Organisée autour de trois table rondes, cette journée avait pour objectif d’échanger et de partager les expériences et connaissances sur l’impact du changement climatique sur le patrimoine dans son ensemble, mais aussi d’aborder les solutions et pratiques plus vertueuses à mettre en place, afin d’adapter nos cadres de vies aux évolutions climatiques à venir. A l’initiative de la DRAC, cette journée a aussi permis de rappeler le rôle central du ministère de la Culture dans la mise en œuvre et la coordination des politiques publiques en matière de transition écologique dans les territoires.
Prendre la mesure du défi
La première table ronde de la journée, plus généraliste que les suivantes, a dressé le contexte et évoqué les constats scientifiques déjà connus. Frédéric Gresselin, hydrogéologue à la DREAL Normandie a ainsi rappelé quelques chiffres : 100 000 constructions menacées en Normandie, élévation du niveau de la mer de 5 à 6mm par an. Il a aussi évoqué la diversité de notre patrimoine : patrimoine naturel, paysages, patrimoine bâti, etc. Yannick Gourvil, architecte conseil de l’État de la Manche a questionné la nécessité de s’interroger sur le patrimoine qui doit être conservé ou transformé, mais aussi d’adopter dès maintenant une prospection territoriale de long terme, collectivement, sur les futures manières d’habiter l’espace, en se réappropriant les hauteurs par exemple. Florence Richard, secrétaire générale de la COP régionale, a elle aussi abordé une approche globale du changement climatique, en rappelant quelques chiffres : les transports qui représentent 34% des gaz à effet de serre, et les leviers de la décarbonation en Normandie : l’industrie puis l’agriculture. Afin de s’adapter à la trajectoire des +4 degrés en 2100, la mise en œuvre d’un travail collectif est primordiale. Enfin, Cyrille Billard, conservateur régional adjoint du service régional de l’archéologie, a lui évoqué le changement climatique par le prisme de l’archéologie : sites menacés par l’érosion littorale et la hausse du niveau de la mer, et nécessité d’adopter une stratégie d’anticipation, pour avoir l’opportunité d’étudier les sites encore méconnus avant leur disparition.
Patrimoines existants, ressources limitées
Place à l’adaptation des techniques de restauration du patrimoine, et à la mise en place de nouvelles méthodes de conception des bâtiments. Nicolas Wasylyszyn, ingénieur du patrimoine à l’UDAP de l’Eure, a présenté des méthodes de réduction de l’empreinte carbone lors de la restauration de bâtiments : récupération de matériaux, approvisionnement local, importance de l’archéologie du bâti qui permet de ne restaurer que ce qui est nécessaire. Emmanuelle Cressent, responsable de l’ethnothèque au Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande, a axé sa présentation sur la nécessaire préservation des savoir-faire ancestraux, vertueux par nature, pour penser la transition écologique. Samuel Delmas, architecte conseil de la DRAC et Valentin Bernard, architecte de l’agence La Soda ont eux présenté des exemples de réhabilitions de bâtiments : qualité et provenances des matériaux, nouveaux usages, développement de la notion de réversibilité.
Comment adapter les patrimoines existants au changement climatique
Fil conducteur de la dernière table ronde, conserver l’existant afin de contribuer à la préservation du patrimoine, des ressources et des paysages, avec une vision à moyen et long terme des évolutions à venir d’ici 50 à 100 ans. A l’appui, la présentation de trois projets locaux. Delphine Réhel, a présenté l’un de ses projets, à Villers-sur-Mer. Il s’agit d’un projet de transformation de maison ancienne, pour des particuliers. Elle a proposé de rehausser le bâtiment existant, au lieu d’en construire un nouveau comme cela était initialement projeté. Elle a également préconisé un renforcement des fondations du bâti existant, afin de l’adapter aux mouvements du sol, et de le restaurer. Son projet a permis de limiter l’artificialisation du sol en évitant la construction d’un nouveau bâtiment, mais aussi de conserver l’identité architecturale du bâtiment d’origine. Venait ensuite la présentation de Vincent Dubillau, de l’agence ACAU. Les deux exemples qu’il a présentés étaient liés par la même volonté : rénover, restructurer, réemployer l’existant, avec une écriture contemporaine. Enfin, Loïc Mareschal, paysagiste concepteur et fondateur de Phytolab a présenté qui a travaillé sur le projet des nouveaux aménagements de la Presqu’île de Caen. En 2023, de nouvelles modélisations du GIEC ont démontré que ce site serait directement impacté par le changement climatique d’ici quelques décennies, avec des risques de submersions réguliers, lors des grandes marées. Les projets d’urbanismes et de construction en cours ont donc été stoppés. La question de l’usage du territoire s’est posée. Il a donc proposé de continuer à aménager le site, afin que les caennais continue de se l’approprier mais différemment (sans construire de nouveaux immeubles). A la clé : construction d’une promenade, poursuite des aménagements du parc maritime, et construction de divers aménagements destinés aux loisirs de la population. Le tout dans une démarche basée sur le réemploi, et la réversibilité des aménagements afin de s’adapter aux évolutions climatiques à venir, ainsi qu’à la hausse du niveau de la mer.
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