C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris la disparition de Georg Baselitz, l’une des figures majeures de l’art du XXème siècle.
Peintre et sculpteur d’une radicalité rare, il n’a cessé de faire de son œuvre un acte de liberté, arraché aux fractures de l’histoire européenne. Né en 1938 en Allemagne, il porta toute sa vie la mémoire d’un continent brisé, et fit de cette mémoire la source de sa création.
Formé entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, Georg Baselitz choisit très tôt la dissidence esthétique. Refusant les orthodoxies, il s’écarta des courants dominants pour inventer un langage propre, nourri de tensions, d’héritages fragmentés et d’une quête incessante de l’origine.
En 1969, son geste décisif — peindre à l’envers — bouleversa durablement le regard, libérant la peinture de l’emprise de la représentation pour en révéler la force primitive. Figures blessées, paysages retournés, sculptures taillées dans le bois brut : toute son œuvre témoigne d’une volonté de recommencer, de creuser. Sculpteur autant que peintre, il contribua à refonder la peinture européenne d’après-guerre.
La France et ses artistes entretenaient avec Georg Baselitz un dialogue profond et fidèle. Son admission, en octobre 2021, à l’Académie des beaux-arts en qualité de membre associé étranger, consacrait ce lien et saluait l’ampleur d’une œuvre qui dépasse les frontières.
J’adresse à sa famille, à ses proches, ainsi qu’à toutes celles et tous ceux que ses créations ont un jour bouleversés, mes condoléances les plus sincères. Avec sa disparition, l’Europe perd un artiste qui n’a jamais cessé de chercher, d’interroger et de créer, et dont l’œuvre continuera de nous questionner, avec force et vérité.