Comment faire face aux défis que rencontrent le cinéma aujourd’hui, entre surexpositions aux images et baisse de la fréquentation en salle ?
L’une des réponses apportées est celle d’un effort commun, partenarial et volontariste. L’État, le CNC, et quatorze régions se sont ainsi engagés dans le cadre d’un partenariat renforcé, dévoilé le 11 mai dernier.
Comme l'a rappelé à l’occasion de la signature Hilaire Multon, directeur régional des affaires culturelles des Hauts-de-France, ce partenariat « reconnaît, consolide et projette dans l’avenir une ambition partagée » en proposant plusieurs axes forts, dont :
- l'engagement des régions à conserver, en 2026, le même niveau de financement à la diffusion et à l'éducation à l'image qu'en 2025 ;
- l'association des régions aux discussions sur les évolutions globales de la filière, à échelle nationale.
- le cofinancement renforcé pour l'emploi des médiateurs en salle dans la région Hauts-de-France
L’ouverture de cette dynamique nationale par les Hauts-de-France n'a rien d'un hasard. Dans une région qui « a fait du cinéma, de l’audiovisuel, plus largement de la culture, un axe fort, non négociable de son développement » ainsi que l'a rappelé Gaëtan Bruel, cette signature reconnaît le travail engagé et volontaire des Hauts-de-France.
Les Hauts-de-France, terre de cinéma en quelques chiffres
- 120 cinémas, dont 56 salles Art et Essai
- 10 millions d'euros par an consacrés à la diffusion et à l'éducation à l'image (7 millions pour la Région, 3 millions pour l'État et le CNC)
- 43 % du public en salle est âgé entre 3 et 25 ans, constituant l’une des audiences les plus jeunes de France
Si ce partenariat souligne les enjeux de liberté de création et enjoint à tenir compte des mutations de la filière, il invite surtout à consolider deux volets essentiels du cinéma : la diffusion des œuvres, et l’éducation à l’image.
S’engager à accompagner les regards
Un enjeu renouvelé
Former le regard aux images, à leurs sens et à leurs intentions, est essentiel pour naviguer le monde qui nous entoure. Il devient prioritaire lorsque ce même regard est désormais surexposé aux écrans, aux réseaux sociaux, ou encore à l’IA générative, complexifiant notre rapport aux images, comme l’a ainsi rappelé Gaëtan Bruel : « dans une société saturée d’images, apprendre à regarder est devenu presque aussi important qu’apprendre à lire ».
L’éducation à l’image devient à ce titre un outil d’accompagnement indispensable, en particulier chez le jeune public : le dispositif « Ma classe au cinéma » touche ainsi plus de 2 millions d’élèves, impliquant un enseignant sur dix, et mobilisant près de 1700 salles de cinéma. Il constitue le dispositif d’éducation artistique et culturelle qui touche le plus d’élèves en France.
Consolider les actions en région
Dans la région des Hauts-de-France, qui connait une population plus jeune que la moyenne nationale, cette dynamique est déjà bien en place : en plus des 150 000 élèves participant chaque année à « Ma classe au cinéma » que le partenariat vient consolider, la région est dotée d’un important réseau dédié à l’éducation à l’image, touchant les plus jeunes mais aussi les publics dits éloignés. Des structures associatives régionales telles que l’ACAP et De la suite dans les images, mais aussi des initiatives nationales telles que le « Passeurs d’images » ou « Des ciné, la vie ! », proposent ainsi ateliers, débats et autres interventions toute l’année, à destination de toutes et tous, sur tout le territoire.
En plus de sanctuariser le taux de financement dédié à cette politique publique, le partenariat signé ce jeudi 18 juin incite à développer l’approche pratique de l’éducation au cinéma et à l’image, avec par exemple des ateliers d’écriture ou des séances de tournage.
Quinze mesures en faveur de l’éducation au cinéma et à l’image
En novembre 2025, à la suite du rapport déposé par Edouard Geffray quelques mois auparavant et préconisant le développement de l’éducation au cinéma et à l’image, quinze mesures ont été dévoilées par le ministère de la Culture et le ministère de l’Éducation nationale afin de refonder et consolider cette politique publique essentielle. La signature d’un partenariat renforcé avec les régions constitue l’une de ces mesures.
S’engager à offrir un cinéma au plus près de (chez) soi
Accessibilité dans les zones les plus rurales ou enclavées, exigence de la programmation au-delà des centre-ville, retour du public dans les salles : si près de 90% des Français habitent à moins de trente minutes d’une salle de cinéma, la question de la diffusion des œuvres reste majeure.
À ce titre, la Région, le CNC et l’État soutiennent les acteurs et les réseaux qui connectent les habitants avec la diversité de la création cinématographique, sur tout le territoire. C’est le cas avec les nombreux festivals qui constellent la région, comme l’Arras Film Festival, le Festival Ciné-Jeune de l’Aisne ou encore Séries Mania, mais c’est aussi le cas avec les cinémas itinérants et les médiateurs en salle.
Lorsque le cinéma se déplace au pas de la porte
Aujourd’hui, les cinémas itinérants qui sillonnent les routes des Hauts-de-France posent leurs projecteurs dans plus de 200 lieux, ramenant le cinéma au pas de la porte des habitants. Dans le cadre du plan Culture et ruralité lancé en 2024 par le ministère de la Culture, les cinémas itinérants tels que Ciné rural, Ciné Pop ou Cinéligue ont pu bénéficier d’un soutien supplémentaire à des fins pratiques, comme l’achat de matériel de projection.
Les médiateurs en salle, un lien entre le film et le public
Autre forme de soutien à la diffusion, plus méconnue : la médiation en salle. Issue d’une initiative du CNC en 2017, et expérimentée dans trois régions pionnières dont les Hauts-de-France, la présence de médiateurs en salles de cinéma cherche à fidéliser le public, à soutenir le lien social sur place, à les accompagner dans leurs séances, le tout en recoupant avec les principes de l’éducation à l’image. La région Hauts-de-France a par ailleurs accueilli la première édition des Rencontres nationales de la médiation en salle, à Dunkerque (Nord) début juin ; les 22 médiateurs qui œuvrent aujourd’hui dans la région ont pu retrouver leurs homologues de toute la France.
Cette première signature pour un partenariat renforcé entre la Région Hauts-de-France, le CNC, et l’État, reconnaît ainsi l’écosystème exceptionnel de la région, et constitue un signal fort dans la volonté de poursuivre l’investissement et la coopération entre les acteurs majeurs de la filière, au bénéfice des Français et des Françaises.
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