En inauguration du festival des arts numériques ]Interstice[ (le 6 mai au Quartier Lorge) une dynamique inédite s’empare de la création artistique au sein du pôle régional de création artistique en environnement numérique. Ce réseau interrégional, tissé entre la Normandie, la Bretagne et les Pays de la Loire, ne se contente pas de soutenir la création : il invente un écosystème où l’accompagnement des artistes et la solidarité entre structures dessinent le futur de nos paysages technologiques : Ambivalences, un dispositif de soutien à la création artistique numérique et d'accompagnement des jeunes artistes sortis des écoles d'art.
Les pôles régionaux de création artistique en environnement numérique
Loin d'être un simple label administratif, le Pôle régional de création artistique en environnement numérique est l'un des fruits de la stratégie nationale déployée par le ministère de la Culture depuis 2024. Cette politique volontariste vise à structurer les écosystèmes locaux pour que la France reste une terre de souveraineté artistique face aux géants technologiques. À l'échelle nationale, la Direction générale de la création artistique (DGCA) pilote cette stratégie en définissant les cadres juridiques et financiers qui permettent aux artistes de s'approprier les outils de demain. Sur le terrain, ce sont les Directions régionales des affaires culturelles (DRAC) qui assurent la mise en œuvre de cette ambition en identifiant et en soutenant des structures pivots capables de fédérer un territoire. En instaurant ces pôles, l'État ne se contente plus de financer des œuvres isolées ; il pérennise une chaîne complète allant de la recherche à la diffusion, garantissant que l'innovation reste au service du sens et de la diversité culturelle.
Ambivalences
Ambivalences est un programme commun de soutien à la création numérique porté par le pôle régional de création en environnement numérique.
Ambivalences soutient d’une part la création artistique en environnement numérique et sa diffusion au sein d’un écosystème interrégional par un appel à projets annuel et d’autre part la création émergente en accompagnant chaque année trois à quatre jeunes artistes diplômés d’une école du territoire normand.
Ambivalences s’inscrit dans une politique nationale de structuration des écosystèmes de la création artistique en environnement numérique portée par le Ministère de la Culture depuis 2024 dans cinq régions pilotes : Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Normandie, Pays de la Loire et Provence-Alpes-Côte d’Azur
Une alliance territoriale face aux défis de demain
Depuis plus d'une décennie, des structures emblématiques à Nantes, Rennes et Caen explorent les zones de friction entre art et technologie. Aujourd'hui, elles unissent leurs forces pour répondre à un enjeu majeur : structurer la création numérique à l'échelle nationale. Au cœur de cette machine, on trouve trois piliers complémentaires.
D’abord Stereolux à Nantes, une scène hybride où l’on croise aussi bien des concerts que les installations immersives du festival Scopitone. L’association Electroni[k] à Rennes apporte, de son côté, sa science de la médiation et son goût pour la recherche artistique à travers le festival Maintenant. Enfin, à Caen, la Station Mir et le collectif Oblique·s incarnent l’esprit d’expérimentation pure. Soutenu par le ministère de la Culture, ce réseau refuse la centralisation pour mieux irriguer nos régions et accompagner les œuvres du premier jet de l'écriture jusqu'à leur présentation publique.
INTERSTICE]NOVA[
Du 6 au 10 mai, la 20e édition du festival d'art numérique inaugure le format interstice]NOVA[, un volet entièrement dédié aux rencontres entre arts, sciences et technologies. Le festival expose et devient le miroir des projets accompagnés par le dispositif Ambivalences. Au sein du Pôle culturel Lorge et divers lieux culturels de la ville de Caen, le public est invité à découvrir des œuvres nées de résidences intensives, où l'expérimentation prime sur le produit fini. C’est ici, entre cinq expositions et trois soirées de performances, que se dessine le futur de la scène numérique.
Des artistes au scalpel du réel
L'appel à projets lancé au printemps dernier a témoigné d'une incroyable vitalité avec plus de cent candidatures. Parmi elles, quatre lauréats ont été choisis pour leur capacité à disséquer notre rapport aux machines. Ismaël Joffroy Chandoutis, déjà lauréat d'un César, délaisse un temps le documentaire pur pour s'emparer du moteur de jeu vidéo. Avec son projet Rewild, il nous force à observer comment la technologie transforme radicalement le paysage agricole.
Dans un registre plus organique, Yosra Mojtahedi explore ce qu'elle nomme l'alchimie charnelle. Son œuvre Eve mobilise la "soft robotique" pour donner naissance à des formes hybrides qui semblent respirer, troublant la frontière entre le vivant et l'artificiel.
Le duo Émilie Brout & Maxime Marion, figures incontournables de la scène post-internet, s'immerge quant à lui dans l'univers du VTubing pour analyser la construction de nos identités virtuelles.
Enfin, Adelin Schweitzer s'attaque aux mythes modernes à travers une performance immersive qui détourne avec une ironie mordante les discours prophétiques de la Silicon Valley. Ces artistes ne produisent pas seulement des images ; ils construisent des outils critiques pour comprendre notre époque.
Cultiver la relève et l'engagement
Mais Ambivalences est aussi une passerelle vitale pour ceux qui viennent de quitter les bancs de l'école. En intégrant des artistes émergents comme Lorène Plé, Lukas Persyn, Jingqi Yuan, Ambre Charpagne, Baptiste Leroux ou Kell, le programme remplit une mission de compagnonnage essentielle. Pendant un an, ces jeunes créateurs bénéficient d'un accès privilégié à des résidences techniques et à un réseau professionnel solide, transformant le saut souvent brutal après le diplôme en une insertion sécurisée dans le monde de l'art.
Pour clore la journée d'ouverture en beauté, la scène laissera place aux vibrations du collectif Magma. Originaires du Havre, ces activistes de la culture électronique ne se contentent pas de faire danser ; ils portent une voix politique forte pour la représentativité des femmes et des minorités derrière les platines. Leur présence symbolise parfaitement l'esprit d'Ambivalences : une création numérique qui n'oublie jamais d'être humaine, inclusive et profondément ancrée dans les enjeux de son temps. À Caen, ce 6 mai, l'architecture du futur devient enfin visible.
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