Déchiffrer le langage visuel de Kandinsky, plonger dans le regard des portraits de Modigliani ou encore se laisser hypnotiser par les séries de Françoise Berthoud : tout cela est de nouveau possible à Villeneuve d'Ascq. Le LaM, acteur majeur de l'art moderne et contemporain en France, mais surtout de l'art brut dont il conserve l'une des plus grandes collections publiques en Europe, a rouvert après un an et demi de travaux. L'inauguration s'est déroulée le 19 février, ouvrant dans le même temps l'exposition inédite de Kandinsky face aux images.
Une rénovation d’ampleur
Les travaux entrepris au LaM avaient pour objectif une accessibilité renforcée, une optimisation énergétique et une meilleure conservation préventive des œuvres. Ce sont ainsi près de 7000 mètres carrés de toiture qui ont été rénovés, 98 vitrages remplacés, ou encore des centaines de plantes vivaces qui ont été nouvellement plantées dans le jardin des sculptures, parmi d'autres interventions. Pour la conservation préventive, les vitrages ont été remplacés à l’identique en l’apparence, mais avec une meilleure isolation thermique ainsi qu’avec une filtration contre les UV pouvant endommager les œuvres.
Ce « chantier colossal », comme l'a qualifié le directeur du LaM Sébastien Faucon à l’inauguration, a été mené avec l’intention de rendre le bâtiment « le plus lisible possible » pour les publics, dans l’esprit de l’architecte initial Roland Simounet.
L’État a accompagné ce chantier au titre du Fonds national d’aménagement et de développement du territoire à hauteur de 800 000 euros. À ce montant s’ajoutent les 700 000 euros engagés depuis 2018 par la DRAC Hauts-de-France au titre du Fonds régional d’acquisitions des musées, permettant d’enrichir les collections du musée, et dont l’apport est à parité avec celui de la Région Hauts-de-France.
Un parcours permanent renouvelé
Les travaux ont été l’occasion pour les équipes de procéder au récolement des 9000 œuvres qui constituent leurs collections, vérifiant également leur état général et améliorant leur conditionnement.
En plus de posséder la plus importante collection publique d’art brut de France, qui est également l’une des importantes du monde, le LaM croise de grands noms de l’art moderne et de l’art contemporain. À l'origine de ce fonds exceptionnel se trouvent deux collectionneurs de la région : Roger Dutilleul et Jean Masurel, qui ont acquis des œuvres dont l'esthétique était encore négligée par leurs contemporains.
Parmi les œuvres modernes, le public peut ainsi y découvrir des œuvres de Fernand Léger, d'Alexandre Calder, de Joan Miró, d’Arthur Van Hecke ou encore Jean Dubuffet tandis que pour la période contemporaine sont exposés d’importants fonds d’œuvres de Christine Deknuydt, d’Etel Adnan, de Kiki Smith, sans oublier la célèbre « cabane » de Daniel Buren.
La collection d'art brut du LaM a quant à elle connu un tournant majeur au début des années 2000 avec la donation de l'association l'Aracine, composée de plus de 3500 oeuvres. Le musée en compte aujourd'hui plus de 8000, présentant des artistes comme Adolf Wölfli, Michel Nedjar, Maugri (dit Maurice Griffon) ou encore Françoise Bertout et Madge Gill.
Le récolement
Selon le Code du Patrimoine, les Musées de France comme le LaM doivent procéder à des récolement, c'est-à-dire une opération consistant à « vérifier, sur pièce, et sur place, à partir d’un bien ou de son numéro d’inventaire, la présence du bien dans les collections du musée, sa localisation, son état, son marquage, la conformité de l’inscription à l’inventaire, avec le bien lui-même, ainsi que, le cas échéant, avec les différentes sources documentaires, archives, dossiers d’œuvre, catalogues ».
En parallèle, l’accrochage du parcours permanent a été refondé, et enrichi par de nouvelles acquisitions, dont une aquarelle inédite de Modigliani (La table tournante, ou Portrait d’un medium, 1906-1907, Amedeo Modigliani) ainsi que la sculpture Bayonne Pavillon de Dan Graham, un grand nom du minimalisme américain, qui a rejoint le jardin du musée. Le parcours permanent sera désormais renouvelé tous les deux ans : l’accrochage actuel suit un fil rouge autour de l’obsession, présentant les différents univers dans un ordre chronologique.
Autre grande nouveauté du parcours permanent : une salle entièrement dédiée aux œuvres de Modigliani, dont le LaM dispose du deuxième fond le plus important de France.
Répondre aux enjeux d'aujourd'hui
La rénovation des lieux, nécessaire, a aussi été l’opportunité de « répondre à ce qu’est un musée au 21e siècle » comme l'a souligné Sébastien Faucon, où chaque espace accueillant du public est pensé pour faire du musée un véritable lieu de vie.
Les vues entre le bâtiment et son jardin ont été multipliées, notamment par la création du « Salon Simounet » au cœur du parcours permanent, offrant un repos et une vue directe sur le jardin. La bibliothèque du musée a elle aussi fait l’objet d’un aménagement, avec un coin lecture renouvelé.
Un mobilier sur mesure
Afin de créer un mobilier sur mesure, le musée a fait appel à la designeuse française Clémence Seillès (studio Strombolli Design). Travaillant avec des matériaux industriels qu'elle détourne artisanalement, dans une démarche écologique et expérimentale, Clémence Seillès propose de nouvelles assises pour le public qui font écho aux architectures du LaM : les formes grillagées de l'architecte Roland Simounet, et les formes plus organiques de l'extension imaginée par Manuelle Gautrand.
Au-delà des aménagements, c’est aussi une nouvelle programmation à l’intention des publics qui débute avec la réouverture du LaM. Si la salle du « Petit Bahaus » de l’exposition Kandinsky préfigure le musée des enfants sur lequel travaille les équipes de médiation, d’autres dispositifs sont déjà mis en place pour l’année : gratuité pour les moins de 26 ans, visites éclairs autour des œuvres les plus accessibles, aides à la visite ludique, programmation estivale dans le jardin des sculptures avec performances et DJ Set, ou encore nocturnes festives chaque mois.
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