Une sculpture antique peut-elle encore nous émouvoir aujourd’hui ? Avec l’exposition Le Passage de Vénus, le Musée départemental Arles antique invite le public à redécouvrir la célèbre Vénus d’Arles sous un nouveau regard.
Du 24 avril au 31 octobre, la statue quitte exceptionnellement le musée du Louvre pour revenir là où tout a commencé. Découverte en 1651 dans les vestiges du théâtre antique, cette sculpture emblématique retrouve, le temps d’une exposition, son territoire d’origine. Un retour à la fois symbolique et chargé d’histoire.
Explications avec Romy Wyche, historienne de l’art spécialisée dans l’Antiquité romaine, et plus particulièrement dans la sculpture antique. Elle dirige aujourd’hui le Musée départemental Arles antique, l’un des principaux musées d’archéologie en France, qui accueille l'exposition Le Passage de Vénus, une des 30 en France qui bénéficient du label « Exposition d’intérêt national ».
Le regard de Romy Wyche, directrice du musée Arles Antique
Le retour de la Vénus d’Arles est considéré comme un événement exceptionnel. En quoi est-il emblématique pour le territoire et pour le musée Arles Antique ?
Découverte en 1651 dans les ruines du théâtre antique d’Arles, la Vénus d’Arles est l’un des symboles majeurs du patrimoine arlésien. Conservée au Musée du Louvre depuis son entrée dans les collections royales sous Louis XIV, elle revient exceptionnellement à Arles dans le cadre de l’exposition Le Passage de Vénus. Ce prêt exceptionnel permet de renouer le lien entre l’œuvre et son territoire d’origine.
Cet événement est emblématique pour le territoire car la Vénus d’Arles incarne l’héritage antique de la ville et son identité culturelle. Elle est devenue au fil du temps une figure importante de l’imaginaire arlésien et provençal.
Pour le Musée départemental Arles antique, ce retour constitue un moment prestigieux et exceptionnel. L’exposition Le Passage de Vénus, organisée en coproduction avec le Louvre, rassemble près de 80 œuvres allant de l’Antiquité à l’art contemporain, avec des artistes comme Andy Warhol ou Man Ray. Ce prêt exceptionnel renforce le rayonnement national et international du musée, qui devient le lieu central d’un dialogue entre patrimoine antique et création contemporaine.
Cette exposition est le fruit d’un travail de longue haleine impliquant différents acteurs et partenaires, notamment le Louvre. Pouvez-vous nous partager la genèse de ce projet ?
Depuis mon arrivée à la direction du Musée départemental Arles antique, de nombreux Arlésiens m’ont parlé de la Vénus d’Arles et m’ont demandé si un retour de l’œuvre dans sa ville d’origine pouvait être envisagé. Cette attente très forte du territoire a naturellement nourri une réflexion au sein du musée, qui a conduit à l’idée d’un projet d’exposition autour de cette sculpture emblématique.
Très vite, la Vénus d’Arles s’est imposée comme un point de départ particulièrement riche. Elle dépasse en effet largement le cadre d’une identité locale : au fil des siècles, elle est devenue un véritable archétype de la figure de Vénus, inspirant artistes, écrivains et représentations de la féminité. Le projet s’est ainsi progressivement élargi pour proposer un regard croisé entre archéologie, histoire de l’art et création contemporaine.
Dans cette perspective, l’idée a rapidement été retravaillée et nourrie de manière collective avec Jean de Loisy, co-commissaire pour apporter un regard transversal et sensible sur les représentations de Vénus à travers les époques. Nous avons également eu la chance de travailler avec Ludovic Laugier, conservateur au Louvre et grand spécialiste des collections grecques, également co-commissaire de l’exposition, dont l’expertise a permis de structurer le parcours et de réunir des prêts majeurs du musée du Louvre, donnant à l’ensemble toute sa richesse scientifique et artistique.
Le titre de l’exposition « le Passage de Vénus » n’est pas anodin et ouvre le propos au-delà de la figure de Vénus. Quelle vision souhaitez-vous transmettre au public ?
Le titre Le Passage de Vénus n’est effectivement pas anodin, car il permet d’ouvrir le propos bien au-delà de la seule figure mythologique ou artistique.
Il fait d’abord écho au phénomène astronomique du transit de Vénus, lorsque la planète passe devant le soleil, un événement rare et spectaculaire qui relie directement l’œuvre à une dimension cosmique. Cette idée de “passage” introduit une lecture élargie, où la Vénus d’Arles n’est pas seulement une sculpture antique, mais aussi une figure en mouvement, inscrite dans un temps long et presque universel.
Ce titre permet également de penser le lien entre Arles et le Louvre comme quelque chose de presque cosmique : la sculpture est de passage dans sa ville d’origine, mais ce retour exceptionnel s’inscrit dans une continuité plus vaste, faite d’allers et retours, de présences et d’absences. Elle est là aujourd’hui, elle sera amenée à repartir, et c’est précisément cette dimension éphémère qui donne toute sa force à l’événement.
À travers cette exposition, il s’agit donc de transmettre au public l’idée d’une rencontre unique et fugace entre une œuvre majeure et un territoire, mais aussi de rappeler que les œuvres, comme les astres, sont en mouvement, et que leur “passage” crée des moments rares de contemplation et de lien.
Le musée départemental Arles antique a conçu pour cette exposition de nombreux outils de médiation. Quel est le projet qui vous a le plus mobilisé ?
Nous avons en effet conçu pour cette exposition de nombreux outils de médiation afin de rendre le propos accessible au plus grand nombre.
Parmi ces dispositifs, nous avons particulièrement travaillé à proposer une approche sensible et grand public, permettant à chacun de comprendre de manière simple, ludique et accessible l’histoire de la Vénus d’Arles. L’objectif était de rendre lisibles des contenus parfois complexes, tout en favorisant la curiosité et le plaisir de la découverte.
Cette section, développée par le service de la médiation du musée, traduit pleinement cette ambition : accompagner les visiteurs de tous âges, quelles que soient leurs connaissances, et leur offrir des clés de lecture claires pour entrer dans l’histoire de l’œuvre et de ses représentations.
Quel a été le plus grand défi pour vous et vos équipes dans la réalisation de cette exposition ?
Le plus grand défi pour nous et pour les équipes a été de trouver un angle clair à partir d’une œuvre aussi riche et polysémique que la Vénus d’Arles. Il existe en effet une infinité de récits possibles autour de cette sculpture : son contexte archéologique, son histoire, ses restaurations, ses interprétations successives, ses réappropriations artistiques…
Face à cette abondance, il a fallu faire des choix et accepter de ne pas tout dire. Pour un musée d’antiquité et d’archéologie, habitué à embrasser la complexité des objets et des contextes, cela représentait un véritable exercice : celui de faire un pas de côté, de privilégier une lecture plus transversale et sensible.
Le défi a donc été de construire un récit lisible et cohérent, tout en assumant cette sélection. Et surtout, de faire confiance au public pour comprendre cette démarche : celle d’une exposition qui propose un regard, plutôt qu’une exhaustivité, afin de mieux révéler la richesse et la portée universelle de la Vénus d’Arles.
Vous avez obtenu le label Exposition d’intérêt national et le musée l’a déjà obtenu auparavant. Que représente-t-il pour vous ?
Le label Exposition d’intérêt national représente d’abord une reconnaissance importante du travail mené pour cette exposition et de la qualité scientifique et culturelle du projet. C’est une marque de confiance accordée par le ministère de la Culture, qui vient saluer à la fois l’ambition de l’exposition, la rigueur de sa construction et sa capacité à toucher un large public.
C’est également un label qui s’inscrit dans la continuité pour le Musée départemental Arles antique, qui a déjà eu l’honneur de l’obtenir auparavant. Il confirme ainsi le rôle du musée comme acteur reconnu dans le champ de la recherche, de la valorisation du patrimoine et de la diffusion des savoirs.
Au-delà de cet aspect institutionnel, ce label vient aussi saluer une forme d’audace dans la manière d’aborder une œuvre aussi emblématique que la Vénus d’Arles, en assumant des choix de lecture, des angles de récit et des croisements disciplinaires moins attendus. Enfin, il constitue un encouragement précieux pour les équipes, en valorisant leur engagement collectif et leur volonté de proposer des expositions exigeantes, accessibles et ouvertes au plus grand nombre.
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