Les cathédrales, les monuments historiques, les écoles, les salles de spectacle et les artistes en ont bénéficié. Deux chantiers en sont devenus emblématiques : l'abbatiale Saint-Ouen de Rouen et la galerie Nord du cloître de l'abbaye de Saint-Wandrille. Ces crédits d'urgence ont prolongé une mission que la DRAC Normandie exerce toute l'année : veiller, accompagner et transmettre.
Le Plan de relance en Normandie : une impulsion européenne pour un soutien pérenne au patrimoine
Face à la crise sanitaire, l'État a d'abord mis en place des mesures d'urgence, puis un plan de relance. Le 16 mars 2021, la préfecture de région et la DRAC Normandie en ont annoncé le détail pour la culture : près de 18 millions d'euros répartis selon cinq priorités. La première était la restauration du patrimoine, une des principales missions de la DRAC. Le plan avait une double ambition. Il devait soutenir l'activité des entreprises et des métiers d'art, c'est-à-dire charpentiers, tailleurs de pierre, sculpteurs, maîtres verriers et couvreurs, dont les savoir-faire rares se transmettent de chantier en chantier. Il devait aussi garantir la préservation durable de monuments fragilisés.
Le patrimoine a ainsi reçu l'essentiel des crédits, selon plusieurs axes :
- Le plan cathédrales (4,6 M€) : restauration des verrières et du transept de Notre-Dame de Bayeux (835 000 €), des bas-côtés de Notre-Dame de Coutances (2 M€) et, à Notre-Dame de Rouen, recoupement des combles et restauration de la flèche (1,76 M€).
- Les monuments historiques n'appartenant pas à l'État (3,9 M€) : restauration générale de l'église Saint-Ouen de Rouen, le cloître de l'abbaye de Saint Wandrille (300 000 €) et des couvertures du manoir de Courboyer (420 000 €).
- Les monuments nationaux (2 M€) : façades et toitures de la Merveille du Mont-Saint-Michel et chambre de l'évêque du château de Carrouges (1 M€ chacun), tous deux gérés par le Centre des monuments nationaux.
- Les autres équipements patrimoniaux (200 000 €) : rénovation d'ensemble du Muséum du Havre, le musée d'Arromanches également.
Le plan a aussi financé la réhabilitation des ateliers de l'École nationale supérieure d'architecture de Normandie à Rouen (4,4 M€). Il a soutenu des équipements culturels par un fonds de transition écologique, par exemple la salle Cabourg de l'Opéra de Rouen Normandie (150 000 €), le monte-charge du Théâtre de Caen (100 000 €), l'Archipel de Granville (119 800 €), le dôme itinérant de la Scène nationale de Dieppe (50 000 €) et les gradins du pôle cirque de La Brèche (80 000 €). Plus de 2,6 millions d'euros ont relancé la programmation du spectacle vivant, hors musique et musical.
Dans la lettre de ce plan, la culture est demeuré une priorité de l'État de manière durable.
Zooms sur deux opérations
Saint-Ouen de Rouen : le sauvetage d'un géant du gothique rayonnant
L'abbatiale Saint-Ouen mesure 137 mètres de long. Elle est surmontée d'une tour couronnée et coiffée d'une charpente médiévale surnommée « la forêt ». Elle a dû fermer en 2020 : des désordres structurels faisaient craindre des chutes de pierres.
Le chantier, estimé à 20 millions d'euros au lancement, a finalement coûté environ 26 millions d'euros. L'État s'y est engagé à hauteur de 10 millions d'euros, soit 50 % du budget initial, au titre du Plan de relance.
La Ville de Rouen, propriétaire et maître d'ouvrage, l'a porté avec la Métropole Rouen Normandie, le Département de la Seine-Maritime et la Région Normandie. Les architectes en chef des Monuments historiques Charlotte Hubert et Lise Hémard ont assuré la maîtrise d'œuvre, et la DRAC le contrôle scientifique et technique.
Entre juillet 2021 et la réouverture de septembre 2025, les équipes ont restauré les charpentes, les couvertures et les maçonneries. Elles ont aussi remis en état les vitraux, dont la rose du transept sud et ses 707 pièces de verre. Pendant quatre ans, ce chantier a occupé compagnons et artisans qualifiés, dans un dialogue constant entre l'État et la Ville.
Saint-Wandrille : la renaissance de la galerie Nord du cloître
Fondée en 649, l'abbaye bénédictine de Saint-Wandrille, à Rives-en-Seine, appartient à la congrégation de Solesmes. Dom Jean-Charles Nault y dirige la communauté depuis 2009. Son cloître gothique est l'un des deux seuls cloîtres complets de Normandie. L'humidité l'avait fragilisé : les moines ont donc engagé sa restauration par étapes, au rythme des financements disponibles.
La galerie Nord correspondait à la tranche conditionnelle 2 de l'opération, évaluée à 959 274 euros. La subvention de la DRAC au titre du Plan de relance, engagée dès 2020, s'est élevé à 383 710 euros, soit 40 % du coût.
Sous la direction de Pierre Bortolussi, architecte en chef des Monuments historiques, les équipes ont restitué les parements, les pinacles, les parapets ajourés et les riches décors sculptés. Elles ont aussi restauré les voûtes gothiques des XIVᵉ-XVIᵉ siècles pour rendre à la galerie son intégrité architecturale. Les quatre galeries du cloître ont été restaurées pour 2,6 millions d'euros, dont environ 1 million d'euros de participation de la DRAC pour trois d'entre elles.
La mission continue de la DRAC Normandie
Le Plan de relance a donné un élan, mais il n'a pas remplacé la mission permanente de l'État. À Rouen comme à Saint-Wandrille, la DRAC Normandie accompagne les monuments avant, pendant et après les grands chantiers. Elle privilégie aujourd'hui la conservation préventive : un entretien régulier, des couvertures étanches et un suivi attentif des désordres évitent les restaurations lourdes. C'est ainsi que l'engagement de l'État permet de transmettre ces monuments aux générations futures.
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