Ces danses de société nées au tournant du 19e siècle sont issues de la recréation par les populations originaires d’Afrique, mises en esclavage sur l’île, du quadrille français alors en vogue et pratiqué par les colons. Elles en gardent la structure - un carré de deux ou quatre couples de danseurs qui enchaînent plusieurs figures - mais l’enrichissent de transformations rythmiques, vocales et chorégraphiques originales. Elles sont pratiquées et transmises lors des nombreux balakadri (bals) hebdomadaires qui débutent par le traditionnel Kavalyé O Dam (cavaliers aux dames !).
Répertoire et variations
Selon que l’on se trouve sur Grande Terre, Basse Terre ou Marie-Galante, les formes des quadrilles créoles diffèrent : au commandement (animés par un commandeur ou une commandeuse dont la voix guide les pas), ou sans (on dit en ce cas quadrille à la repriz) ; en carrés de quatre couples ou bien de deux alignés côte à côte ; au son de l’accordéon ou à celui du violon, l’un comme l’autre soutenus par les percussions du tanboudibass, les raclements du siyak, les frappements du tibois et les grelots du chacha. Pour le danser, on s’habille généralement en robe longue et coiffées d’un madras pour les femmes, en costume et chapeau pour les hommes, car le quadrille est synonyme d’élégance et de séduction. C’est aussi un espace de sociabilisation, pour un peuple qui a jadis trouvé dans cette pratique culturelle un moyen d‘affirmer sa créativité et son identité.
Un souffle de jeunesse
Les quadrilles guadeloupéens ont été délaissés par les jeunes à compter des années 1970. Ils ont continué à vivre grâce aux plus âgés, très attachés à cette tradition et ils retrouvent depuis quelques années un élan collectif, grâce à de nouveaux adeptes qui sont séduits par les valeurs véhiculées. Les danses sont redynamisées par l’initiation des enfants dans les écoles, par l’organisation de manifestations festives, ou par des réinventions dans des créations chorégraphiques (« Cercle égal demi-cercle au carré », compagnie Difé Kako).
Les quadrilles créoles de Guadeloupe ont été inclus à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel en 2025.
Isabelle Calabre, rédactrice culture spécialisée en danse, consultante et chercheuse.
Partout en Guadeloupe, des associations rassemblent danseurs et musiciens de quadrille.
Crédits : photos Difé Kako et Jacques Miat.
Chants, savoir-faire, jeux, fêtes... découvrez près de chez vous un patrimoine vivant et en perpétuel renouvellement : Vivre le patrimoine culturel immatériel.
Partager la page





