Soutenue par la DRAC Normandie, en partenariat avec la Région Normandie, dans le cadre du dispositif Splash porté par le réseau d'art contemporain RN13BIS, cette exposition s'inscrivait dans une dynamique affirmée de soutien à la création contemporaine sur le territoire.
Deux voix pour une origine du monde
Au cœur de l'exposition d'Agathe Simon, L'Attraction céleste, triptyque vidéo d'une quinzaine de minutes tourné dans les paysages arides de la cordillère des Andes en Argentine, a proposé une approche non linéaire du récit, deux voix s'y répondant et s'entrelaçant : celle d'une cosmologue, partant à la recherche des traces de la naissance de l'univers depuis un observatoire de haute altitude, le télescope QUBIC, et celle d'une éleveuse de lamas, gardant le regard ancré vers la terre, traversée par une double appartenance — la foi chrétienne et la Pachamama.
Dans l'espace d'exposition, une seconde strate est venue déplacer l'expérience : une connexion en direct avec ce même télescope, installé à Alto Chorrillos, à 5 000 mètres d'altitude, créant un glissement inattendu de l'Orne aux Andes, entre représentation et réel, de l'exposition à l'observation scientifique en cours. À l'inverse du triptyque vidéo, à la colorimétrie volontairement désaturée, l'image du télescope, non retouchée, imposait ainsi une réalité lumineuse, presque aveuglante.
De nouvelles expérimentations plastiques
Autour du film, l'exposition a déployé deux ensembles plastiques inédits dans le travail de l'artiste, rendus possibles grâce au soutien du dispositif Splash.
Une série de six tableaux sur fond noir, intitulée Hypothèses de création, rassemblait des fragments de schémas antiques, données scientifiques et citations philosophiques autour des notions de croyance, de connaissance et de temporalité, faisant apparaître, par strates, différentes tentatives humaines de donner forme aux probabilités de l'inconnu.
Trois sculptures en céramique, réalisées techniquement par un artisan local, prolongeaient cette réflexion en s'inspirant des spéculations scientifiques les plus probables pour la fin de l'univers. Trois formes possibles de disparition du monde — oblongue, évasée, conique — matérialisaient ces scénarios, pensés comme un espace de recherche ouvert où les pièces fragiles, fissurées ou incomplètes venaient s'intégrer comme autant d'hypothèses en tension.
Une écriture en prolongement
En retrait de l'exposition, un autre triptyque vidéo présentait l'artiste dans le bocage ornais, recluse dans une cabane, en situation d'écriture, dressant un portrait en « philagnoste », néologisme que l'artiste définit comme « l'amour de l'inconnu ».
Cette pratique d'écriture méditative quotidienne a nourri la carte blanche qu'Agathe Simon a livrée au Festival Interstice, à l'occasion de ses vingt ans (6-10 mai 2026, Caen). Dans le prolongement des questionnements développés dans Ex Nihilo, sa contribution porte sur les relations entre art, science et construction des récits de connaissance ; elle paraîtra dans l'ouvrage collectif du festival, aux éditions Les Presses du réel.
Des projets en cours à l'international et en Normandie
Agathe Simon poursuit le développement de Comme une ombre, dispositif performatif interdisciplinaire conçu pour le Stockholm Saxophone Quartet, avec une seconde résidence de création aux studios EMS de Stockholm prévue en septembre 2026, après une première résidence en février-mars. Le projet est soutenu par le Swedish Arts Council et l'Institut Goethe.
Pensée comme une fiction spéculative située en 2031, l'œuvre met en scène quatre saxophonistes contraints à la clandestinité sous un régime autoritaire fictif, répétant dans un sous-sol en vue d'un concert interdit. À travers ce récit, Agathe Simon interroge la capacité de l'art à produire des espaces de résistance symbolique face aux dérives politiques et aux atteintes aux libertés fondamentales. La première de Comme une ombre est prévue en 2027 à La Générale, à Paris, suivie de présentations en Normandie et en Suède, notamment à Stockholm.
Parallèlement, Agathe Simon développe dans le bocage ornais le tournage de son film de fiction participatif La Bouineuse, avec une équipe d'environ 70 amateurs. Cette commande émane du pôle de coopération du bocage ornais et est financée par la DRAC Normandie et la Région Normandie.
De nombreux soutiens
Ce projet a été soutenu par le CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée), la DRAC Île-de-France (Ministère de la Culture), l'ADAGP et le dispositif Splash porté par RN13BIS — art contemporain en Normandie — grâce au soutien de la DRAC Normandie et de le conseil régional de Normandie. Il a été développé dans le cadre de l'Atelier Documentaire 2022 de La Fémis.
Il a également été développé en partenariat avec le laboratoire AstroParticule & Cosmologie (APC), piloté par l'Université de Paris, le CNRS, le DIM-Origines de la Région Île-de-France et l'ANR, ainsi que, en Italie, l'INFN, et en Argentine, l'Institut de technologie en détection et astroparticules (ITeDA), piloté par le Commissariat national de l'énergie atomique (CNEA), le Conseil national de la recherche scientifique et technique (CONICET), l'Université de San Martín (UNSAM) et l'UTN Mendoza.
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