C’est un savoir-faire qui remonte au moins au bas Moyen Âge : l'affouage est une pratique de coupe de bois à des fins domestiques, prisée en zone rurale et de montagne, notamment au sein des « communaux » de village. Elle s’est créée à une période où les populations locales revendiquaient auprès des seigneurs des droits d'usage collectifs pour répondre à leurs besoins indispensables de subsistance. Et son appellation elle-même en garde la mémoire : le terme « affouage » est à rattacher au mot « feu » (foyer), nécessaire au chauffage et à la cuisine.
Récolter le bois en respectant la forêt
Comment devient-on affouagiste ? On le devient si on le souhaite et sans être propriétaire forestier, par le fait d'habiter de manière réelle et fixe un village possédant une forêt dite « sectionale ». Il s’agit d’un régime d’administration collective spécifique aux seuls habitants du village et non à la commune dans laquelle il s’insère (les communes peuvent mettre en place l'affouage mais un nombre trop élevé d'habitants est moins propice à sa mise en œuvre). L'affouage est alors supervisé par le conseil municipal et l'Office national des forêts (ONF). Ailleurs, il résulte des usages locaux ou de droits issus de titres anciens.
S’il est en théorie possible de couper le bois tout l’année, en pratique les affouagistes, soucieux d'avoir le meilleur combustible de chauffage possible, choisissent les périodes les plus favorables. Ainsi, on coupe avant la montée de la feuille (pour des raisons de sécurité et de visibilité), tout en tenant compte de la lunaison (qui agit sur la circulation de la sève). On laisse les bûches au sol en vrac l’hiver, exposées au gel et à l’eau pour bien les aérer et les sécher : on ne consomme en effet jamais le bois qui vient d’être coupé car il dégagerait trop d’humidité lors de combustion, et cela permet d’assurer un stock d’avance.
Une pratique collective
L'affouage maintient un lien social puisqu'il se pratique en équipe et par étapes : déterminer le mode d'exploitation (coupe par soi-même ou par délégation à un entrepreneur), lister les affouagistes, marquer d’un numéro les arbres à couper (délivrés au préalable par l’ONF) afin d’individualiser les lots, les tirer au sort puis couper et évacuer les bois. C'est un apprentissage à l'adaptabilité, au travail soigné de la coupe jusqu’au stockage final des bûches en parfaite stabilité. Au sein de cette école de la patience, l'individu agit en acteur responsable de sa communauté. Il ne peut pas faire commerce du bois et il se plie à un rituel collectif fait de gestes et tâches simples qui génèrent de l'entraide, sans distinction d'âge, de catégorie socio-professionnelle ou encore de genre. Source d'activité physique, de bien-être mental et de convivialité, l’affouage se termine souvent par un repas partagé.
Pérenniser la ressource forestière
Pour assurer la continuité de la pratique et la pérennité de la ressource forestière, les échanges de connaissances entre affouagistes sont constants : savoir abattre et diriger la chute d'un arbre sans abîmer les tiges voisines ou les jeunes plants, savoir utiliser une tronçonneuse en toute sécurité et en affûter la chaîne, connaître les périodes favorables à la coupe et au séchage des bûches pour une combustion optimale… Ces connaissances sont transmises oralement ou par écrit (des guides ou règlement d’affouage sont parfois rédigés), mais elles sont surtout acquises par l’expérience régulière. Elles se transmettent de générations en générations au sein des familles du village ou entre voisins par affinités. Elles sont aussi transmises de manière spécifique aux nouveaux arrivants du village.
L'affouage a été inclus à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel en 2025.
Alain Levet, affouagiste et membre d'une commission syndicale en Lozère ; Jean-François Joye, enseignant-chercheur à l’université Savoie Mont Blanc.
Les différentes étapes de l'affouage : préparation (atelier avec des affouagistes de la forêt sectionale de Cheylard l’Évêque, un représentant de l’ONF et des membres de l’UICN) ; allotissement puis mesure des troncs (massif de Mercoire, forêt sectionale de Cheylard l’Évêque, Lozère) ; coupe puis attente de chargement des bûches (forêt sectionale de Cheylard l’Évêque) ; tas de branches laissées volontairement par les affouagistes (forêt sectionale de Mourex, Ain) et enfin bois d'affouage trié et rangé.
Crédits : Olivier Hymas 2022 et 2024 ; Olivier Chavanon 2023 ; Alain Levet 2026.
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