La protection du patrimoine
La protection au titre des monuments historiques constitue l’un des instruments centraux de la politique patrimoniale française. Instituée dès le milieu du XIXᵉ siècle, elle vise à assurer la conservation, la transmission et la mise en valeur des biens présentant un intérêt historique, artistique, architectural, scientifique ou technique, qu’il s’agisse d’édifices bâtis. Cette protection ne se limite pas à une reconnaissance symbolique : elle crée un cadre juridique contraignant, destiné à encadrer les interventions sur les biens protégés et à prévenir leur altération irréversible.
Un mémento sur la demande de protection au titre des monuments historiques
Qu’est-ce qu’un monument historique ? Comment demander sa protection ? Quelles sont les différentes procédures de cette démarche ? Quel est le rôle de la DRAC ? Le ministère de la Culture a publié un mémento pour y avoir plus clair, y intégrant notamment les questions fréquentes sur le sujet.
Les mesures de protection prises en Normandie en 2025
En 2025, plusieurs décisions importantes ont été prises dans la région Normandie pour renforcer la protection du patrimoine architectural et paysager, portées par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de Normandie en lien avec les services de l’État et les collectivités locales.
Les Bains pompéiens de Deauville (Calvados) : un joyau balnéaire protégé
Les Bains pompéiens, situés au boulevard de la Mer à Deauville (Calvados), constituent l’un des ensembles les plus emblématiques de l’architecture balnéaire française des années 1920. Conçus par l’architecte parisien Charles Adda à la suite d’un concours lancé par la municipalité en 1921, ils sont inaugurés le 5 juillet 1924 pour remplacer des installations plus anciennes et répondre à l’essor de la station balnéaire. L’édifice associe l’inspiration antique — avec ses cours, atriums et galeries à portiques — à la sobriété moderniste de l’Art déco, utilisant le béton armé, les mosaïques polychromes et des lignes simples pour créer un lieu à la fois fonctionnel et élégant.
L’ensemble comprenait à l’origine environ 250 cabines de bain, des espaces de bains vapeur, hammam, douches et massage, des boutiques et cafés, et les célèbres Planches de Deauville, promenade en bois qui rythme le front de mer (ces planches ont été conçues dans le projet de Charles Adda). Cette combinaison unique d’architecture et de sociabilité balnéaire fait des Bains pompéiens un témoin précieux des pratiques de loisir du début du XXᵉ siècle.
Sur le plan de la protection patrimoniale, le site a été concerné par deux grandes étapes successives.
- Inscription au titre des monuments historiques : dès 11 juin 2019, l’ensemble de l’établissement de bains de mer — incluant les cours intérieurs, bassins, bancs, mosaïques, lavabos, baignoires, robinetteries d’origine et les chemins de planches avec leurs garde-corps — est inscrit aux monuments historiques, reconnaissant la valeur patrimoniale des premiers carrés conçus par Charles Adda et des nouveaux carrés construits après la seconde guerre mondiale, sur le modèle des premiers.
- Classements partiels en 2025 : dans la première moitié de l’année, la protection est renforcée par deux arrêtés de classement portant sur les carrés conçus par Charles Adda :
- 15 janvier 2025 : classement du carré A de l’établissement ;
- 2 juillet 2025 : classement des carrés B et C.
Ces classements récents viennent compléter et enrichir la protection initiale de 2019, imposant une plus grande rigueur pour toute modification ou restauration, en vue de garantir la conservation de l’intégrité architecturale et décorative de ce patrimoine balnéaire unique.
La rade de Cherbourg (Manche) : chef-d’œuvre de l’ingénierie maritime française classé monument historique
Conçue à la fin du XVIIIᵉ siècle sous le règne de Louis XVI, la rade artificielle de Cherbourg-en-Cotentin (Manche) est l’un des plus ambitieux ouvrages d’ingénierie maritime jamais réalisés en Europe. Constituée d’une digue de pleine mer complétée par un système cohérent de fortifications, elle permit de doter la France d’un port militaire capable d’abriter une flotte de guerre importante face à l’Angleterre. Parmi cet ensemble d’ouvrages défensifs, dix ont été inscrits au titre des monuments historiques en 2021 tandis que la protection des quatre principaux forts a été renforcée par une mesure de classement en 2025 : le fort de l’île Pelée, construit dès 1779 à l’est de la rade, associe batteries casematées, terrasses d’artillerie et enceinte fortifiée, puis a été modifié par le bétonnage des ouvrages à l’aube du XXe siècle ; le fort de Querqueville, à l’ouest, a été commencé en 1787 et se distingue par son vaste hémicycle de casemates et ses défenses terrestres renforcées au XIXe siècle ; les forts Central et l’Ouest ont été implantés sur la digue du Large à partir de 1811, puis également adaptés aux progrès de l’artillerie.
Sur le plan patrimonial, le classement au titre des monuments historiques constitue le niveau de protection le plus élevé ; il reconnaît la valeur exceptionnelle de ces ouvrages pour leur intérêt historique et militaire, mais aussi pour leur importance technique et architecturale, en tant que témoins de l’évolution de la fortification maritime française au XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Il impose désormais un cadre strict pour toute intervention sur ces ouvrages, garantissant leur conservation, leur étude et leur transmission comme un patrimoine majeur de l’histoire maritime nationale.
Les inscriptions au titre des monuments historiques
L’inscription est le premier niveau de protection. En 2025, le vieux moulin et le pont de Vernon ont été inscrits.
Un patrimoine historique et pittoresque exceptionnel : le vieux moulin et le pont médiéval de Vernon (Eure)
Dans le département de l’Eure, le Vieux Moulin et les vestiges du pont médiéval de Vernon illustrent l’histoire fluviale et industrielle de la région. Le Vieux Moulin, implanté sur deux des piles du pont ancien, est un vestige d’un moulin à eau traditionnel en colombages, typique de l’architecture vernaculaire normande, et l’un des rares exemples en France de bâtisse à colombages édifiée directement sur un pont. Son implantation sur la Seine traduit à la fois l’ingéniosité technique des constructeurs et l’importance économique des moulins fluviaux dans les siècles passés.
Le pont de Vernon, sur lequel le moulin repose, a joué un rôle stratégique et commercial majeur : il permettait la traversée de la Seine et servait de support au moulin, combinant ainsi fonctions utilitaires, économiques et symboliques. La coexistence de ces deux éléments – ouvrage de franchissement et bâtiment industriel – confère au site une valeur patrimoniale rare, où architecture, ingénierie et paysage fluvial se répondent.
En fin 2025, le site a été inscrit au titre des monuments historiques, un niveau de protection qui offre un encadrement juridique souple mais efficace en vue de la conservation et de la mise en valeur de ce patrimoine.
Cette décision renforce la reconnaissance patrimoniale du Vieux Moulin et du pont de Vernon, en assurant la préservation de leur singularité architecturale et technique, et en soulignant leur rôle comme témoignage vivant de l’histoire industrielle et fluviale de Normandie.
Calvados (14)
- Hérouville-Saint-Clair – Chapelle Notre-Dame du Petit-Lourdes (ensemble)
- Livarot-Pays-d’Auge – Manoir des Loges
- Mézidon-Vallée-d’Auge – Église Notre-Dame-de-l’Assomption de Lécaude
Eure (27)
- Saint-Pierre-du-Vauvray – Château Labelle
- Vernon – Vestiges du vieux pont et du moulin
- Bouafles – Église Saint-Pierre
- Freneuse-sur-Risle – Église Saint-Ouen
- Mesnil-en-Ouche – Église Saint-Cyr
- Saint-Georges-Motel – Église Saint-Georges
- Valletot – Église Saint-Blaise
- Vexin-sur-Epte – Église Saint-Martin de Civières pas encore notifié officiellement donc on ne peut pas communiquer dessus pour l’instant
Manche (50)
- Saint-Senier-de-Beuvron – Domaine de Chassilly
Orne (61)
- Argentan – Ancienne léproserie Sainte Marie-Madeleine
Seine-Maritime (76)
- Saint-Pierre-lès-Elbeuf – Coupe quaternaire de référence
(protection remarquable d’un site géologique de portée scientifique nationale) - Moulineaux – Château du Rouvray
- Dieppe – Monument à Abraham Duquesne
Extensions de protection existantes
- Rouen – Halle aux Toiles (extension de protection)
- Rouen – Hôtel de ville (extension de protection)
- Fontenay-sur-Mer (50) – Château de Franqueville : extension d’inscription
- Rouen (76) – Maison Marrou : extension d’inscription et classement
Les extensions de protection permettent d’intégrer des parties jusqu’alors non protégées, soit que la protection ancienne ne les ait pas considéré, soit qu’elles participent de la compréhension et de la cohérence patrimoniale des ensembles.
Protections d’ensembles mobiliers (Rouen)
- Halle aux Toiles : inscription de 84 objets mobiliers
- Hôtel de Ville :
- Objets mobiliers des XIXᵉ et XXe siècles
- Ensemble mobilier de la salle du conseil municipal
Ces décisions rappellent que la protection au titre des monuments historiques ne concerne pas seulement les bâtiments, mais aussi leur mobilier historique, indissociable de leur valeur patrimoniale. L’année 2025 a été marquée en Normandie par des avancées significatives dans la protection du patrimoine bâti et paysager. Ces mesures, inscrites dans le cadre de la politique patrimoniale nationale et régionale, traduisent l’importance accordée à la conservation, à la valorisation et à la transmission du patrimoine normand aux générations futures.
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