont reconstruits au XVIIe siècle. La silhouette de l’abbatiale évolue également avec sa flèche gothique du XIVe siècle, reconstruite au XIXe siècle, qui s'élève à près de 80 mètres.
Une Bible peinte sur les murs
La singularité de Saint-Savin tient avant tout à son décor. Environ 420 m² de peintures murales romanes, conçues au cours d’une même campagne, se déploient dans les différents espaces de l’église.
Le visiteur découvre ainsi un immense récit biblique organisé selon les parties de l’édifice. Le clocher-porche et le tympan présentent des scènes de l’Apocalypse. Sur la voûte de la nef centrale se succèdent de grands épisodes bibliques. La tribune supérieure du porche est consacrée à la Passion du Christ et à des scènes de martyres. Dans le chœur et sur les piliers du transept subsistent de grandes figures de saints. La crypte raconte, quant à elle, l’histoire de saint Savin et de saint Cyprien.
Ces peintures permettent de comprendre la place de l’image dans les églises médiévales. Les scènes narratives, les couleurs et le mouvement des compositions rendaient les récits religieux visibles dans tout l’édifice. Malgré des reprises effectuées au cours des siècles et la disparition de certaines couleurs ou de certains fonds, une part majeure du décor roman a été conservée.
Pourquoi l’UNESCO ?
L’abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe est inscrite au patrimoine mondial depuis 1983, au titre des critères (i) et (iii).
L’UNESCO reconnaît à la fois la qualité artistique de ses peintures et ce qu’elles nous apprennent de la civilisation médiévale occidentale.
- Critère (i) : le décor constitue un chef-d’œuvre de la peinture murale des XIe et XIIe siècles. L’ampleur du programme, la richesse des couleurs et le mouvement des compositions expliquent le surnom de « Sixtine romane ».
- Critère (iii) : l’ensemble montre la place essentielle de l’image dans les monastères du Moyen Âge, à la fois comme mode de représentation et comme moyen de diffusion des idées.
La conservation d’un ensemble peint aussi vaste donne au site une place particulière dans l’étude de l’art roman. Les peintures sont présentes dans presque toutes les parties de l’abbatiale et permettent encore aujourd’hui de lire la cohérence du programme imaginé il y a près de neuf siècles.
Un patrimoine vivant
Classée au titre des Monuments historiques dès 1840, l’abbatiale bénéficie d’une protection qui encadre les interventions sur l’édifice. Les travaux sont soumis à autorisation et au contrôle scientifique et technique de l’État.
La conservation ne concerne pas seulement les murs et les peintures. Elle prend aussi en compte le paysage dans lequel s’inscrit l’abbaye. Une zone tampon protège ainsi ses abords et une réflexion est menée pour mieux préserver les perspectives visuelles sur le monument.
Propriétaire de l’ensemble immobilier, la commune de Saint-Savin participe à sa gestion aux côtés de plusieurs partenaires publics. Depuis 2006, un établissement public de coopération culturelle réunit la commune, l’intercommunalité, le Département, la Région et l’État autour de la valorisation du site.
Préserver Saint-Savin demande donc un travail continu. Restaurer les peintures, surveiller leur état de conservation et protéger les abords permettent de maintenir la cohérence d’un ensemble vieux de plusieurs siècles. La DRAC Nouvelle-Aquitaine participe à cette mission à travers le contrôle scientifique et technique de l’État sur ce monument protégé.
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