L'édition 2026 du festival Les Femmes s’exposent s'inscrit dans un contexte historique tout particulier : le bicentenaire de la photographie. C'est en effet en 1826 que l'inventeur français Nicéphore Niépce réalise Le Point de vue du Gras, universellement reconnu comme la toute première photographie de l'histoire (une héliographie sur une plaque d'étain nécessitant plusieurs heures de pose).
Deux siècles plus tard, le festival Les Femmes S'Exposent saisit cette occasion symbolique non pas pour se tourner vers le passé avec nostalgie, mais pour interroger notre relation contemporaine à l'image.
À travers onze expositions en extérieur, accessibles gratuitement à tous dans l'espace public, l'édition 2026 explore les métamorphoses du vivant, les dérèglements climatiques, les coulisses de la mondialisation et les zones de fracture ou de résilience.
Le monde en face : Les temps forts de la programmation 2026
Le parcours d'expositions guide les visiteurs de la plage aux ruelles de Houlgate, à la rencontre de récits visuels percutants.
Sophie Paulin – Une fenêtre sur l’Univers (Place de l’Église Saint-Aubin) : Cette jeune ingénieure informatique s'est imposée en moins de trois ans dans le monde très masculin de l'astrophotographie. Entre rigueur et poésie visuelle, elle capture des galaxies et des nébuleuses (dont elle a co-découvert un exemplaire, la RebPau1) situées à des millions d'années-lumière.
Chiara Negrello – Au-dessus des champs (Plage) : La photographe documentaire italienne s'est immergée dans le delta du Mékong au Vietnam, où l'intelligence artificielle et les drones remplacent désormais les paysans courbés dans les rizières. Un virage technologique saisissant entre promesse de durabilité et mirage écologique.
Urgence écologique et coût caché de la mondialisation
Véronique de Viguerie – Le mirage vert (Plage) : Lauréate de la bourse Le climat en images (soutenue par le ministère de la Culture et la DRAC Normandie), la célèbre photoreporter livre une satire visuelle des Émirats arabes unis. Entre pistes de ski intérieures climatisées et parcs verdoyants en plein désert, elle interroge nos propres contradictions écologiques.
Daniela Sala – Le coût caché de la douceur (Plage) : Une enquête environnementale implacable sur l'industrie du cachemire en Mongolie. La démocratisation de cette fibre de luxe a poussé les éleveurs à multiplier les troupeaux, entraînant la désertification de 76 % des steppes du pays.
Marie Magnin – Grande Eau (Rue Féral) : Le lac Léman se réchauffe quatre à cinq fois plus vite que les océans. Marie Magnin nous plonge dans les entrailles de la plus grande réserve d'eau douce d'Europe occidentale pour documenter l'invasion de la moule quagga et le déséquilibre de tout un écosystème.
Identités, mémoires et espaces de paix
Louisa Ben – Si Dios Quiere (Rue Armengaud) : Lauréate de la bourse de création émergente, elle a posé son regard sur Buenaventura (Colombie), une ville portuaire gangrénée par le trafic de cocaïne. Elle y a photographié les adolescents du quartier La Playita, qui tentent de faire grandir un espace de paix malgré la violence environnante.
Olympia de Maismont – Les mains du cuir (Place de l’Église Saint-Aubin) : Basée à Lagos pour l'AFP, elle documente le travail séculaire des tanneurs traditionnels de Kano au Nigeria. Une filière brute indispensable aux maisons de luxe européennes qui étiquetteront ensuite ces produits "Made in Italy" ou "Made in France", effaçant le geste initial africain.
Cooper & Gorfer – Utopia - Between these folded walls (Rue d’Axbridge) : Ce duo américano-autrichien fusionne photographie, textile et collage. En collaboration avec de jeunes femmes victimes de migrations forcées, elles mettent en scène des portraits théâtraux et texturés, transformant ces femmes en déesses de mondes imaginaires.
Flore Prébay – Onirique (Plage) : À la frontière de la photographie et de la peinture, cette plasticienne retravaille ses images à l'aquarelle pour capturer la vulnérabilité du réel et la mélancolie des corps en mouvement.
Houlgate comme terrain de jeu : La résidence d'artiste
Chaque année, le festival invite une photographe à poser ses valises à Houlgate. En 2026, c'est Anne-Lou Buzot qui présente La théorie de l’horizon incliné (sur la plage).
Spécialiste des procédés photochimiques, elle a mené l'enquête sur une mystérieuse "Société de l'horizon incliné" qui, depuis le XIXe siècle, documente le fait que l'horizon marin ne serait pas tout à fait droit sur les photos de la côte normande. Une fiction poétique construite à partir de fausses archives locales qui questionne avec humour le statut de "preuve" de l'image.
Former les regards : Les projets pédagogiques
Parce que lire une image est devenu une nécessité citoyenne, le festival déploie deux volets éducatifs majeurs (exposés au Square Debussy) :
- Regards en construction : À l'occasion du bicentenaire de la photographie, les élèves de l'école de Houlgate ont exploré 200 ans de techniques (de Niépce aux drones d'Axelle de Russé), créant même leurs propres images et détournements.
- Drone de vie : Les jeunes du centre CPCV de Houlgate ont collaboré avec Catalina Martin-Chico et Axelle de Russé pour concevoir un roman-photo satirique sous forme de bande dessinée, entièrement capturé grâce à un drone.
La DRAC Normandie cofinance directement des dispositifs majeurs qui permettent aux photographes de développer des projets ambitieux au long cours :
- La Bourse « Le climat en images » : Ce soutien (conjoint avec le ministère de la Culture) a permis à la photoreporter Véronique de Viguerie de réaliser son enquête exclusive « Le mirage vert » aux Émirats arabes unis.
- La Bourse « Résidence à Houlgate » : Également soutenue par la DRAC, cette bourse offre chaque année à une artiste les moyens financiers (6 000 €) et logistiques de s'immerger en Normandie pour créer un projet unique, à l'image du travail d'Anne-Lou Buzot cette année sur « La théorie de l’horizon incliné ».
Partager la page