Soutenu par la Commission européenne et coordonné par Europa Nostra, le prix européen du patrimoine / Europa Nostra 2026 récompense des initiatives exemplaires en matière de préservation, de transmission et d’appropriation du patrimoine culturel à l’échelle européenne. En distinguant l’association Art & Jardins Hauts-de-France dans la catégorie « participation et sensibilisation des citoyens » le 21 avril 2026, le jury a notamment salué « un concept puissant et un fort symbolisme transfrontalier », ainsi que la capacité du projet à relier création contemporaine, mémoire de la Première Guerre mondiale et sensibilisation des jeunes publics. L'association Art et Jardins Hauts-de-France est soutenue au projet par la DRAC Hauts-de-France.
Une reconnaissance européenne pour un projet de paysage mémoriel
Créé à l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, ce parcours paysager inédit déployé dans les Hauts-de-France, le Grand Est et en Belgique repose sur un principe singulier : inviter des équipes de paysagistes, plasticiens et architectes issus des anciennes nations engagées dans le conflit à concevoir, sur les sites de mémoire du front occidental, des jardins contemporains dédiés à la paix.
Chaque création s’appuie sur une méthode de travail associant historiens, collectivités territoriales, habitants, établissements scolaires, associations mémorielles et professionnels du paysage. L’attention portée aux lieux, à leur stratigraphie historique, aux usages contemporains comme aux traces encore inscrites dans les sols constitue l’un des fondements du projet. Pensés comme des espaces de repos, de contemplation et de réflexion, ces jardins proposent une approche sensible et complémentaire des lieux de mémoire.
Les concepteurs mobilisés viennent notamment d’Allemagne, du Royaume-Uni, du Canada, des États-Unis, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de Belgique, du Maroc, d’Italie, de République tchèque ou encore du Danemark. Depuis 2018, 28 jardins ont ainsi été créés le long de l’ancienne ligne de front, de la Belgique à l’Alsace, sur des sites emblématiques comme Thiepval, Vimy, Notre-Dame-de-Lorette, le Chemin des Dames, Compiègne ou Passchendaele.
À Notre-Dame-de-Lorette (62), le jardin britannique imaginé à proximité de l’Anneau de la mémoire dialogue avec les alignements funéraires du site et le grand paysage du plateau d’Artois.
À Vimy (62), le jardin canadien « Drapeau », conçu par le collectif montréalais Collectif Escargo, s’inspire des paysages boréaux et de la symbolique du drapeau blanc. Des amélanchiers aux troncs pâles émergent d’une prairie claire traversée par un chemin de sable blanc, composant un espace silencieux dédié au dialogue entre les nations.
À Compiègne (60), dans la Clairière de l’Armistice, le jardin franco-allemand « Le jardin du troisième train », conçu par Gilles Brusset, Marc Blume et Francesca Liggieri, évoque les impacts d’obus à travers des cercles végétalisés inscrits dans le gravier, tandis qu’un long banc linéaire rappelle les voies ferrées du wagon de l’armistice.
Sur le Chemin des Dames, les jardins allemand, italien et marocain de Craonne (02) interrogent quant à eux les cicatrices du sol, la disparition des paysages agricoles et les traces laissées par la violence des combats dans la géographie même du territoire.
Le programme développe également une importante dimension de médiation et de sensibilisation : ateliers avec les habitants, rencontres scolaires, visites, coopérations européennes et productions audiovisuelles prolongent les jardins bien au-delà de leur seule dimension paysagère. Le projet compose ainsi un véritable « chemin de la paix » européen, où le paysage devient un outil de transmission, de dialogue et de réappropriation collective des lieux marqués par la guerre.
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