Ce vendredi 27 mars 2026, le Musée des impressionnismes de Giverny inaugure l’exposition Avant les Nymphéas. Monet découvre Giverny (1883-1890), une trentaine de toiles peintes entre l’arrivée de Claude Monet dans le village et l’achat de sa célèbre propriété.
L’exposition plonge le visiteur au cœur des années fondatrices. On y découvre un Monet encore en pleine expérimentation, capturant les paysages normands avec une sensibilité nouvelle qui annonce déjà les célèbres Nymphéas. L’œuvre emblématique Autoportrait au béret (1886) ouvre le parcours, invitant à suivre l’artiste alors qu’il transforme son regard sur la nature.
Avec « Avant les Nymphéas », le Musée des impressionnismes de Giverny propose un retour aux sources émouvant : les premières années d’installation de Claude Monet dans le village, de 1883 à 1890. Cette période décisive, encore antérieure à la création du célèbre jardin aquatique, voit l’artiste louer la maison aux volets verts et s’approprier peu à peu les paysages environnants. L’exposition réunit une trentaine de toiles peintes sur place ou à proximité immédiate, permettant aux visiteurs de contempler, dans les lieux mêmes de leur création, l’évolution du regard de Monet sur la nature normande.
Parmi les œuvres phares, on découvre le vibrant Champ de coquelicots, environs de Giverny (1885), une toile au destin singulier : retrouvée en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale et confiée à la garde des musées nationaux en 1951, elle est aujourd’hui déposée au musée des Beaux-Arts de Rouen par le musée d’Orsay. Ses touches rouges et vertes, vibrantes de lumière, capturent l’exubérance d’un champ en fleur niché dans les creux du paysage vallonné.
Tout aussi poétique, Bras de Seine à Giverny (1885, huile sur toile, 66 × 93 cm, musée Marmottan Monet) révèle la fascination de Monet pour les reflets de l’eau et les jeux de lumière sur la rivière. Les tons doux et les formes fluides annoncent déjà sa maîtrise future des atmosphères changeantes.
Le Panorama de Vernon (1886, huile sur toile, 60,3 × 79,4 cm, Chrysler Museum of Art, Norfolk) offre une vue ample et sereine sur la vallée de la Seine, où le ciel et la terre se répondent dans une harmonie subtile, typique de la période où Monet structure progressivement ses compositions.
Plus tardives dans cette décennie fondatrice, Les Meules à Giverny, soleil couchant (1888-1889, huile sur toile, 65 x 92 cm, The Museum of Modern Art, Saitama) et Les Peupliers à Giverny (1887, huile sur toile, 74 x 92,5 cm, Museum Barberini, Collection Hasso Plattner) montrent l’artiste en pleine exploration des motifs répétés et des variations lumineuses. Ces toiles préfigurent les grandes séries à venir : les meules annoncent celles de 1890-1891, tandis que les peupliers, alignés le long de l’Epte, traduisent une sensibilité nouvelle aux rythmes verticaux et aux effets du soleil couchant.
Enfin, Prairie à Giverny (1890, huile sur toile, 73 x 92 cm, Fukushima Prefectural Museum of Art) clôt presque cette période avec une vision plus ample et sereine des herbages environnants, juste avant que Monet n’achète définitivement sa propriété et ne commence à transformer radicalement le jardin.
À travers ces œuvres, l’exposition met en lumière la genèse d’un processus créatif unique : Monet expérimente, observe inlassablement les mêmes motifs sous des lumières différentes, et forge progressivement cette peinture du temps et de l’instant qui culminera avec les Nymphéas. Le parcours invite ainsi à une expérience presque immersive : voir les paysages de Giverny à travers les yeux mêmes du maître, à l’intérieur du musée comme au-dehors, dans les chemins et les prairies qu’il a tant aimés.
Claude Monet, transformer le monde visible
Claude Monet (1840-1926), maître incontesté de l’impressionnisme, est né le 14 novembre 1840 à Paris. Il passe son enfance au Havre, où la lumière changeante de la côte normande éveille très tôt sa sensibilité artistique. Adolescent, il commence par dessiner des caricatures avant de rencontrer Eugène Boudin, qui l’initie à la peinture en plein air et devient son premier véritable mentor. En 1859, il s’installe à Paris et fréquente l’atelier de Charles Gleyre, où il se lie d’amitié avec Renoir, Sisley et Bazille. Ensemble, ils révolutionnent la peinture en capturant les effets fugaces de la lumière et des atmosphères. Après des années difficiles marquées par la pauvreté et le décès de sa première épouse Camille Doncieux en 1879, Monet s’installe définitivement à Giverny en 1883. Il y loue puis achète la maison aux volets verts et y crée, avec sa seconde épouse Alice Hoschedé qu’il épouse en 1892, un jardin exceptionnel : le célèbre bassin aux nymphéas devient le cœur de son univers créatif. Obsédé par les variations infinies de la lumière, il développe ses grandes séries (Meules, Peupliers, Cathédrale de Rouen, Nymphéas) qui explorent le temps et l’instant. Atteint d’une cataracte dans ses dernières années, il continue pourtant de peindre jusqu’à sa mort, le 5 décembre 1926, à Giverny. Son œuvre, profondément ancrée dans les paysages normands, a radicalement transformé notre perception du monde visible.
L’année Monet, une programmation d’envergure
L’Année Monet 2026 ne se limite pas à Giverny. Elle s’inscrit dans une dynamique à la fois nationale et internationale, orchestrée par les institutions muséales normandes avec le soutien du ministère de la Culture et de la DRAC Normandie. Cette mobilisation collective, qui réunit divers partenaires autour d’un même objectif, réaffirme l’engagement de l’État en faveur du patrimoine artistique et des territoires.
À Paris, le Musée d’Orsay a ouvert le bal des commémorations avec Monet. Le paysage en question (7 février – 24 mai 2026), une exposition majeure qui réunit plus d’une centaine d’œuvres et interroge la place centrale du paysage dans toute la carrière de l’artiste.
À partir du 30 septembre 2026, le Musée de l’Orangerie proposera Monet, peindre le temps, une lecture inédite de l’œuvre à travers la notion de temporalité, avec près de quarante peintures issues notamment des collections d’Orsay et du musée Marmottan Monet.
En Normandie, terre natale du peintre, le parcours se déploie dans les lieux mêmes qui l’ont inspiré :
- Au MuMa – Musée d’art moderne André Malraux au Havre, Monet au Havre (5 juin – 27 septembre 2026) explore la jeunesse du peintre et ses premières œuvres en plein air.
- Aux Franciscaines à Deauville, Claude Monet, des jardins en héritage (11 juillet – 1er novembre 2026) dialogue entre peinture et photographie pour interroger l’héritage universel du jardin de Giverny.
- À Vernon, le musée Blanche Hoschedé-Monet propose une programmation originale mêlant création textile, participation collective et savoir-faire artisanaux, dans une appropriation contemporaine de l’œuvre du maître.
Normandie Impressionniste
Au cœur de cette année exceptionnelle se déploie le festival Normandie Impressionniste, exceptionnellement étendu sur une large partie de l’année (29 mai – 27 septembre 2026). Véritable temps fort transversal, il fédère musées, sites patrimoniaux et espaces publics autour d’une approche pluridisciplinaire mêlant patrimoine, création contemporaine et participation des publics. Pour cette édition spéciale, le festival place le « jardin » au centre de sa réflexion : extension contemporaine du jardin de Giverny à toute la Normandie, avec une soixantaine d’événements, installations et expositions signées par des artistes internationaux comme Ai Weiwei, Céleste Boursier-Mougenot ou Fujiko Nakaya. Découvrez toute la programmation du festival.
À travers cette programmation, Claude Monet n’est pas seulement célébré – il est réinterrogé, dans toute la richesse de son lien au paysage, au territoire et à la modernité artistique. Avec le soutien discret de la DRAC Normandie, cette mobilisation collective illustre la force d’un patrimoine partagé, capable de rassembler au-delà des divergences. En 2026, Giverny, la Normandie et la France entière invitent le public à (re)plonger dans l’univers de Monet. Une invitation à voir le monde avec ses yeux : changeant, lumineux, infiniment vivant.
L’exposition Avant les Nymphéas. Monet découvre Giverny (1883-1890) est visible jusqu’au 5 juillet 2026.
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