ALTANA, la Maison de l’Architecture et des Territoires Varois (MATV), est une structure née en octobre 2024 de l’engagement d’un collectif pluridisciplinaire (architectes, artistes, designers, éducateurs et entrepreneurs) uni par une même volonté : rendre l’architecture accessible, vivante et participative. Hébergée initialement au CAUE du Var, cette jeune maison s’inscrit dans une dynamique d’ouverture, de partage et de médiation festive, en phase avec les enjeux contemporains de l’éducation artistique et culturelle, de la transition écologique et de la démocratie citoyenne.
À l’occasion des Journées Nationales de l’Architecture (JNA) 2026, qui se dérouleront ce week-end, ALTANA participera activement au dispositif « Levez les yeux ! ». Porté par les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, ce dispositif vise à éveiller la conscience des jeunes à leur cadre de vie. Avec 22 événements dédiés à la jeunesse, cette édition mettra en lumière l’importance de sensibiliser les enfants et adolescents à l’architecture, à l’urbanisme et aux défis environnementaux.
Eric Delorme, architecte spécialisé en éco-construction et président d’ALTANA, nous explique pourquoi cette démarche s’inscrit pleinement dans l’ADN de la MATV : une architecture conçue comme un bien commun, un terrain de jeu pour la démocratie et un levier d’émancipation citoyenne.
À travers des ateliers ludiques et participatifs, comme « Le Parlement des enfants : ce que peut l’architecture », ALTANA a su adapter les outils de médiation pour les rendre accessibles, interactifs et formateurs. Une approche qui repose sur l’improvisation, la créativité collective et la joie de partager
Le regard d'Eric Delorme, président d'Altana, la Maison de l'Architecture et des Territoires Varois (MATV)
Pourquoi a-t-il été important pour ALTANA de participer au Mois de l’Architecture en PACA, et plus spécifiquement au dispositif « Levez les yeux ! », qui s’adresse au jeune public ? En quoi cet événement répond-il à votre vision de la médiation architecturale auprès des enfants et des adolescents, dans le cadre de l’éducation artistique et culturelle ?
Notre maison de l'architecture s'est fondée sur un collectif mobilisé dès le départ autour du mois de l'architecture. Ce collectif a, dès le départ, été pluridisciplinaire. Il est constitué autour d'un noyau d'architectes, de personnes provenant de milieux connexes variés, artistes, entrepreneurs, éducateurs.
Ensuite, nous avons accueilli rapidement une graphiste designer, dont l'activité principale était tournée vers la jeunesse et la petite enfance. Elle avait naturellement sa place dans un groupe, dont le savoir professionnel n'était pas le visa d'identité premier, mais un groupe qui portait d'abord une volonté indéfectible d'ouverture, de partage et de médiation plutôt festive de tout ce peut aborder de près ou de loin l'architecture.
Enfin en tant que collectif émergeant bénévole sans lieu fixe dédié ni moyens matériels particuliers jusqu'à notre création de "maison", nous avons beaucoup œuvré et œuvrons encore "hors les murs".
C'est donc notre ADN d'origine de "lever et faire lever les yeux", dehors, partout autour de nous, dans la ville et parfois même dans le territoire péri-urbain pour convier le public souvent jeune et puis aussi adulte, le plus nombreux possible, à repérer, révéler, découvrir ce que peut faire et fait l'architecture dans toutes les échelles du temps et de l'espace accessibles.
Le dispositif « Levez les yeux ! », né d’une collaboration entre les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, vise à éveiller la conscience des jeunes à leur cadre de vie. Comment ALTANA a-t-elle adapté ou enrichi ce dispositif pour le rendre encore plus accessible, interactif et formateur pour les enfants ? Quels outils ou méthodes utilisez-vous pour capter leur attention ?
Ce qui distingue notre action est une forte capacité d'adaptation alliée à une joie constante de partager une conscience de faire ensemble notre "cadre" d'habiter et de vie.
Cette faculté d'adaptation est née des "contraintes" d'installations hors les murs. A la joie de communiquer s'ajoute celle d'inventer, et cela a pu enrichir localement cet objectif de transmission de la culture de l'architecture et du patrimoine par une créativité et une improvisation "située", donc sensible, chacun d'entre nous se mettant en jeu pour amener à percevoir et émouvoir les différents publics. Nos années collectif JNARCHI 83 (2018-2024) préalables à la création de la maison ALTANA (depuis octobre 2024) en sont un bel exemple.
L’atelier « Le Parlement des enfants : ce que peut l’architecture » s’inscrit dans la lignée de « Levez les yeux ! » en invitant les jeunes à observer, questionner et débattre de leur environnement bâti. Pourquoi avoir choisi ce format ludique et participatif pour toucher ce public ? En quoi l’architecture peut-elle devenir, pour les enfants, un terrain d’apprentissage de la démocratie et de l’observation critique ?
Le parlement des enfants s'est avéré pour notre jeune maison à peine créée (Sept 2024 pour rappel), un révélateur complet de cette capacité d'adaptation, de cette joie de partager, de ce lien approfondi avec la jeunesse, et de cette improvisation située qu'avait appris à développer notre collectif les années précédentes.
Nous nous sommes emparés de ce jeu avec enthousiasme, non sans devoir apprendre patiemment à nous l'approprier, pour le rendre pleinement accessible et donc l'adapter aux différents niveaux de classes scolaires auxquelles il s'adresse.
Ce jeu a une ambition assez "folle" d'une certaine manière, car il ouvre un débat "parlementaire", des plus jeunes (CE2) aux plus grand grands (lycée et même une première année d'architecture pourrait jouer sa partie!), autour de mots-pouvoirs conceptuels savants mais saillants, osant croire à une belle intelligence de la jeunesse pour être capable de "jouer à ouvrir largement sa culture de l'architecture" et donc d'en acquérir une forme de connaissance autonome.
Pourquoi est-il important, selon vous, d’initier les enfants et les adolescents à l’architecture dès le plus jeune âge ? Comment ce type d’initiation peut-il influencer leur regard sur le monde et leur rôle de futur citoyen ?
Parce que précisément, ce qui nous offre dès le plus jeune âge une forme de connaissance approfondie et autonome, peut ensuite ouvrir une capacité de prendre en main son destin, d'avoir son discernement propre, sa dignité de citoyen pouvant participer pleinement aux enjeux du futur qui est toujours constamment le présent à venir des jeunes.
Il n'y a pas de savoir brader dans ce jeu du parlement, mais un vrai pari sur des pouvoirs "de bien commun" un peu magiques dont peut être dotée l'architecture que l'on transmet comme un compagnonnage aux enfants, pour qu'ils soient les maîtres citoyens artisans du cadre de vie de demain. Il en est de même pour toute initiation à l'architecture qui ose engager l'enfant sur un déploiement de ses capacités d'observation, d'attention, d'écoute et de synthèse dans une joie d'être avec soi et avec les autres constantes.
Votre atelier aborde les défis de la transition écologique à travers le prisme de l’architecture. Comment « Le Parlement des enfants » permet-il de sensibiliser les jeunes à ces enjeux ?
L'enjeu écologique sera pour l'architecture et sa vocation de synthèse d'un monde en projet complexe, plus que jamais à définir dans ses limites les plus larges: psychologiques, sociales, économiques, environnementales.
Plus cet enjeu est amoindri, plus il est marginalisé, divisé et invisibilisé. Le jeu du parlement aborde nombre de défis "écologiques" mais n'est pas dans une visée strictement orientée vers ce défi global car dans une logique d'ouverture parlementaire" , il laisse le choix d'opter pour un pouvoir de "protection" sécuritaire, utilitaire ou un pouvoir de matérialisation de puissance et tant d'autres voies, où les pouvoirs de "bien commun" de l'architecture peuvent devenir des pouvoirs de domination ou de rupture.
C'est cependant la force du jeu de mettre ces faits possibles en débats. C'est aussi donc une force de pouvoir en aborder les défis. Mais pour les aborder en profondeur, ce sera avec les plus âgés néanmoins, car la manipulation de concepts portant leurs propres contradictions conduit à une posture quasi philosophique du débat.
Dans certains pays européens, dont l’Italie, des écoles d’architecture pour enfants sont développées depuis plusieurs années. Que pensez-vous de ce dispositif ? Quels seraient les avantages pour les enfants de bénéficier d’un tel apprentissage dès leur plus jeune âge ?
C'est une initiative prometteuse à condition bien sûr de ne pas "enfermer" les concepts et de construire "des murs de savoir" n'allant que dans un sens politiquement verrouillé. L'architecture comme dit ci-avant a ce potentiel réel de "bien commun", en ouvrant ses pouvoirs tels que pré-visualisés par le jeu du Parlement au débat le plus écologique global possible pour une réinvention autonome, psychologique, sociale, économique, environnementale, vitale mise à disposition des générations futures pour leur pleine autonomie d'être et d'agir pour le meilleur à venir.
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