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L’avenir du patrimoine ukrainien au cœur d’une rencontre

Dans le cadre du « Voyage en Ukraine », Saison culturelle de l’Ukraine en France, le ministère de la Culture organisait le 27 janvier dernier une rencontre sur la protection et la reconstruction du patrimoine ukrainien et sur l’architecture.

Publié le 5 févr. 2026

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photo d'une cathédrale blanche et verte
La cathédrale Sainte-Sophie de Kyiv a été endommagée par des frappes russes en juin dernier.
ANDREA JEMOLO / Aurimages via AFP

« Protéger le patrimoine ukrainien, c’est protéger le patrimoine européen », résume la ministre de la Culture Rachida Dati. La rencontre de haut niveau, organisée mardi 27 janvier au ministère de la Culture avec ALIPH (l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit), a réuni experts, architectes et urbanistes des deux pays pour échanger sur la protection et la restauration du patrimoine ukrainien. « Dès les premières heures de la guerre, la Russie a frappé les symboles mêmes de votre identité culturelle : vos musées et vos galeries, vos bibliothèques et vos archives, vos monuments et vos centres culturels, vos écoles et vos universités », rappelle le ministre.

Cette rencontre était organisée dans le cadre de la Saison de l’Ukraine en France, portée jusqu’au 31 mars par l’Institut français et l’Institut ukrainien avec plus de cinquante événements sur tout le territoire. Objectif : poursuivre les échanges et renforcer les coopérations entre les deux pays et réaffirmer la solidarité de la France à l’égard de l’Ukraine et de son identité culturelle. Cette solidarité a débuté dès les premiers jours de l’invasion, en février 2022, avec une première réponse d’urgence et l’accueil en France de professionnels ukrainiens. « Ces années de guerre ont aussi vu se développer et se renforcer des projets de coopération qui sont devenus essentiels », poursuit Rachida Dati. La rencontre du 27 janvier a permis d’évoquer les interventions d’urgence de protection du patrimoine et, de manière plus prospective, la manière de le reconstruire et de le réinventer.

photo de quatre personnes sur une estrade en train de parler devant une foule
JEANNE ACCORSINI / MC/ SIPA PRESS

Protéger le patrimoine en temps de guerre, une urgence

Depuis bientôt quatre ans, le patrimoine ukrainien, attaqué et menacé, fait l’objet de mesures de protection d’urgence : emballages, déplacements, inventaires, signalements de dommages... L’Alliance internationale pour la protection et la restauration du patrimoine dans les zones de crise (ALIPH) joue un rôle essentiel aux côtés des professionnels ukrainiens. « L’urgence est au jour le jour avec des attaques incessantes, résume Alexandra Fiebig, directrice générale par interim de l’UCHF et chargée des projets en Ukraine chez ALIPH. Les bibliothèques et musées travaillent sous pression constante avec des collections déplacées parfois la nuit dans des conditions très difficiles, dans des bâtiments fragilisés par les frappes. » L’association intervient pour apporter une aide logistique notamment, avec par exemple la mise à disposition de véhicules, véritables « ambulances du patrimoine », et la fourniture de caisses et d’emballages pour le déplacement des œuvres. Plus de 500 institutions ont été déjà aidées à travers 246 projets pour un montant de huit millions de dollars.

Ainsi, le Centre national de la recherche et de la restauration de Kyiv a par exemple bénéficié d’un laboratoire mobile pour la restauration des œuvres. Le centre était confronté à plusieurs difficultés pour l’évacuation des œuvres endommagées, une partie des restaurateurs étant absents, partis sur le front ou à l’étranger, les communications étant coupées dans certaines régions et les routes devenues impraticables. « Travailler dans ces conditions est problématique et tout le monde n’y arrive pas », souligne Svitlana Stryelnikova, directrice du centre. A ce jour, 23 000 œuvres ont été analysées, 6 000 restaurées et 1 750 évacuées. Le soutien d’ALIPH a également permis le financement de formations ou d’hébergement pour les professionnels.

A Odessa, l’ONG Museum for change vient en aide depuis 2017 aux musées dans leurs démarches administratives et leur communication. De la région d’Odessa, le champ d’action de l’ONG s’est élargi à toute l’Ukraine. « Nous bénéficions d’une expertise, nous parlons anglais et pouvons rédiger des demandes de financements étrangers », explique Oleksandra Kovalchuk, sa co-fondatrice qui se réjouit par ailleurs de la création de l’Ukraine Cultural Heritage Fund (UCHF), une initiative ukrainienne dédiée au recueil des fonds pour la protection, la restauration et la transmission du patrimoine culturel ukrainien.

Des échanges franco-ukrainiens depuis 2022

Dans la continuité des actions mises en place depuis 2022 par le ministère de la culture en faveur des restauratrices et conservatrice ukrainiennes, la ministre a confirmé sa volonté de renforcer les échanges professionnels entre institutions françaises et ukrainiennes. Elle a également salué l’engagement des établissements publics du ministère en faveur de l’Ukraine et la poursuite de leurs actions. Ainsi, l’Institut national du patrimoine (INP) a apporté un soutien d’urgence à l’Ukraine avec notamment l’envoi de matériel. À plus long terme, il organise aussi des échanges entre professionnels des deux pays.

Autre exemple : le soutien à la production cinématographique ukrainienne à travers le Fonds de solidarité pour les films ukrainiens lancé en 2023 par le Centre national de la cinématographie et de l’image animée, des films constituant le patrimoine de demain et autant de témoignages sur la période actuelle.

Un consortium s’est aussi constitué avec la Bibliothèque nationale de France, l’Institut national de l’audiovisuel, l’École des Chartes, l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense pour fournir dans le cadre du programme mAIDan Ukraine porté par Expertise France, un appui à la chaîne de télévision nationale ukrainienne dans la préservation de ses archives audiovisuelles, notamment des archives de guerre.

photo de la ministre Rachida Dati devant un pupitre en train de faire un discours
JEANNE ACCORSINI / MC/ SIPA PRESS

Reconstruire et réinventer le patrimoine, une nécessité

Après les mesures d’urgence, place aux actions à plus long terme pour préparer la reconstruction de l’Ukraine. Ces actions passent par la formation des futurs professionnels de l’architecture. A Lviv, où l’école d’architecture de Kharkiv s’est délocalisée, les programmes ont été modifiés pour préparer les élèves à ces défis. « Nous devons nous demander comment le patrimoine peut aider à repenser la ville à l’avenir et devenir une ressource pour la restauration d’après-guerre », estime Iryna Matsevko, historienne et rectrice de l’établissement. Autre exemple : l’École de Chaillot et la Cité de l’architecture organisent en 2026 un atelier associant des élèves architectes ukrainiens sur la préservation du patrimoine de la mer Noire.

A Kherson, dans le sud de l’Ukraine, l’architecte Martin Duplantier s’est aussi penché sur la reconstruction de la ville. « C’est une ville fragilisée qui s’est réduite et qui sera amenée à reprendre de l’importance », estime-t-il. Il est reparti de la matrice originelle : la relation à la géographie et au paysage pour conduire un travail d’adaptation du patrimoine. Cette reconstruction passera aussi par la numérisation pour préserver la mémoire du patrimoine ukrainien. L’entreprise française Iconem, fondée en 2013, est spécialisée en numérisation 3D et reconstitue de manière très précise des sites patrimoniaux. « La destruction du patrimoine vise à effacer les traces du passé d’un peuple. Il est plus que jamais important de reconstituer le réel afin de lutter contre cet effacement », explique Yves Ubelmann, président et co-fondateur d’Iconem. Après d’autres zones de conflit, l’Ukraine est le nouveau champ de recherches de l’entreprise. La numérisation permet en outre d’exporter les résultats à l’étranger, auprès d’experts du monde entier.

Mais ce travail de long terme passe en premier lieu par les Ukrainiens eux-mêmes qui, sur place, protègent et restaurent le patrimoine et en planifient la reconstruction. L’ONG Coalition des acteurs culturels travaille avec des professionnels de différents domaines afin de défendre leurs intérêts. « C’est une question de dignité humaine, constate Olga Sagaidak, la présidente. Nous avons perdu près de 30 % de ces professionnels et le salaire mensuel moyen des personnes qui travaillent dans ce réseau est de 130 euros. Comment s’occupe-t-on de ces personnes ? » L’ONG souligne notamment, avec ALIPH, l’importance de donner à ces professionnels la possibilité et les moyens d’effectuer leur travail.

La France rejoint l’Alliance pour la résilience culturelle de l’Ukraine

Depuis le déclenchement de la guerre en 2022, la France a confirmé sa volonté de renforcer les échanges et coopérations entre institutions françaises et ukrainiennes. Ainsi, à l'occasion de cette rencontre de haut niveau du 27 janvier, la ministre de la Culture Rachida Dati a annoncé que la France rejoignait l’Alliance pour la résilience culturelle de l’Ukraine (Culture Resilience Alliance – CRA).

Cette Alliance, lancée lors de la Conférence de Rome sur la reconstruction de l’Ukraine en juillet 2025, est une plateforme de coordination réunissant plusieurs pays européens mais aussi des organisations internationales comme l’UNESCO. La France y partagera son expérience en matière de politiques culturelles, de protection du patrimoine, de soutien aux industries créatives et de coopération culturelle internationale afin de renforcer l’action commune au soutien de l’Ukraine.

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