L’inauguration de l’exposition « Monet au Havre » s’est déroulée le vendredi 5 juin 2026 au Musée d’art moderne André Malraux (MuMa), marquant le lancement de l’un des projets phares liés au centenaire de la disparition du peintre. L'événement a rassemblé Catherine Pégard, la ministre de la Culture, et l'ancien Premier ministre et maire du Havre, Édouard Philippe, venus saluer cette programmation d'envergure internationale qui rassemble un noyau d'une vingtaine de toiles majeures de Monet, complété par des dessins, des caricatures, ainsi que des œuvres de ses mentors et amis (Boudin, Jongkind, Courbet).
Une plongée intime au creuset de l'impressionnisme
Si le grand public associe spontanément l'artiste à Giverny, c’est au Havre, entre 1845 et 1874, que son regard s'est forgé. Le parcours thématique et chronologique de l'exposition retrace ces trois décennies décisives où le jeune Oscar-Claude est devenu le chef de file de l'impressionnisme.
L'exposition met en lumière plusieurs jalons exceptionnels :
Les prémices du dessin : Ses carnets de croquis de l'été 1856, présentés pour la première fois, révèlent la maturité technique d’un adolescent de 15 ans arpentant le littoral. Ses caricatures de notables locaux complètent ce portrait d'un jeune observateur affranchi des règles académiques.
L'apprentissage du plein air : Sous l'influence d'Eugène Boudin, Monet apprend à saisir les variations de l'estuaire. L’un des moments forts de la visite reste la confrontation avec Vue prise à Rouelles (1858), sa toute première toile peinte, revenue du Japon pour être exposée là où elle a été créée.
Les réseaux de soutien : L'exposition décrypte l'écosystème local qui a porté le peintre, de son frère Léon Monet aux grands collectionneurs havrais. Le monumental Portrait de Madame Gaudibert (1868) illustre cette alliance entre l'audace du jeune artiste et les commandes de la bourgeoisie locale.
Claude Monet et Le Havre
Né à Paris en 1840, c’est au Havre, où sa famille s'installe dès 1845, que Claude Monet passe son enfance et sa jeunesse. C’est sur ce littoral normand que se joue son destin artistique.
1856 - Les caricatures : adolescent, il se fait d'abord connaître localement sous le nom d'Oscar Monet en vendant des caricatures de notables havrais chez un encadreur de la ville.
1858 - La rencontre avec Boudin : l'artiste Eugène Boudin remarque son talent et l'initie à la peinture en plein air sur la côte de Grâce et à Rouelles. Monet dira plus tard : « Mes yeux se sont ouverts et j'ai compris la nature. »
1872 - L'acte de naissance de l'Impressionnisme : après des séjours à Paris et à Londres, il revient peindre au Havre depuis la fenêtre de son hôtel sur le grand quai. Il y réaliseImpression, soleil levant, une vue du port dans la brume qui donnera, malgré elle, son nom au mouvement impressionniste lors de son exposition à Paris en 1874.
Bien qu'il se soit établi par la suite à Argenteuil puis à Giverny (où il s'éteint en 1926), Monet est resté profondément marqué par l'analyse de la lumière, des marées et des ciels de l'estuaire de la Seine.
L'excellence saluée : le label « Exposition d’intérêt national »
Cette rigueur scientifique et cette ferveur artistique ont été couronnées par le ministère de la Culture, qui a décerné à l'événement le prestigieux label « Exposition d’intérêt national ».
En accordant ce label, l’État salue un travail de recherche exceptionnel et une politique d'ouverture chaleureuse envers tous les publics. Grâce à des prêts prestigieux issus de la National Gallery de Washington, du musée d'Orsay ou de collections privées de descendants de l'artiste, l'exposition réussit le tour de force d'être à la fois un événement de portée internationale et une fête de proximité.
Normandie Impressionniste et le contrepoint contemporain d'Ai Weiwei
Cette célébration s'illumine d'un éclat supplémentaire en s'inscrivant au cœur de Normandie Impressionniste 2026. Plus qu'une commémoration nostalgique, le festival prouve cet été que l'audace de Monet est une énergie toujours vivante. C'est dans cet esprit de liberté qu'intervient le contrepoint contemporain le plus saisissant de l'exposition : l'invitation faite à l'artiste international Ai Weiwei.
En ouverture et en clôture de l'exposition, Ai Weiwei déploie pour la première fois en France ses monumentales installations Water Lilies #1 et #2. Longues de plus de 15 mètres, elles réinterprètent les mythiques Nymphéas à l'aide de 650 000 briques de LEGO® colorées.
Ce choix d'un matériau pop et industriel crée un choc visuel joyeux et fascinant, tout en portant une charge émotionnelle bouleversante. C'est un hommage poignant au père de l'artiste, le poète Ai Qing, qui avait étudié à Paris et s'était passionné pour l'impressionnisme avant d'être persécuté en Chine. Ces œuvres monumentales entament une conversation poétique avec la toile historique des Nymphéas (1904) que Monet avait personnellement offerte au Havre en 1910.
Le MuMa, un passeur d'émotions pures
Cette aventure humaine et artistique est le fruit de la vision de Géraldine Lefebvre, directrice du MuMa et commissaire en chef. Spécialiste incontestée des années havraises du peintre, elle livre un projet colossal, cosigné pour le volet contemporain avec Philippe Platel, directeur du festival Normandie Impressionniste.
Le MuMa (Musée d’art moderne André Malraux), fondé en 1961, est un chef-d'œuvre d'architecture moderniste, tout en transparence de verre et d'acier, placé entre la mer, les nuages et le vent.
Contempler les premières œuvres de Monet tout en apercevant, à travers les grandes baies vitrées, les paquebots traverser l'estuaire…
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