Chaque année, le label "Exposition d'intérêt national" délivré par le ministère de la Culture distingue les projets muséographiques exemplaires : rigueur scientifique, richesse des collections et capacité à faire vivre le patrimoine auprès du plus large public. Réservé aux musées de France, il récompense l’engagement des équipes et la pertinence des partenariats. De brume et de bris incarne pleinement ces critères en croisant regards d’archéologues, d’historiens et de témoins de l’archipel, pour explorer les liens profonds qui unissent les hommes à la mer.
Une autre histoire de la grande pêche morutière
Dix ans après l’exposition de référence Terre Neuve / Terre Neuvas, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), Les Pêcheries, musée de Fécamp et L’Arche (musée et archives de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon) proposent une immersion sensible au large de cet archipel français d’Amérique du Nord.
L’exposition choisit un angle volontairement resserré : les naufrages survenus dans les eaux dangereuses de Saint-Pierre-et-Miquelon, principale destination des terre-neuviers.
À travers plus de 1600 naufrages répertoriés depuis 1790, elle raconte le quotidien des marins de tous horizons – normands, bretons, basques, portugais, canadiens ou américains – confrontés à la brume, aux tempêtes, à la glace et aux courants traîtres. Elle évoque les pertes humaines, l’angoisse des familles dans les ports métropolitains comme à Saint-Pierre, les pertes financières pour les armateurs, mais aussi l’ingéniosité des habitants de l’archipel qui, sur un territoire isolé, transformaient les épaves en ressources précieuses : bois, mobilier, cargaisons réemployés avec une remarquable capacité d’adaptation.
Un parcours en cinq temps
Le visiteur est guidé de l’activité portuaire intense du XIXe et du début du XXe siècles jusqu’à la « seconde vie » des épaves.
- Le monde est à Saint-Pierre – Un carrefour cosmopolite où goélettes, trois-mâts et chalutiers du monde entier se croisaient dans la passe du Nordet ou s’abritaient dans le Barachois.
- Des conditions de navigation difficiles – Brume persistante, vents violents, hauts-fonds et courants changeants : un environnement implacable que les phares, la Société des Œuvres de mer et les navires d’assistance tentaient d’apprivoiser.
- Des naufrages par centaines – Bilan tragique : environ 2 % de décès par campagne, avec un pic estival.
- Les naufrages documentés par l’archéologie – Les campagnes du Drassm (2017-2023) révèlent, grâce à un inventaire systématique et à des fouilles sous-marines, le potentiel exceptionnel de l’archipel.
- Après le naufrage, la seconde vie des épaves – Du drame à la ressource : récupération, réemploi et parfois pillage, avant la prise en charge patrimoniale par l’État.
Des collections exceptionnelles – maquettes, photographies d’époque, instruments de navigation, objets archéologiques issus de naufrages, œuvres d’art – dialoguent avec un montage audiovisuel consacré aux campagnes du Drassm et des dispositifs sonores qui donnent la parole aux habitants de l’archipel (partenariat avec L’Arche et Saint-Pierre-et-Miquelon la 1ère). Parmi les pièces emblématiques figure la photographie de Michaël Dhoste, Naufrage de la Paulette – Côte Est, Île aux chiens, 24 décembre 1902, prêtée par le Musée d’ethnographie de l’Université de Bordeaux.
Le Drassm, acteur central
Créé en 1966 par André Malraux, premier service public mondial dédié au patrimoine culturel immergé, le Drassm (service à compétence nationale du ministère de la Culture) a piloté et largement contribué à cette exposition.
Ses recherches menées entre 2017 et 2023, avec le soutien logistique de l’État sur place et des habitants, sont au cœur du projet. L’exposition devient ainsi un véritable espace de médiation scientifique : méthodes de prospection, sondage, documentation et conservation y sont expliquées de manière claire et accessible.
Une exposition interactive et inclusive
Quatre modules de médiation originaux permettent à tous les publics de se glisser dans la peau d’un chercheur :
- Xylologie : identifier l’essence des bois (chêne, cèdre…) pour déterminer l’origine d’un navire.
- Éveil des petits chercheurs (2-5 ans) : exploration sensorielle des essences locales.
- Inventaire archéologique : manipulation d’outils de précision pour documenter des objets.
Un dialogue transatlantique
Présentée d’abord à Fécamp, l’exposition rejoindra ensuite L’Arche à Saint-Pierre-et-Miquelon, créant un pont vivant entre les deux rives de l’Atlantique.
À ne pas manquer lors de la Nuit des Musées le 23 mai 2026 !
Les expositions labellisées d’intérêt national dans les musées de nos territoires sont des rendez-vous rares qui allient exigence scientifique et émotion.
De brume et de bris en est la plus belle illustration : une plongée sensible et documentée dans l’épopée de la grande pêche, où la mer, tour à tour nourricière et impitoyable, révèle toute sa puissance et toute sa poésie.
Venez découvrir, aux Pêcheries de Fécamp, ces merveilles souvent cachées qui font la richesse de notre patrimoine maritime partagé.
L’exposition vous attend du 2 mai au 1er novembre 2026.
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